LU APPARENCE ET RÉALITÉ
Il est doux de s'en aller à l'aventure sous le soleil du matin, et de flâner sans but par les rues d'été.
Mais est-ce Bien ?
Je ne suis pas réellement tourmenté par ces questions, — énigmes vétustés et vénérables des Ethiques et des Philoso-
Ëhies —, qui rôdent au coin des rues de f ,ondres pour me tomber dessus. Je me suis fait à elles, et la plus formidable de toutes, le plus gros épouvantail de la Métaphysique, le Problème qui casse, ur cette Terre, les têtes les plus sagaces, st devenue pour moi une compagne familière. Qu'est-ce que la Réalité ? Je me
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le demande presque tous les jours; comment le Monde extérieur existe-t-il, matérialisé dans l'air, en dehors de mes perceptions ? Cette apparence de rues, et de ciels, de policemen, de voitures d'enfants et de durs trottoirs, est-elle simple vision, fiction de l'Esprit, ou subsiste-telle, permanente et solide, lorsque je cesse d'y penser?
Souvent, quand je flâne dans Piccadily ou dans Bond Street, je me complais à cette notion Berkeleyenne que la Matière n'a point d'existence, que ce Monde à l'aspect massif est tout idée et tout apparence; — que je suis mollement emporté par l'espace, dans une immense bulle de Pensée, Rêve flottant, diaphane, couleur d'opale.