LE GRAND ŒUVRE
Plume en main, assis seul dans la paix de la Bibliothèque, avec les mouches qui bourdonnent derrière les stores ensoleillés, je cherchais dans ma pensée le sujet de mon grand ouvrage. Déplorerais-je la
versatilité de la Fortune, et m'en prendrais-je au Destin et aux Astres, ou censeur du cœur éternellement insatisfait des hommes dolents, saurais-je établir un élégant contraste entre la neige immaculée des montagnes, la lumière sereine des étoiles et nos vies ardentes et fiévreuses, et nos absurdes gémissements ? Me contenterais-je de dénoncer les Vices du jour, de crier : « Fi! », comme Hamlet, contre mon Siècle, de démasquer sans faiblesse ses Hypocrisies et de passer en un impitoyable crible ses commodes Optimismes ?
Ou encore, suivrais-je Job pour interroger l'Univers, et me casserais-je douloureusement la tête pour comprendre la Vie, — le sens de la Vie — , sur cette Planète en forme de Pomme ?