MAMMON
Moralistes et Pères de l'Eglise l'ont proclamé source de tout Mal, père de la haine et du meurtre, cause certaine de la damnation de l'âme. Il a été traité par de graves auteurs de « chose vile », « d'ordure », « d'excrément de fumier », Tous
les Ecrits Sacrés en dénoncent l'amour nous le voyons stigmatisé sur les briques Chaldéennes et dans les premiers papyrus. Bouddha, Confucius, le Christ se sont élevés contre lui, suivis en des temps plus récents par des Ecclésiastiques pourvus, des répétiteurs d'Ecole du Dimanche et des Maîtres de la Haute Pensée.
Mais les condamnations des Siècles ontelles rien fait pour ternir son lustre éclatant ? Les hommes, pour le chercher, creusent toujours plus avant les entrailles de la terre, et s'en vont toujours plus loin, dans des régions arctiques et détestables.
Malgré toutes mes lectures morales, j'avoue que j'aime sentir dans ma poche un peu de cette substance brillante. Sa présence me réjouit, me réconforte, et me répand par tout le corps une chaleur vivifiante. Mes yeux se régalent de son éclat; son bruit sonore est une musique pour mes oreilles. Salarié à son service, heureux de tout aumône de sa munificence, j'habite donc, moi aussi, le Palais de Mammon. Je me prosterne devant
ridole, et je savoure l'extase impie.
Combien d'autels ont été renversés, combien de Théologies et de Rêves célestes dégonflés, tandis qu'il restait. là, grand Dieu doré et paré, solidement assis sur Son trône inébranlable ?