‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 13 sur 41 · SIXIÈME BARDE · texte numérisé non relu

SIXIÈME BARDE

Amérique , ô patrie , ô terre encor sauvage , 8i le malheur jamais , m'arrachant de ta plage ,^ Promène mon destin de péril en péril, De merveille en merveille , oh I toujours , dans l'exil , Insensible aux splendeurs des régions lointaines , Libre de tout serment , libre de toutes chaînes , Mon cœur , restant fidèle , en ses regrets amers , Se tournera toujours vers tes vastes déserts ! Sous aucun ciel riant , sur aucune autre terre , Dans aucun des jardins inondés de lumière , Nulle part , nulle part , pour y mieux prospérer ,

Il ne pourra jamais dans l'exil demeurer !

Ah ! lorsque retentit soudain le cri de guerre , Et qu'au bruit du canon s'agite sa bannière , C'est l'heure où la patrie , au milieu des soldats , Connaît ses vrais enfants et ses enfants ingrats I C'est l'heure où la nature , en son élan sublime , Montre l'enfant bfttard et l'enfant légitime ! — naturalisés de cfimats si divers , Si Yos frères , un jour , osaient firanchir les mers , Viendrez- vous pbur combattre , au nom de la patrie ^ Les soldats menaçants de l'Europe aguerrie ; Ou bien , resterez-vous , indécis , inactifs , Tandis que , sans repos , combattront les natifs ? Prenez-garde I la guerre est la pierre de touche ; Le soldat se trahit en mordant la cartouche ; Il est une heure sainte , où l'on voit si le fils A pu changer de mère et changer de pays I Ah ! craignez d'hésiter entre les deux armées , Devant le choc fougueux des hordes enflammées; Et dans l'ardeur suprême , où se prouve l'amour , D'avoir un double cœur pour un double tambour ;

D'avoir un double cœur tremblant entre deux maîtres ,

Et de sembler enfin dénaturés ou traîtres ! —

O vous tous , exilés des cieux les plus ingrats ,

Qui regrettez ici le deuil de vos climats ;

Enfants aux blonds cheveux d'origine Allemande ;

vous , fils de la France , essaims nombreux d'Irlande ;

Tous y soldats émigrés de tous les vieux pays :

Aux Armes I pour fi-apper vos frères ennemis!

Car vous avez juré de défendre la terre ,

Qai reçut dans son sein votre infortune amère ;

Vous avez adopté pour patrie à jamais ,

Le sol Américain où vos enfants sont nés ;

Vous avez dans ce sol , vierge encor de ndnes ,

Jeté de votre cœur les plus tendres racines ;

Oui , vous avez ici vos plus chers intérêts ;

Vous tenez à nos lois , comme l'arbre anx forêts I —

Aux Armes ! pour chasser les hordes étrangères ;

Pour chasser vos «mis , vos parents et vos firères !

Keculer , c'est trahir un peuple hospitaher ;

C'est mériter la mort , au lieu de la donner 1 —

Aux Armes I . . . . Mais d'où vient que votre cœur s'agite

Qu'il se trouble et s'iémeut , qu'il tremble et qu'il hésite ,

Et qu'au lieu de combattre y û se sent combattu ?

C'est qu'en scindant le cœur , il perd toute vertu :

L'honmie ne peut changer de mero ou de patrie ;

La terre du berceau y c'est la terre chérie ;

Et le serment lui-même au cœur impose en vain

Des devoirs plus sacrés envers un sol lointain !

Pour qu'au nom de patrie avec orgueil il vibre ,

Sur le sol étranger , le cœur doit rester libre ;

Semblable en son exil à l'oiseau passager ,

Il doit rester partout et toujours étranger I

Un acte despotique, une infortune amère ,

Peut bannir notre cœur sur un autre hémisphère ;

Mais le cœur exilé , le cœur expatrié ,

Par un fatal serment ne peut être lié !

Se tournant tout entier vers le pays qu'il aime ,

Dans ses destins changeants , il doit rester le même ;

Le même y dans le deuil y la joie et les dangers ;

Oui , toujours étranger parmi les étrangers !

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