‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 21 sur 41 · LE DIÉMON DU CIEL ASTRAL OU DE LA MAGIE · texte numérisé non relu

LE DIÉMON DU CIEL ASTRAL OU DE LA MAGIE

Mon maître et roi puissant , qui bâtis sur la terre ,

Avec l'autel brisé , ton trône populaire:

Quand tu levas au ciel l'étendard de Torgueil ,

Je suivis ta révolte et je porte ton deuil I

Vaincu par Saint-Michel , sans vouloir me soumettre ,

L'amour a déserté l'abîme de mon être I

Mon orgueil se complaît dans l'erreur et le mal ;

Le désordre est pour moi le seul état normal ;

Mon désespoir sans fln alimente ma haine ;

Je voudrais agrandir l'étemelle géhenne î

Dans les flots lumineux d'un fluide éthéré , Où réside du feu le principe sacré ; Dans le Royaume Astral , temple de la Magie , Des Puissances de l'air concentrant l'énergie ,

Par r élément subtil , Vod illumlDateur , J'emplis de mon esprit chaque oracle menteur ; Par 1 éther sidéral qu'à mon gré je dirige , Pour éblouir l'orgueil , j'opère maint prodige ; Par moi, l'homme, endormi d'un lucide sommeil, Du monde des Esprits voit briller le soleil; Il entre , émerveillé , dans mon fatal royaume , Et sans l'avoir appris , parle chaque idiome ; Il lit dans la pensée et dit tous les secrets , Les mystères du cœur que nul n'a pénétrés ; Et maître tout-à-coup des sons et des nuances , Il a le germe infus de toutes les sciences ; Par une force occulte armé de nouveaux sens , Il aperçoit au loin les corps phosphorescens ; A la vive clarté d'une seconde vue , Immobile , il embrasse , il parcourt l'étendue ; Son âme , transformée en miroir constellé , Réfléchit l'univers . tout-à-coup dévoilé ; Et tenant les deux bouts de la chaine mystique, H exerce ou subit uu charme magnétique :

Ainsi je forme et romps d'invisibles rapports Entre les cœurs distants , les esprits et les corps. Dans les grandes cités , foyers d'ignominies , J'ai mes prêtres , mon culte et mes cérémonies ; J'oppose mes splendeurs aux pompes du saint-lieu , Et l'église infernale à l'Eglise de Dieu.

Pour combattre la gnose et Vascèse divine , J'eus mes initiés , choisis dès l'origine :

Gain , Cham , Misraïm ont parmi les anciens Enseigné les premiers mes secrets aux païens ; Mes secrets , transportés par la vierge prêtresse De la Perse à l'Egypte et de l'Egypte en Q-rèce ; Et de là , dans l'exil des plus lointains climats , Où l'homme , en sa douleur , a promené ses pas , Chargé de tous ses dieux , depuis les Pyramides Jusqu'aux rocs de Karnal, taillés par les Druides. Mon art prestigieux a déçu Pharaon ; C'est par moi qu'ont parlé les Esprits de Python ; J'ai guéri les humains sous l'aspect d'Esculape ; Dans les temples impurs , j'ai fait régner Priape ; De la lyre d'Orphée enchantant les accords, L'àme de la musique a passé dans les corps; La Sybille en fureur , sur le trépied mystique , Pleine de clairvoyance , eut le don fatidique. Swedenborg , Saint-Martin, Cagliostro , Mesmer , Organes décepteurs des Puissances de l'air , Agissants ou passifs , dans leurs cercles sinistres , Au magnétisme astral ont servi de ministres.

Les coupables cités , les vieilles nations Ont éprouvé le chàc des révolutions ;

Et j'ai vu les chrétiens de l'attique Lutèce Baiser les pieds sanglants de la Raison Déesse !

Après un long succès , au profit de l'Enfer , Sûr du Vieux Continent , j'ai traversé la mer. Des venins de l'Europe infectant l'Amérique , Je vois y refleurir le culte idolatrique ; Chaque jour , les enfants des actifs dissidents , Dans leur multiple erreur , se montrent plus ardents ; Ohaque jour , il surgit autant d'immondes sectes , Que les marais stagnants voient pulluler d'insectes , Essaims dévatstateurs , formidables fléaux , Sous mon souffle enfantés de la nuit du chaos ! Oui, je vois la lumière , en ses doces funèbres , En désertant le ciel , épouser les ténèbres ; Par les mixtes hymens, devenus si nombreux , L'erreur se propager en un philtre amoureux.

Je suscite partout , pour asservir la femme , Pour la soumettre , abjecte , au joug le plus inflàme , Pour corrompre son âme et flétrir sa beauté , D'éloquents détracteurs de la virginité :

Et la femme , enivrée en sa folle espérance , ' Dans son abaissement rêve sa délivrance ; Sous le nom de hîoomers , de modernes Saphos Au sexe masculin disputent les tréteaux ; Et chaque prosélyte , hérétique ou chrétienne , Se fait ma Pythonisse ou Nécromancienne !

Dans cet Age incroyant , de la matière épris , Je fonde sur les sens l'empire des Esprits f La matière , en son vol , se spiritualise ; Et l'âme s'abrutit , l'esprit s animalise !

Le fsMx Uluminé , l'extatique insensé, L'ardent rénovateur des cultes du passé , S'érigeant en prophète inspiré par les Anges , De la chair affiranchie entonne les louanges t La théurgie enseigne à l'homme audacieux L'art d'évoquer les morts et de parler aux dieux • Chaque âme , en traversant le sommeil magnétique , Ose entrer sans efifroi dans la sphère magique , L'empire indéfini des Puissances de l'air , Sombrement lumineux , ténébreusement clair I Aux mystères impurs d'une sanglante orgie Succèdent les fureurs de la démagogie ; Et la foule , attelée au char de Luciier , Ofire au monde efirayé le tableau de l'Enfer I Oui , de la vieille Europe à la jeune Amérique J'ai transporté les dieux du culte idolatrique f En vain Q-ôrrès , Brownson , Webber ont dit le mal : La Magie a repris tout son empire astral.

Sans être combattue et sans causer d'^armes , Rayonnant en tout sens , elle exerce ses charmes :

Hommes , femmes , enfants , magistrats et savants Se laissent éblouir aux éclats décevants. — Mon règne s'agrandit de conquête en conquête : — Et la science doute , et TEglise est muette I J'ai dans le journalisme un di^e apostolat ; J'ébranle avec la Presse et l'Eglise et l'Etat! Pour le Législateur , que mon esprit anime , Le corrupteur de l'âjne est innocent de crime : La loi poursuit partout le meurtrier du corps ; Mais l'assassin de l'ftme , impuni , sans remords , L'écrivain dépravé , le journaliste infâme , Qui distille avec art tous les poisons de l'&me , Il consonune en repos l'assassinat moral ; Il peut impunément inoculer le mal I Voila donc le progrès d'un siècle utilitaire : L'âme , le cœur . l'esprit est moins que la matière ; Et chacun a le droit, chacun la liberté D'universaliser son inunoralité ; Oui, chacun a le droit et chacun la licence D'encourager la chair en sa concupiscence.

Je vois avec orgueil mes théurges nouveaux De la jeune Amérique exalter les cerveaux ; En prose comme en vers , expliquant mes préceptes , Ils sont partout suivis d'innombrables adeptes. Les vices , les erreurs , les morbides penchants Ont leurs affinités dans les cœurs et les sens ; Entre l'hiérophante et l'ardente Pjrthie , La Magie établit l'intime sympathie ; Le magnétisme agit , comme un charme amoureux , Entre les cœurs souillés de rêves langoureux ; Entre la somnambule et l'impur somniloque , De la séduction le pacte est réciproque.

Mêlant , pour mieux tromper , de saintes vérités Aux mensonges brillants , aux &tales clartés , J'ai pour représentants les SpirUtùaMatea , Apôtres séducteurs , gnostiques panthéistes.

Les Mormons menaçants, les " Saints des derniers tempe " Renouvellent les mœurs des Turcs Mahométans ; Dans les plaines d'IJtah , dans les déserts incultes , La chair a proclamé la liberté des cultes I Le centre de mon règne est au Qremd Loua Stàé; J'étreins Philadelphie et New- York désolé ; Et j'admire , en tous lieux , la gynécolatrie Préparant les horreurs de la polyandrie I Des Mânes simulant et la voix et les traits , Au miUeu des vivants je parle et j'apparais ; J'emprunte chaque forme et revêts chaque image , Et des cœurs abusés je rive l'esclavage !

Du monde surprenant l'enthousiaste accueil .

Je dicte l'épopée au barde de l'orgueil.

L'Amérique , à ma voix , enfente un Bncelade ^ Géant blasphémateur , dont l'audace escalade , En son délire impie et son aveugle élan , Les cieux où planent seuls les Anges de Satan. De la Magie Astrale évoquant les Puissances , Il sonde l'océan des Occultes Sciences I Sons un masque attrayant , poète de la chair , Qu'entourent de respect les filles de Mesmer , L'érotomane Harris , Nécromant d'Amérique , En tirant des accords de sa lyre hystérique , D'astre en astre ravi , sur terre a dévoilé Les mystères d'amour de mon " Ciel Etoile I " Dans des chants éthérés de vibrante harmonie , n a décrit le vol de l'extase infinie ; L'extase où l'idéal , s' unissant au charnel , RéaUse l'espoir d'un hymen éternel l Rapsode illuminé de crédules victimes , Que j'attire par lui vers mes sombres abîmes , Dans son épithalame astral , il leur promet Un ciel de voluptés digne de Mahomet !

En passant à travers un océan de fanges , Il leur promet un jour de devenir des Anges ; Et conservant leiur sexe en des corps lumineux , D'éterniser au ciel d'indissolubles nœuds !

Ses poèmes , éclos du sommeil mesmérique , Au délire des sens excitent l'Amérique !

Chantre de la révolte et de la volupté ^ De l'orgueilleux mépris de toute autorité j Le cœur brûlant de naine et chargé de colères , n fuit des monts sacrés les sereines lumiérea. Sa Muse spasmodique enferme dans ses fiancs Des révolutions les désordres sanglants ; Hécate échevelée . au sortir de l'orgie , Elle entonne les chants de la démagogie , Agitant ses flambeaux , allumés dans l'Enfer , Devant un siècle impie , envahi par la chair ! !

Le cUdrvoya/ni Davis , en sa philogynie , Annonce \Age cP O de la Ghrande Harmonie ; L'Age où l'amour j changeant tout l'ordre social Transformera la terre en Eden nuptial ; Cet Age désiré de l'heareux Millénaire , Qui doit réaliser chaque intime chimère ; Où les cœurs subiront un charme pérennel , Vharmoniàl accord ^ l'attrait passionnel ; Où VinsHnct impulsif et le Ubre divorce Aux sympathiques lois laissant toute leur force , Les cœurs graviteront . l'un vers l'autre attirés j Pour être enfin unis et jamais séparés I

Chaque pseudo-prophète enfante sa folie ; Le désordre est partout , partout l'anomalie :

Et sous un nouveau nom , chaque magicien Ressuscite aujourd'hui le paganisme ancien ; Sous des voiles sacrés , sous des formes austères , Le Gnostique accomplit les plus impurs mystères f Aux étreintes du dieu que son âme évoqua ,

La Ménade s'agite et s'écrie : Eurêka I

Amérique I Amérique I en leur mélancolie , Leur romanesque amour et terrible folie , Que tes filles du Nord , que tes pâles beautés , De tout vague orateur aiment les nouveautés î Que tes filles du Nord , tes pythonisses blêmes , Dans mes temples , ornés de magiques emblèmes , S*enivrent du fluide et des sombres vapeurs , Et des exhalaisons d'impurs magnétiseurs !

Amérique I Amérique I en leur lutte inquiète , Apôtres du mensonge , — orateur et poète , Journaliste et prêcheur , — que tes enfants du Nord ,

Que tes fils Puritains , savent donner la mort I

Le Peuple Américain , que mon esprit obsède ,

Aux plus trompeurs attraits sans résistance cède !

Ce peuple audacieux , né pour les grands projets,

Prépare â mes autels d'extatiques sujets.

Moi , je connais ce peuple ; et j'ai , dès sa naissance ,

Exploité pour le mal sa mystique tendance I

Par les prêtres romains , oh I qu'il est peu compris :

Des biens les plus grossiers ils l'ont cru tout épris ;

Mais , moi , qui l'ai suivi jusqu'à son origine ,

Moi qui sais quel instinct l'agite et le domine ,

J'ai fait luire à ses yeux l'arc-en-ciel idéal ;

J'ai dirigé là-haut son vol transcendantal !

Du peuple Américain l'esprit grave et mystique ^

Transmis par les Teutons et la race Celtique,

Pour la Théosophie abandonne déjà

Les cultes trop étroits que la raison forgea;

Et je vois se former, dans mes cercles magiques ,

L'esprit qui fait mouvoir les flots démagogiques l

Le SpirituaMste , en son rêve exalté ,

S'élance vers ma sphère avec témérité ;

Le mystère lui plait ; en soulevant mes voiles ,

Il aime à parcourir le monde des étoiles;

Pour lui le surhumain a des charmes secrets ;

Son cœur est agité de sublimes attraits I —

La vulgaire Hérésie , en cruelle marâtre

A l'amour de ses fils n'offre qu'un sein d'albâtre !

Elle n'a jamais eu que de terrestres soins ;

Elle reste insensible aux plus nobles besoins ;

Oui, son front est de bronze et sa voix est muette^

Si quelque àme élevée, à l'ardeur inquiète ,

Dans un mystique élan dépassant la raison ,

Du monde des Esprits veut franchir l'horizon :

Maia cette âme inquiète , ardente et délaissée .

Cette àme solitaire et froidement blessée ,

Ah! moi, je l'aperçois; ahl moi , je la comprends :

Je sonde ses désirs, ses ennuis dévorants:

Dans son isolement et sa mélancolie ,

Dans son enthousiaste et céleste folie ,

Je viens comme un époux , un Ange protecteur ,

Et je ravis cette àme en mon ciel enchanteur !

Des vierges dont la lampe eût lui dans leurs cellules , Des épouses du Christ je fais mes somnambules ; Les livrant sans pudeur aux Anges ténébreux , Je change leur extase en délire amoureux.

Leurs cœurs , tout alanguis de molle rêverie , Pour l'impure Sirène abandonnent Marie !

Séducteur invisible ^ insaisissable amant , D'horribles voluptés j'inflige le tourment! Près du lit virginal , et qui semble sans tache , Glissant dans l'ombre épaisse, à la fleur je m'attaciic ; A la fleur endormie en son éclat vermeil , Et qu'agite souvent un coupable sommeil , A la fleur je m'attache ; et j'y laisse la trace , L'empreinte d'un baiser qui jamais ne s'efface ; Et la fleur languissante , en sa morne pâleur , Atteste à son réveil l'hymen profanatnu- :

Pleine d'inquiétude et de tristesse étrange . Comme une veuve en deuil, elle appelle son Ange ! — Pour les âmes d'élites , il n'est pas de liiilieu ; Leur devise est toujours : ou le Démon ou Dieu ! Lorsqu'un génie altier s'aveugle et se fourvoie , Je l'attends et saisis, dans l'orgueil de sa joie : Car plus la grâce opère et surabonde en lui . Plus il tombe de haut, moins il trouve d'appui ! De ce génie, alors, à l'étroit dans ce monde, J'égare au Ciel Astral la fougue vagabonde !

Dieu livre à mon pouvoir l'orgueilleuse raison . Dont la sombre hérésie obscurcit l'horizon ; Et d'erreur en erreuj:, et d'abime en abiuie . Au désespoir final j'entraîne ma victime ; Je l'entraîne et confirme , en son impiété .

Captive dans le temps et dans l'éternité !

La crainte de l'Enfer, prison brûlante et sombre . Au seuil de l'hérésie arrête le grand nombre : De la réalité des éternels tourments Je sape avec succès les derniers fondements ! Du gouffre des maudits , de l'abîme des âmes , Du volcan sulfureux , cachant les noires flammes , Par de faux médiums , dans le piège attirés , Je vois venir à moi les cœurs désespérés ! — Malheur, en son audace, au chrétien qui m'évo(iU(\ Ou qui prête l'oreille au trompeur Sommloque ;

Malheur au téméraire : Abandonné de Dieu ,

Quel miracle il faudra pour qu'il rentre au saint-lieu î

Je sais que même alors la liberté lui reste ,

Et l'espoir du pardon , et la grâce céleste ;

Mais par la liberté l'Ange est tombé du ciel ,

Et l'homme a préféré Satan à l'Eternel I

Depuis la double chute et de l'Ange et de l'homme ,

Oh ! combien pour le mal est vaste ton royaume :

En lutte avec la chair et l'esprit orgueilleux ,

Il te faut le secours de la grâce des cieux ;

Mais tu résistes même à la divine grâce ;

Pour te forcer au bien elle est inefficace ;

Ton pouvoir est si grand qu'il semble illimité ;

Ton pouvoir brave Dieu, brave l'éternité;

Et par le désespoir s'ouvrant le sombre abîme ,

Ose d'un fol orgueil se faire la victime I

faculté sublime , ô terrible pouvoir ,

glaive à deux tranchants que l'on tremble d'avoir ,

Liberté I liberté! source de tout mérite,

Source impure du mal sur la terre maudite !

noble privilège , ô formidable don ,

Tu peux , avec la grâce, obtenir le pardon

De tout forfait ; tu peux , en ta douleur sincère ,

Laver tous tes péchés dans le sang du Calvaire ;

Et trompant les efforts de l'Enfer éternel ,

Comme un astre éclatant , faire entrer l'âme au ciel !

Mais tu peux , résistant à la grâce suprême ,

Préférant à la foi le doute et le blasphème ,

Aux œuvres de l'esprit les oeuvres de la chair ,

Plonger l'âme rebelle en l'insondable Enfer I . . .

Le bonheur d'un démon , c'est de perdre les âmes :

Ah I puissé-je en peupler les éternelles flammes !

Quand l'orgueil croit planer au sein du firmament,

Je mesure sa chute à son élèvement I

L'orgueil de Lucifer a créé la Géhenne ,

La nuit du désespoir , du remords , de la haine ! .

L'homme , endurci par moi , dans sa perversité ,

Pécherait, s'il pouvait , pendant l'éternité:

C'est l'éternel esprit d'orgueil , d'indépendance ,

Qui fait du sombre Enfer l'éternelle souffrance !

La volonté perverse a corrompu la chair ;

La volonté perverse éternise l'Enfer I . . . .

L'Enfer I c'est blasphémer , c'est haïr , c'est maudire ;

C'est enflammer sa soif aux laves du délire ;

C'est dire à tout espoir un désolant adieu ;

C'est l'absence d'amour , c'est l'absence de Dieu !

Ah ! pour moi , le bonheur c'est de perdre les âmes ; Oui , les femmes par l'homme , et l'homme par les femmes l D'un divin mysticisme affectant les dehors , En séduisant l'esprit je domine le corps ;

Sur la chair exerçant ma terrible puissance , Je donne un charme occulte à la concupiscence. Par le nouveau , l'étrange et le prodigieux , Par le magique éclat d'un ciel prestigieux , Par l'espoir d'un bonheur égal au phis beau rêve ,

Dans les cœurs éblouis l'illusion s'achève I

Qu'en ce siècle éclairé la Magie a d'élus !

L'âge de foi , d'amour et d'extase, il n'est plus :

Adieu , cloîtres bénis I adieu , saintes retraites I

Adieu , déserts peuplés d'humbles anachorètes I

Adieu , Denys , Tauler , Pierre d' Alcantara ,

Tous les aigles divins que l'Eglise admira ;

Thérèse , Catherine , Hildegarde, Brigitte,

Fleurs écloses dans l'ombre , ô phalanges d'élite :

La terre est désolée , en son impiété ;

Et je règne où régnait votre virginité ;

Je règne par la chair , je règne par la foule ;

Des héros et des saints j'ai brisé le grand moule ;

Et comme un noir simoun , le vertige par moi

Déracine des cœurs l'espérance et la foi I —

Je suis maître partout ! Nul aujourd'hui ne prie ;

Nul ne veut aujourd'hui de la part de Marie ;

Les âmes, pêle-mêle, en leur aveugle élan ,

Suivent le tourbillon d'un fatal ouragan I —

Je suis maître partout! — Livrés à la matière,

Les prêtres ne sont plus des anges de prière ;

Leur zèle , plein de trouble et de publicité ,

N'aperçoit pas les fleurs de la mysticité ;

Aveugles conducteurs d'aveugles comme eux-mêmes ,

Ayant un saint effroi pour les vertus extrêmes ,

De l'antique folie oubliant les héros ,

Dans des chemins battus , ils poussent leurs troupeaux ;

Ils ne connaissent pas d'extatique indolence :

La piété pour eux est dans la turbulence !

Ah I si par eux le cloître était plus fréquenté ,

Us auraient moins d^esprit et plus de gravité;

S'ils savaient mieux goûter le repos de Marie ,

Us sauraient s'abstenir de toute raillerie ;

Ils sauraient , en perdant leur sarcastique esprit,

Embrasés de l'amour qu'inspire Jésus-Christ ,

Des plus douces vertus donnant le chaste exemple ,

Repousser l'Hérésie , en gardant le saint temple ;

Et forts par leur douceur et leur calme divin ,

Dans ce siècle agité , montrer un front serein !

Us sauraient , en louant tout solitaire ascète ,

Inspirer aux chrétiens l'amour de la retraite ;

Et, par le jeûne austère et l'ardente oraison ,

Exorciser encor les Esprits de Python. —

Mais , hélas ! plus de cloître et plus de Thébaïde :

Le monde , le Clergé , l'Episcopat timide

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