SEPTIÈME BARDE
Les grands fleuves profonds s' écoulant en silence , . Arrosent de leurs bords la sauvage abondance ; Ils vont s' élargissant , et grossissant leurs eaux Des tributs écumants de vingt mille ruisseaux : Ainsi la Vérité , fleuve immense et céleste , Rejetant de ses eaux chaque élément funeste .
Pour abreuver les cœurs qu'altère un saint amour ,
Traverse de l'erreur le sombre et froid séjour !
Sn vain, dans son grand lit , creusé par des Archanges ,
Des mensonges impars tombent toutes les fanges ;
En vain , l'orage gronde et soulève ses flots ,
Pour en faire sortir le ténébreux chaos :
Le fleuve, en débordant sur ses rives stériles,
Semble les dévaster , pour les rendre fertiles ;
Et retrouvant son lit , après chaque ouragan ,
Poursuit son cours vainqueur vers le vaste océan !
La lutte entre le bien et le mal est sans trêve ; La lutte recommence , et jamais ne s'achève ! Pour propager l'amour et le règne divin , L'apôtre , au nom du Christ, jamais ne parle en vain : •L'apôtre doit crier , et le docteur écrire , Pour empêcher le vice et l'erreur de prescrire ! L'Eglise Mihtante , en d'incessants combats , Au martyre , en tous ]ieux , prépare ses soldats. En ces temps orageux de basse flatterie , Taire la vérité , c'est trahir la patrie I Et le sage , l'apôtre , ou le barde inspiré , Doit s'entendre accuser de zèle exagéré !
La sainte liberté , la hberté divine , Qui fait de l'homme un saint , et fait une héroïne De la femme angélique , — ah I cette liberté , Elle est fille du ciel et de l'autorité ; Elle obéit à l'ordre , et , sans l'obéissance , Esclavage orageux , elle devient licence !
La sainte liberté , c'est obéir à Dieu ; L'homme , affranchi de Dieu , rampe esclave en tout lieu ! L'homme rebelle au Christ , l'homme au Christ infidèle , Sent que , pour le punir , tout lui devient rebelle : De là science en lui s'éteint le pur rayon ; L'àme cède à la chair , et la chair au Démon ; Et ce fils de l'orgueil , monstre aveugle et servile , Allume le brandon de la guerre civile !
Le fanatisme impur , plein de haine , en ces jours , Hélas ! veut pervertir le plus saint des amours : Aux transports les plus doux qu'inspire la patrie , Il veut associer l'adultère hérésie !
Dans le sauvage espoir de son règne infernal , Il appelle à son aide et l'erreur et le mal ; Du traître et du félon il se fait le complice , Et de l'apostasie exploite la malice !
O patrie , ô drapeau qu'agitent tous les vents , Plus que les étrangers, crains tes propres enfants ! Crains tant de vils partis et de sectes rivales I Crains l'égoïsme étroit de tant d'âmes vénales !
Plus que les étrangers , crains tes fils dissidents ,
Dans leurs sombres fureurs et leurs rêves sanglants (
Sommes-nous donc aux temps , où , pleins d'hypocrisie ,
Les hommes y dans leur haine , et dans leur frénésie ,
Fuyant l'ardent éclat dont la vérité luit ,
S'entourent pour agir des ombres de la nuit ?
La Liberté n est pas un Ange de ténèbres ,
Une fille nocturne aux vêtements funèbres :
C'est l'auguste Amazone , au regard plein d'éclairs ,
Qui fait p&lir les rois et les tribuns pervers I
La Liberté , c'est l'Aigle , inondé de lumière ,
Et qui plane sans crainte au séjour du tonnerre f
Honte aux oiseaux de nuit y à ces l&ches hiboux ,
Qui pour l'œuvre du mal se cachent parmi nous !
Fils du Démon , ils ont les ruses de leur père ;
Ils sèment autour d'eux un esprit léthifère ;
Et y déguisant le but de leurs secrets desseins y
Us préparent sans bruit leurs poignards assassins I
Sur leurs fronts apostats y ces dupes ou fitux-braves y
Portent ces mots écrits : Esclaves des Esclaves !
Asservis à des chefs , que subjugue Satan ,
Leur cœur pour battre encor n'a plus un libre élan I
Tandis que le grand Aigle y oiseau de la lumière y Des rayons de sa gloire éclaire sa carrière , Les oiseaux ténébreux , secrètement unis , Pont éclore leurs œufs en d'invisibles nids : Mais y vers ces nids cachés y à la faveur des ombres , Sortant de tous côtés des humides décombres , — Vengeurs inattendus , — glissent de froids serpents , Qui dévorent les fruits de leurs accouplements ; Et qui y jetant lalarme au milieu des ténèbres , Viennent saisir d'effroi ces légions funèbres f Ainsi périt l'eppoir des méchants assemblés , Qui , par d'autres méchants dans leurs œuvres troublés , Voient détruire l'effort de leur lâche infamie , Et cesser l'union qu'ils croyaient affermie:
L'union est sans force où Dieu ne règne pas ; Le vice est combattu par le crime ici-bas ; Et quand sort de l'Enfer un esprit de désordre , C'est par l'excès du mal que Dieu rétabht l'ordre f
Les nations , ainsi que l'homme, dans le bien , Ont pour les diriger un Ange Gardien I En vain , l'Enfer s'émeut ; en vain , l'homme s'agite : Chaque astre , avec éclat, roule dans son orbite ; Et Dieu y qui peut calmer les flots de l'océan , Des méchants dans le mal arrête aussi l'élan I Rien n'arrive que Dieu ne le veuille ou permette ; Notre marche , à son gré, s'accélère ou s'arrête ; La tempête souvent nous pousse vers le port ; lia vie est dans la crise , où l'on croit voir la mort !
D'une main paternelle , aussi forte que douoe ,
Dieu nous guide et soutient , de secousse en secousse !
Dieu seul est grand , seul bon y seul juste et tout-puissant ;
L'homme s'agite , et Dieu le mène en l'aveuglant !
Pour ton bonheur futur et ta gloire , ô patrie ,
Malgré le sombre orage , ad, j'espère et je prie !
Ce qui t'agite ainsi , ce qui fermente en toi ,
€'est un espoir sublime , une héroïque foi !
Par toi s'accompliront les plus grandes conquêtes ;
Tu dois réaliser l'idéal des poètes ;
Oui , l'espoir de l'Eglise et de l'humanité
Repose en ton ardeur et ta virilité !
M^gré tes ennemis, et les guerres civiles ,
Et les rugissements des populaces viles ,
Et tout ce qu'en son cœur l'Hérésie a de fiel , —
Ta Patronne sur toi veille du haut du ciel ;
Sur toi veille Marie , O jeune République j
Et ton sein , fécondé par l'amour catholique ,
Produira des guerriers , des héros et des saints ,
L'élite des Croyants et des Républicains 1
Pour former sous ses yeux «n Clergé digne d'elle ,
Rome t'ouvre un CoïiiéGE , et t'invite et t'appelle
Réveille-toi , ma mère ; Amérique , il est temps ; De tes plus saints foyers détache tes enfants ; Qu'ils aillent s'abreuver à la source première , Au Centre rayonnant d'amour et de lumière !
Oui , laisse-les partir , pour qu'avec plus d'éclat Brillent ton Sacerdoce et ton Episcopat ; Pour que plus d'unité , de zèle apostolique , Plus de ferveur céleste et d'amour ascétique , Plus d'esprit de prière et de recueillement , Au Dieu Crucifié t'attache fortement I Pour qu'au milieu du brtdt de l'Industrie active , Tu puisses tolérer l'&me contemplative ; Et qu'en ta fougue aveugle et tes bruyants progrès , Tu laisses au désert vivre et prier en paix Ces hommes inspirés qui , pareils à Moïse , Pour servir la Patrie et pour servir l'Eglise , Pour leurs frères aimés , inquiets combattants , Ofirent et leur prière et leurs pleurs pénitents ! Car , malgré la distance , et le temps , et l'espace , Par un mystique aimant tout se lie et s'enlace ; La prière enflammée , en s'élan^ant vers Dieu , Ebranle dans son vol tous les globes de feu ! Chaque âme en oraison conduit un char d'Elie ; Le ciel s'ouvre à la voix de celui qui supplie ; Et chaque pleur d'amour , versé pour le pécheur , Des foudres de justice éteint le feu vengeur?
Oui , Prier c'est Agir ; c'est agir en silence , C'est agir en repos ; c'est, dans sa force immense. Commander par l'amour aux légions du ciel ; Avec l'arme du cœur , c'est vaincre l'Eternel !