‹ TriviaChapitre 32 sur 106 · GRANDEURS · texte numérisé non relu

GRANDEURS

Bien que cet immense Château fut vide et à vendre, et malgré l'autorisation de visite que j'avais obtenue, il me fallut tout mon courage pour franchir les grilles seigneuriales, monter l'avenue et sonner à la porte. Lorsqu'on m'eut fait entrer, et que les volets repoussés laissèrent pénétrer la lumière du jour dans ces vastes appartements, je me glissai furtivement de pièce en pièce, en maudissant la curiosité indiscrète qui m'avait conduit

dans un tel endroit, où je n'avais que faire. Mais je me voyais traité avec une telle déférence et si manifestement regardé comme un acheteur possible, que je commençai bientôt à croire à l'opulence que l'on m'attribuait. De tous les romans que j'avais lus, qui décrivent la vie brillante et mystérieuse des Grands de ce Monde, (et j'en ai lu des milliers), se dégageait pour moi une vision enchanteresse de ma propre existence dans ce Palais. Je remplissais les vastes galeries de l'éclat des bijoux et du murmure des voix; j'avais des visions de dames à diadèmes sur les degrés des escaliers splendides.

Mais mon Ame, dans l'enflure de son orgueil, fit bientôt éclater ces limites mesquines. Oh non! Jamais je ne pourrais loger, enfermer, contenir sous ce toit la Pompe et l'Ostentation dont je me sentais capable.

Entre autres choses d'ailleurs, les écuries ne comportaient que quarante places; jamais, comme je le déclarai, jamais cela ne pourrait me suffire.

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