KALÉIDOSCOPE
Je découvre dans mon esprit, dans son amas confus d'idées et de rêveries, une curieuse collection de petits paysages et de tableautins, qui, sans raison, s'illuminent ou s'évanouissent. Beaucoup de ces images n'ont rien de remarquable:
c'est un tournant de route, un tas de pierres, une vieille porte. Mais je trouve
aussi bien des visions charmantes: entre mes yeux et le livre que je lis, la Lune répand sur les moissons mûres son argent frissonnant; je vois des avenues d'automne dont les feuilles s'envolent et des tempêtes soufflent dans mes pensées, avec l'inlassable pluie qui s'abat sur les champs. Puis c'est l'éclat des neiges hivernales qui monte de la terre, ou bien le rose et le vert délicats d'un Printemps venteux et ensoleillé; champs de blé et eaux vertes; jeunes gens qui se baignent sous l'ardeur dorée de l'été.
Et dans mes promenades, certains sites m'obsèdent; au-dessus de la masse bleusombre d'une ville étrangère, une cathédrale d'ivoire s'érige dans l'éclat du soleil couchant; ou bien je me trouve dans un jardin français, plein de lilas et d'abeilles, plein de lumière tamisée, dont la Méditerranée baigne indolemment les murs; ou bien encore dans une petite bibliothèque de collège, avec des bustes et la douce lumière verte des pelouses d'Oxford, — Oxford dont les cloches en sonnant dans ma tête, me rappellent les heures familières.
io6 TRIVIA