‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 30 sur 41 · UNE VOIX MYSTÉRIEUSE · texte numérisé non relu

UNE VOIX MYSTÉRIEUSE

Après qu'il eût créé rhomme à sa ressemblance , D'un corps et d'un esprit merveilleuse alliance , Le voyant , au milieu du terrestre jardin , Courir vers chaque objet , ou s'arrêter soudain , Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme sur la terre De l'immortalité jouisse solitaire ; Que , seul en son bonheur , et roi du paradis , Terre de voluptés que les vents attiédis Font germer sans travail et fleurir à chaque heure , — H n*est pas bon que seul l'homme y règne et demeure ; Doué d'un cœur aimant , il faut qu'il soit aimé D'un cœur semblable au sien , et pour lui seul formé : — Et Dieu créa la femme ; Eve , â la chevelure Tombant jusqu'à ses pieds ; Eve blonde , et si pure , Si parfaite en naissant , que son réveil soudain Fit tressaillir chaque être , à l'ombre de l'Eden ; Et que l'homme étonné contempla comme un rêve , Ce chef-d'œuvre idéal où la forme s'achève I . . .

Depuis l'Eden heureux , — et pourtant si fatal ! — Chaque homme , au fond du cœur , trouve un type Idéal , De la beauté sans tache , unie avec la grâce, Empreinte lumineuse , inefiaçable trace I Oui , chaque fils d'Adam , amoureux en naissant , Porte au fond de lui-même un type ravissant , Une figure d'Eve , une image de femme , Astre dont les rayons illuminent son âme I — Oh I quel adolescent , dans un ciel éclairé , N'a pas vu se lever cet Idéal sacré , Cet astre aux rayons d'or , cette éclatante étoile , Que seul l'œil épuré peut contempler sans voile ? Quel cœur , prêt à s'ouvrir aux saintes visions , Ne fut pas ébloui de ses plus doux rayons ?

Quel cœur mystérieux , chaste et céleste vase , Oii chaque nuit l'espoir descend avec l'extase , Quel cœur n'a contemplé , dans l'extatique ardeur , Ce type virginal , rayonnant de splendeur ?

Est-il , sur cette terre , un seul cœur poétique Qui n'ait rêvé sa vierge invisible et mystique ; Qui , le jour et la nuit par elle visité , N'ait pressenti l'hymen , s'il ne l'a pas goûté ?

LE POÈTE

Ah I lorsque l'on nous jette , encor faible et sans tache , Parmi ceux qu'il nous faut combattre sans rel&che ; Lorsque , le cœur rempli de ce rêve immortel , Qu'un Ange familier nous apporta du ciel ,

Si jeune il faut entrer dans un diesert aride ; Dans un monde égoïste , où l'on marche sans guide ; Lieu d'exil et d'épreuve , où régnent les méchants ; Lieu parsemé de croix et de cailloux sanglants : Tous , nous avons besoin , car notre âme est aimante , Qu'il apparaisse en nous une mystique amante ; Qu'un radieux sourire , à ses lèvres éclos , Nous aide à supporter , sans fléchir, tant de maux; Et que le soir , rentré dans notre soUtude , Nous la voyions penchée à la table d'étude ; Qu'en elle nous trouvions , amie , épouse et sœur , Muse à la voix sévère et pleine de douceur , Fidèle Antonia, dont l'oreille attentive Recueille chaque son de notre voix plaintive ; Et qui nous consolant , sans se lasser jamais , Unit ses doux accents à nos amers regrets. —

Oui , voila le désir qu'à chaque heure j'éprouve ; Voila ce que mon cœur rêve , sans qu'il le trouve : Mais si de l'Idéal j'aperçois quelque trait , Une ombre , un seul rayon , oh ! quel puissant attrait Cette ombre exerce alors , quel pouvoir invincible Attire alors mon cœur vers cet objet visible ! Le type , que mon âme entrevoyait aux cieux , Semble avoir pris un corps pour enchanter mes yeux ; Et devant moi posant , dans sa grâce ingénue , Kéalise à mes sens l'idéale statue !

C'est ainsi qu'en ma course à travers le désert , Où , pour devenir homme , il faut avoir souffert , Un jour , parmi les traits des figures sans nombre . Avec joie et douleur j'ai rencontré cette ombre ; Dans un corps, que voilait un blanc tissu de lin , De l'Idéal caché brilla l'éclat divin :

La forme est un reflet de l'Idée Eternelle; Et la beauté de Dieu se rend visible en elle ; La forme vierge et sainte est le manteau royal , Dont se pare à nos yeux l'invisible Idéal ; Et qui , frappant nos sens pour mieux ravir notre âme, Nous révèle le Beau dans les traits de la femme !

Que de fois j'ai suivi , — dans mes rêves du moins , — Sans les regards jaloux des vulgaires témoins , Une vierge à l'œil fier , calme , noble et sauvage , Aimant les bois , les lacs , la couche de feuillage , La hutte de palmier sous l'harmonieux pin , Et la source d'eau vive , et le sable argentin ; Une vierge aussi belle et chaste que Diane , Ecartant de son arc les fleurs de la savani.' ; Dans les herbes , le jour , sur les lys aiSaissés , Cherchant un doux repos à ses membres lasses ; Ou bien , rêveuse et seule , au bord d'un fleuve assise , Dans les joncs écoutant se lamenter la brise ;

Et sur l'onde inclinée, airisi qu'un lys tremblant. Pâlissant de se voir dans le flot transparent. Une croix de saphir brillait à sa ceinture , Symbole rayonnant d'une âme austère et pure ; Et son front était ceint d'asphodèle et de lys , Entre les verts roseaux dès le matin cueillis. —

Oh I oui , je l'ai suivie , et je la suis encore; Avec elle j'ai vu poindre plus d'une aurore ; Et souvent , quand du ciel avait fui le soleil , J'ai veillé pour que rien ne troublât son sommeil; A la lueur du feu que j'allumais pour elle , Mon œil l'a contemplée endormie et plus belle ; Et je l'ai vue , au chant de l'onde et de l'oiseau , Sourire en s'éveillant dans son Ht de roseau; Svelte et pâle , elle allait , touchant d'un pied rapide Chaque fleur , de rosée encore toute humide ; L'Eole des forêts , dans son gémissement , Semblait la soulever comme un céleste amant ; Tout homme qu'eût frappé sa majesté sereine , De la nature en elle eût salué la reine , Et la femme elle-même , en voyant sa beauté , Eût ployé les genoux devant sa royauté !

Seule , elle allait puiser l'eau vive des fontaines , Et dérober le miel aux ruches des vieux chênes ; De la fleur du froment et de l'or du maïs , Ses pains avec le miel par elle étaient pétris ; Et l'on apercevait , sur sa rustique table , Dans un vase argileux , la sève de l'érable.

Le chevreuil , la suivant sur le bord des ravins , Venait prendre la feuille et le fruit dans ses mains ; Bondissait , à sa voix , comme un gardien fidèle , Et se couchait dans l'herbe , et dormait auprès d'elle. La génisse , accourant , quand sa voix l'appelait , A flots entre ses doigts laissait jaillir son lait. Marchant vers l'Occident , où le bison émigré , Devant elle fuyaient la panthère et le tigre ; Et le serpent terrible , au tocsin menaçant , G-lissait inoffensif sur son pied frissonnant ! Les ossements poudreux des tribus endormies Frémissaient sous ses pas dans les plaines fleuries ; Elle sentait , le soir , passer avec le vent Les fantômes émus des peuples d'Occident ; Chaque fleuve sauvage , en sa course rapide , Lui disait le berceau de sa source limpide ; Et le cœur au désert saintement recueilli , Elle voyait sortir les morts des tumuli] Et les morts racontaient les noms de tant de races , Qui foulèrent ce sol sans y laisser de traces ; Et qui, disparaissant dans l'ombre du tombeau , De leur souffle en mourant ont éteint tout flambeau !

Maintes fois , elle avait , de ses pieds , sans envie ,

Foulé le sable d'or de la Californie ;

Elle avait dédaigné chaque joyau brillant , ^

Moins utile à ses yeux que le silex tranchant,

Le silex d'où jaillit par le choc l'étincelle ,

Et dont s'arme la flèche , à l'ennemi mortelle ;

La flèche ailée allant au loin percer l'oiseau ,

En son vol , ou posé sur l'inculte arbrisseau.

Sous les rameaux croisés des bois toufîlis et sombres ,

Où les rayons pâlis luttent avec les ombres ,

Pour dormir au doux bruit des flots mourants du lac ,

Les lianes en fleur lui formaient un hamac.

Indolente , et pourtant infatigable aux courses ,

Des fleuves les plus longs elle avait vu les sources.

Remontant le grand Nil jusqu'au lac Itaska ,

Elle avait traversé l'immense Nébraska ,

L'Orégon , l'Iowa , les déserts sans Hmites ,

Où seuls ont pénétré les Indiens ermites !

Elle avait parcouru , sans repos , en tout sens ,

L'infini d'étendue entre deux océans ,

Où la forêt succède à la forêt plus vaste ,

Où des jnonts la savane est l'ondoyant contraste , .

Où les flots de verdure , en cercles déroulés ,

Par les oiseaux brillants et les fleurs étoiles ,

Offraient à ses regards , dans leur monotonie ,

Le spectacle infini qu'aimait son doux génie !

Tour à tour , visitant les nomades tribus ,

Ces festes malheureux de peuples disparus ,

Ces guerriers indomptés , qui demandent pour vivre

L'air de la liberté , dont la douceur enivre ;

Qui , fuyant la cité comme on fuit la prison ,

Pour borne insaisissable ont choisi l'horizon , —

Sur la natte elle avait dormi dans leurs cabanes ,

Et suivi les chasseurs dans les vertes savanes ;

Des daims et des bisons poussant les grands troupeaux ,

Sa flèche dans le nombre atteignait les plus beaux ;

Les vieux Chefs Indiens , surpris de son adresse ,

En triomphe portaient la blanche Chasseresse ;

Et les femmes , cueillant des rameaux et des fleurs ,

Les effeuillaient devant la Reine des chasseurs.

Chaque jour plus sauvage , heureuse et fugitive ,

Elle courait de bois en bois , de rive en rive ,

Laissant voler au vent son écharpe d'azur ,

Et des lacs en pirogue effleurant le flot pur.

La nuit, en remontant les profondes rivières,

Qui s'écoulent sans bruit vers les ondes amères ,

Des cèdres et des pins , sur l'abîme penchés ,

Elle entendait tomber les rameaux foudroyés !

Des monstres entassés, des immondes reptiles ,

Elle abordait sans peur les humides asiles ;

Et partout protégée , et sans crainte toujours ,

De sa vie au désert rien ne troublait le cours.

Le cœur tottt rayonnant de chastes rêveries ,

Des austères sommets jusqu'aux fraîches prairies ,

Comme un cygne en son vol par la brise emporté ,

Partout elle pouvait courir en liberté !

Rêveuse , elle écoutait , en sa mélancolie ,

Soupirer dans les pins la harpe d'Eolie ,

Et sur le sein dormant des flots phosphorescents

L'écho vague et lointain d'harmonieux accents.

Sous le dôme étoile , pendant la nuit tranquille ,

Assise au pied d'un arbre , absorbée , immobile .

Elle écoutait le chant du whip-poor-nnU plaintif,

Qui charme , en l'attristant , le cœur contemplatif. —

Et puis , si tout-à-coup , bien au-dessus des nues ,

Retentissaient les cris des voyageuses ^nies ,

Blanches migrations qu'entraîne chaque hiver ,

Et qui viennent s'abattre au bord du lac désert , —

A leurs cris , réveillant les échos d'Amérique ,

Son cœur vibrait ainsi qu'une harpe électrique ;

Il lui semblait alors , sous le ciel obscurci ,

Qu'entraînée à leur suite elle planait aussi !

Près du Niagara qu'habite le vertige ,

De l'écume irisée admirant le prodige ,

Emue et soulevée à sa voix d'ouragan ,

Dans la brume , on eût dit la Muse d'Ossian I

On la voyait errant sur les désertes plages ,

Que la vague d'azur orne de coquillages ,

Et dans chaque caverne , obscur et froid tombeau ,

Porter l'étrange éclat de son vierge flambeau !

Calme , elle aima toujours l'oraison et l'étude

La musique et les vers , fruits de la soHtude ;

Souvent , on l'entendit ^ par ses pieux sanglots ,

Par sa prière ardente , émouvoir les échos ,

Luttant avec le dieu que peut vaincre une larme ,

Qui nous ouvre ses bras et qu'un soupir désarme I

A l'ombre des forêts , sur le bord des torrents ,

Où la foudre répond au bruit des ouragans ,

Tremblante , elle écoutait parler la voix mystique ,

Et son âme vibrait d'un souffle prophétique I

Dante , Milton , Le Tasse , Avit et Roswitha ,

Et KlopstocK , chantre en pleurs des deuils du Golgotha ,

Tour à tour , répandaient dans son âme ravie

Un fleuve illuminant de féconde harmonie !

Alors, du haut d'un roc, mystique piédestal,

Elle laissait tomber cet hymne virginal ,

Hymne jailli du cœur qu'un feu céleste embrase ;

Plaintes , soupirs , sanglots , cris subhmes de l'âme j

Cantique intérieur des plus divins transports ,

Que la Muse traduit en lyriques accords :

HYMNE d'aNTÔNIA.

Oui , je m'appartiens à moi-même , Et je me suis donnée à Dieu !

Ravie en celui seul que j'aime ,

Son amour m'absorbe en tout lieu !

Plus je l'aime et plus je suis chaste ; Plus je me recueille en l'aimant , Plus je me sens enthousiaste , En mon calme ravissement ! —

Aimer , c'est s'oublier soi-même , Et dans un extatique élan , Se perdre en celui que l'on aime , Oomme un fleuve dans l'Océan !

Qui peut dire la source vive , Inondant comme un flot du ciel L'âme vierge et contemplative , ^ Libre de tout hymen charnel ?

Qui peut dire l'ivresse austère D'un cœur brûlant qui s'appartient ?

Il parle avec l'Ange , son frère , Et l'Ange avec lui s'entretient.

Ce cœur , plein de voix prophétiques , Emu par le. souffle de Dieu , Jette au ciel des cris extatiques , Et chante des stances de feu !

Semblable à la harpe qui vibre , Quand l'échauffé un rayon divin , Ce cœur chante , en son essor libre , Enflammé comme un séraphin ; —

Et son chant , qui se nomme extase , Est une révélation ! .

Aux éclairs du feu qui l'embrase , Béatifique vision ,

Son regard transperce les voiles , Dont se couvre l'Astre incréé , Et du mystère des étoiles , Déchifîre l'alphabet sacré !

virginale clairvoyance , Rayonnante intuition, D'un cœur pur , céleste science , Eclat jailU de l'oraison I

Sublime enthousiasme , on lame ,

Eprise d'un objet divin,

Dans la solitude s enflamme ,

Pour l'aimer seul , l'aimer sans fin !.. .

Loin de moi tout époux vulgaire ; Tout amour , délire fatal :

A l'ermitesse solitaire Il faut l'Eternel Idéal !

Il faut , non l'ombre , non l'image , Non le reflet matériel ; Mais l'Astre brillant sans nuage , Dans son éclat surnaturel !

A lui seul mes chants de louanges , A lui seul mes hymnes d'amour !

Que ma lyre à celle des Anges S'accorde au céleste séjour !

Que rien ici-bas ne m'arrête , Que rien ne borne mon essor :

Je veux , montant jusques au faîte , Contempler Dieu sur le Thabor , —

Dussé-je , dans ma sainte audace , Comme un aigle au ciel foudroyé , Après l'avoir vu face à face , Mourir près de l'Ange effrayé ! . . .

Hélas ! pardon , mon Dieu ! — la femme Ne sait pas aimer à moitié ; Elle répand toute son âme Dans l'amour ou dans l'amitié !

Oui , je m'appartiens à moi-même , Et je me suis donnée à toi , Tout entière à l'Epoux que j'aime , Et qui s'est incarné pour moi !

Pour t' adorer , j'ai fui les villes ; Et devançant les pionniers , J'ai cherché de secrets asiles , Où nul n'a frayé des sentiers ! —

Salut , ô calmes solitudes , Inaccessibles profondeurs , Où , loin du bruit des multitudes , J'ai trouvé des bois protecteurs ;

Où je n'ai, dans mes longues courses.

Vu que le daim et le bison , L'oiseau buvant aux mêmes sources , Où je buvais chaque saison !

Salut, grande et bolle nature, Symbolique création, Harmonieuse architecture, Sainte Bible de la raison ;

Toi, par qui l'Idéal mystique.

L'éclat divin encor voilé , Sous une forme poétique.

Aux yeux ravis s'est révélé !

Salut, poème éclos du Verbe, Où , dans la multiplicité , De l'étoile jusqu'au brin d'herbe , Brille l'éternelle unité ! . . . .

Venez , oiseaux de la patrie , Oiseaux d'Amérique; avec moi, Chantez le Dieu de poésie, D'amour , d'espérance et de foi !

Chantez le doux Fils de Marie , Le Dieu fait chair , le Dieu Sauveur , L'Homme-Dieu , l'Homme d'Agonie , Qui divinisa la douleur !

Aigles , qui planez solitaires Au-dessus du Niagara , Mêlant vos cris à ses tonnerres , Avec moi , chantez : Hosanna !

Gloire au Dieu , dont la douce image Brille et sourit dans chaque fleur ; Dont chaque voix sait le langage :

Béni Dieu I béni le Seigneur !

Mon âme est à lui tout entière :

Et son regard , rayon brûlant , Dans l'extase de la prière , La transperce amoureusement !

Et je dors d'un sommeil mystique .

Où rayonne en paix le Soleil , Dont la splendeur béatifique M'inonde encore à mon réveil ! —

Oh ! quel poète , sur la terre , Dans des vers, répétés au ciel .

A jamais chanté le mystère De cet hymen spirituel ?

Le mystère de l'àiiie unie Au Dieu de la Rédemption , Source embrasante d'harmonie .

Engendrant partout l'union :

L'union dans la foi Romaine ; L'union dans la liberté ; Oui , l'Union Américaine , Pour affranchir l'humanité !

O jeune et vaste République , Ton nom , qui grandit chaque jour , Dans un avenir Catholique , Sera pour tous un nom d'amour !

O République Américaine , Je te prédis un avenir , Où j devant ta gloire sereine , Toute gloire enfin doit pâlir !

Pour toi , je veux , dans la prière , Seule , consumant tous mes jours , Pour toi , par une vie austère , Je veux intercéder toujours !

Ah ! si l'éloquence est puissante , * Autant que le glaive d'acier , La prière est plus éloquente , Et t'offre un plus sûr bouclier !

Souviens-toi que , dans la prière , Le sage et pieux Washington S'agenouillait , avant la guerre , Plus puissant que Napoléon !

Souviens-toi qu'une forte épée , Dans la main d'un guerrier fougueux , ♦ Brille mieux , lorsqu'elle est trempée , Comme la foudre , dans les cieux !

Oui , le secret de la victoire , Du triomphe dans le combat , C'est la cellule ou l'oratoire , C'est le mystique apostolat !

C'est la prière de Moïse Qui soutient le glaive vainqueur ; La prière enflamme , électrise , Et rend invincible le cœur !

Là, prière est tout sur la terre ; La prière est tout dans le ciel ; Oui , c'est l'étoile humanitaire, Et c'est l'aimant universel ! . . . .

Priez donc , dans la quiétude , Loin du monde oubheiix et vain , Doux Anges de la solitude , Saints martyrs de l'amour divin !

'Priez , Carmes et Camaldules , Chartreux , Ermites du désert ; De vos rayonnantes cellules Faites monter votre concert !

Priez, aigles, cygnes, colombes, Séraphiquos Contemplatifs ; Comme du fond des Catacombes .

Faites monter vos cris plaintifs !

•C'est ainsi que chanta l'Amazone poète ,

Comme un céleste oiseau , dans sa haute retraite ;

Et l'accent inspiré de son hymne d'amour ,

Sous les rameaux vibrants qu'éclaire un demi-jour ,

Dans la forêt sonore , immense basilique ,

Fit tressaillir au loin chaque harpe éolique. —

Oui , son mystique attrait , oui , sa soif en tout lieu ,

Ses aspirations , son àme était à Dieu ! . . . .

Mais , des temples cachés , bâtis par la nature ,

Des gothiques forets , vivante architecture ,

Des sommets ombragés de cèdres et de pins ,

De ses plus chers abris , inconnus aux humains , —

Elle sortait parfois , et portait , non sans crainte ,

Ses pas dans la cité , tumultueuse enceinte. —

Et dans le cloître , un jour , humble au pied de l'autel ,

Lorsqu'au milieu des voix l'encens montait au ciel ,

Je l'ai vue , à genoux , recueillie , immobile ,

Angélique statue en sa pose tranquille ;

D'un livre aimé ses doigts tournaient les feuillets d'or ,

Et son âme y semblait puiser tout son trésor ;

Elle était absorbée ; et, dans l'église obscure ,

Un voile me cachait sa mystique figure.

Priant devant l'autel , ainsi qu'un Séraphin

'Que consume un amour sans mélange et sans fin ,

Dans l'immobilité priant avec extase ,

Et versant devant Dieu son àme comme un vase ,

Tel fut l'ardent parfum qui remplit le saint-lieu ,

Qui de l'âme exhalé , s'éleva jusqu'à Dieu ,

Qu'on eût dit que chaque Ange , invisible , en silence ,

Des fleurs du ciel versait l'incorruptible essence ;

Et que l'austère Vierge , incomprise de tous ,

Par vœu , s'était unie à son Divin Epoux ! . . .

Mais ce n'était qu'une ombre ! . . . . et l'ombre , après sa fuite ^

A laissé dans mon cœur l'illusion détruite :

Quand a brillé dans l'âme , et par delà les cieux ,

L'Idéale splendeur , tout s'efface à nos yeux ;

La terrestre beauté n'est plus qu'un pâle emblème ,

Qui nous fait aspirer à la Beauté Suprême ! —

Alors nous apparait , en nous tendant la main ,

Pour aider notre vol de son vol surhumain ,

La sainte Messagère , à notre sort unie , Qui doit nous enlever dans un ciel d'harmonie f Qui doit , de notre vol guidant l'ascension , De clartés en clartés , jusqu'^-u sein de Sion , Vers son Epoux Divin , qui l'appelle et réclame , Au bruit des harpes d'or , introduire notre âme 1

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