‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 27 sur 41 · I.A MUSB CHRÉTIBNnrK · texte numérisé non relu

I.A MUSB CHRÉTIBNnrK

Et toi qui , par l'archange aidée en ton essor ,

N'as jamais abaissé ton vol sur le Veau d'or ;

O toi , Muse chrétienne , et fille de Marie ;

Toi , qu'invoqua Milton solis le nom d'Uranie ;

Vierge sacerdotale , aux regards inspirés ,

Qui dans le sein de Dieu puises tes chants sacrés ;

gardienne du Beau , de quelque nom que l'homme

Autrefois t^ait nommée , ou de nos jours te nomme :

Tout atteste , ici-bas , que tu nous viens des cieux ;

Et l'homme , en t'implorant , te révère en tous lieux V

Sur ton front , où réside une pâleur -sereine ,

Reluit en nimbe d'or la clarté souveraine.

De ton voile abritant la femme et l'orphelin ,

Et le Prêtre , humble et grave , en longs habits de lin , .

Tu répands autour d'eux l'amour et la lumière ,

Et de ton chaste esprit l'enseignement sévère. —

Muse des anciens jours , dont l'esprit visita , Dans le cloître ombragé , Kicharde et Roswita ; Toi , qui dictas des vers à Thérèse en extase ; Toi , par qui le génie et s'épure et s'embrase , — Affranchissant mon cœur de tout coite grossier , — Tu peux le revêtir d'une armure d'acier :" Aujourd'hui , je t'invoque , ô Muse érémitique ; Remplis mon cœur ému d'un souffle prophétique ; Et qu'en tous mes accords , par toi-même dictés , J'enseigne avec douceur d'austères vérités !

Conduis-moi loin du monde , au milieu des savanes ^ Asile infréquenté du peuple des profanes , Où l'âme , recueillie en son isolement , Entend l'Esprit de Dieu parler plus clairement ; Où , délivré du joug des intérêts vulgaires , Du tumulte orageux des mondaines affaires , L'homme , plus près ^u. ciel , et plus loin du péril ^. Dans le ravissement , semble oublier l'exil ! —

Le monde est aujoard'hui sourd à la voix des Sages ; Dieu semble , en sa colère , amasser les nuages ; De la barque en péril le pilote est absent , Et l'orage est prédit par l'éclair menaçant I — Conduis-moi loin du monde , en quelque obscur asile , Que ne troublent jamais les rumeurs de la ville , Ni le rire attristant de la folle gaîté , Kégnant sur tous les cœurs dans leur impiété ; Ni le bruit incessant de l'active industrie , Ni le cri de l'émeute agitant la patrie I — Fuyons loin de la foule ; allons au fond des bois , Où l'Ange familier fait entendre sa voix :

Au poète héroïque et fidèle à son culte , Proscrit par la cité qui le craint et l'insulte , Il restera toujours , comme un asile ouvert , La. solitude et Dieu , la Muse et le désert ! —

CRÉPUSCULE DE l'AME.

L E P OÊT E .

Ce qu'Orphée appelait " la vision des dieux " , Chaque âme, â l'âge d'or, l'entrevoit dans les deux; Chaque âme , en son exil , l'aime , l'espère et rêve ,

Sous les traits de Stella , de Béatrix ou d'Eve

Ah I j'ai besoin de croire et j'ai besoin d'aimer I

UNE VOIX MYSTl^RIEUSB.

Aime et crois ; vers le but l'espoir doit t' animer ;

Chaque âme, dans son vol , par Dieu même est conduite

Vers une âme , sa sœur , qui vers elle gravite ;

D'un sympathique amour l'iirésistible aimant

A se chercher partout les pousse incessamment;

Même avant de se voir, elles s'aiment dans l'ombre;

Et malgré les douleur», les épreuves sans nombre,

Se poursuivant ainsi que deipc astres amis.

Deux astres éloignés, aux mêmes lois soumis,

L'une à l'autre ici bas par Dieu prédestinée ,

Elles doivent un jour s'unir dans l'hyménéel

Pour aller se trouver an bout de l'univers.

Fallût-il traverser et les monts et les mers ;

Meurtrir ses pieds saignants aux chemins les plus rudes,

Et sans guide franchir d'arides solitudes ;

Fallût-il et combattre , «t souffrir tous les maux ,

Et de fleurs d'asphodèle orner les froids tombeaux :

L'âme rencontre, enfin , l'âme sœur qu'elle rêve;

Et dans leur union toute peine s'achève!

Aspirer, c'est la loi du terrestre séjour;

Et c'est par la douleur qu'on arrive â l'amour :

Soufire donc , aime et crois ; au bout de la souffi'ance ,

On cueille enfin le fruit qu'à mûri l'espérance I

LE POÈTE

Je te crois , — j'ai besoin de croire à cet amour ; Un même lien d'or doit nous unir un jour ; De la terre d'épreuve oubliant la tristesse , Je goûterai près d'elle une féconde ivresse ; Je nfcnterai du rêve à la réalité , De l'aspiration au trésor possédé I

( lai )

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