‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 29 sur 41 · L'ERMITE S SE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

L'ERMITE S SE AMÉRICAINE

LE POÈTE

Dans l'Edeii ravissant ,- douce et sainte patrie , L'homme fut animé du souffle de la vie :

Sans mère , Adam parfait sortit des mains de Dieu ; Et par Lui , seul et roi , fiit placé dans ce lieu : Adam , esprit et corps , sublime créature , Reflétant à la fois et l'Ange et la Nature.

L'homme , alors , dominait , paisible souverain ; Il contemplait soumis le royaum'e d'Bden ; Alors , dans l'univers , toute chose était belle ; ' Rien , dans l'esprit de l'homme , à Dieu n'était rebelle ; Tout n'était que bonheur , gloire, immortalité I — Mais la femme apparut ! . . . Et l'Ange révolté , L'Ennemi tentateur , l'Esprit plein de malice , Le noir Démon survint : Trop facile complice , Eve , prêtant l'oreille au Serpent captieux , Rêva , dans son orgueil , d'être égalée aux dieux : — Espoir fallacieux , promesse insidieuse, Leurre auquel a cédé son âme curieuse !

Eve , en ses entretiens séduite par Satan , De ses pleurs , dans sa chute , émut le cœur d'Adam : C'est par compassion et c'est par complaisance , Qu'après la femme , Adam a perdu l'innocence ; C'est par la femme , en pleurs , qu'Adam fut attendri ? — Et dès lors , le péché , la mort a tout flétri I . . . Adieu le paradis ! . . . adieu la solitude ! . . . Aux pieds des exilés que le chemin est rude !

L'homme a pu contempler la terre , aux premiers jours ; L'astre , avec harmonie accomplissant son cours ; De ses rayons baignant son épouse féconde , De fleurs toute parée et d'épis toute blonde ; La terre , riche encor de ses présents sacrés , Par qui l'âme et les sens , à la fois enivrés , De l'extase montait à l'extase plus pure !

Mais , qu'es-tu devenue , ô première nature , O terre antique et vierge , inépuisable sein , «Où la vie abondait , d'où sortaient par essaim

Tous les êtres divers s'abreuvant à ton fleuve 'f terre, tii n'es plus qu'une stérile veuve ! . . .

Homme , mange ton pain , inondé de sueur ; Et toi , femme coupable , enfante avec douleur ; Enfante , en gémissant , et tes fils et tes filles ; Enfante , avec la mort , de rivales familles ; Laisse , avec le péché , le fleuve des vivants , Par l'homme alimenté , s'écouler de tes flancs ; Laisse vemr Abel , et Caïn fratricide ; Vois la tombe engloutir ce cadavre livide !

terre, tu n'es plus qu'un froid séjour de deuil ; Ton sein , en frémissant , reçoit le noir cercueil ; Ton sein glacé s'entr' ouvre en vastes catacombes ; Chaque berceau s'attriste , environné de tombes ! . . .

Enfante , enfante encore , ô mère des vivants ; Et que ton sein s'épuise à ces enfantements; La Vierge-Mère , un jour , doit fleurir de ta race . Et par son Fils luira le Règne de la grâce \ Pour reblanchir la terre , ainsi teinte de sang , Il faudra le sang pur du Fils du tout-Puissant ; Le Verbe alors naîtra , l'Innocente Victime Mourra sur une Croix pour expier le crime !

Pour faire regermer la jeunesse en ton corps , Il te faudra la Voix qui ranime les morts : Dieu seul peut relever l'homme qui se dégrade : Dieu seul pourra guérir l'humanité malade ! — Holocauste d'amour , le Verbe se fait chair ; Le Saint pou» nos péchés boit le Calice amer ; Sur le Calvaire , on voit la Victime élevée ; Et du sang de l'Agneau la terre est abreuvée ! Jésus-Christ , l'Homme-Dieu , le Juste , l'Innocent , Le Verbe humanisé , le Fils du Tout-Puissant . Dieu meurt ! ! ! et par sa mort, tout pour nous se consomme LTiomme monte vers Dieu ; Dieu s'abaisse vers l'homme î Par Lui s'opère enfin Thymen universel ; L'homme a'unit à Dieu , — la terre touche au (riel ! mystère d'amour ! ô Théandrique Hostie !

Sacrifice réel en chaque Eucharistie !

Prolongement sans fin de l'Incarnation !

De l'homme avec le Christ ineffable union ! . Sacrement de l'autel , repas eucharistique,, Force , lumière , amour , douce ivresse extatique , Flamme ardente et luisante au milieu du saint lieu , Soulèvement de l'homme au niveau de son Dieu , Abaissement de Dieu pour s'approcher de l'homme , Pour établir en lui son mystique royaume !

Communion ! mystère !' inénarrable hymen !

Tu fais (lu oœnr de l'homme un radieux Va\p\\ '

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