OXFORD STREET
Un après-midi de l'hiver dernier, dans Oxford Street, parmi le bruit des véhicules et des voix qui remplissait le crépuscule de la rue, la foule m'entraînait le long des grands magasins lumineux, lorsqu'une sainte Indifférence envahit mes pensées. L'Illusion s'était retirée de moi; je n'étais plus touché par aucun désir des splendeurs déployées dans ces vitrines : d'or, et je ne prenais plus laplus petite part faux appétits et aux terreurs de toutes ces silhouettes mouvantes. Et comme j'écoutais avec un détachement asiatique la rumeur de Londres, le bruit se transforma en quelque chose d'ancien, de dissonant et de triste, — en ce flot trouble du Désir qui entraîne à travers les cycles obscurs de l'existence les hommes à jamais aveugles et asservis. Mais Moi, j'avais atteint la rive opposée, le Havre de la Délivrance, la Cité Sainte; aii sortir de tant d'agitation et de tumulte, la Grande Paix m'enveloppait. Om Mani
io8 TRIVIA
padme hum je murmurais les syllabes
sacrées avec le sourire de pitié de l'Illuminé sur son lotus céleste.
Puis tout à coup, dans une vitrine, j'aperçus une valise ouverte et parfaitement équipée. Cette valise me plaisait: j'eus le désir de la posséder. Immédiatement, je fus perdu dans les brumes de l'Illusion, enchaîné de nouveau à la Roue de l'Existence, emporté dans Oxford Street par ce flot boueux d'afflictions, de concupiscences, d'erreurs et de colères.;