VIII INTRODUCTION
des grandes rues, cet état poétique dans lequel nous entretient le seul fait de vivre et de flâner dans de très grandes villes.
Ainsi cela s'apparentait à Walt Whitman et à toute la poésie qui procède de lui, mais qui s'est tellement différenciée que ses représentants actuels paraissent n'avoir plus rien de commun avec le poète américain, qui du reste n'a fait qu'indiquer les voies nouvelles : « The commonplace I sing » : Je chante l'ordinaire, le quotidien, les choses de la rue. Pourtant cette lointaine parenté n'est pas ce qui me fit trouver du plaisir à lire ces « Trivia » : c'était leur ton. On y entendait le timbre et les inflexions d'une voix, la même voix, reconnaissable dans les quatre poèmes. Et c'est làle premier signe sûr qui permet de dire d'un ouvrage littéraire qu'il est bon, qu'il sort une fois pour toutes de l'anonyme du langage courant. Songez aux voix si nettes, si reconnaissables, de Montaigne, Racine, La Bruyère... Cette impression d'une « voix », c'est le premier effet que produit sur nous un style. C'est la voix intérieure de l'auteur, qu'on entend, le son que rend sa pensée.