‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 3 sur 41 · PRÉLUDES · texte numérisé non relu

PRÉLUDES

os

" On a dit à bon droit que la société a deux pôles : L'esprit et la matière. Le pôle de la matière , qui se charge et se décharge incessamment, menace de détruire tout équilibre entre les facultés humaines. Chargez donc aussi l'autre pôle, multipliez les âmes qui oublient le corps pour donner â la société un contre-poids au mal que lui font tant de corps qui oublient l'âme. H est bon que des apparitions angéliques passent et repassent souvent auprès de tout ce peuple' de machines vivantes. "

( L'abbé MermiUod, vic.-gén. de Genève.)

ïa l^mmûî êuu%îli\fit

O chaste pauvreté , ?îainte béatitude ,

Diamant du désert, Heur de la solitude ;

O mystique trésor que le Chri.-t a béni,

Que Marie et Joseph ont aimé comme lui ;

Perle de l'Evangile , appui des monastères ,

Aiguillon du génie et des vertus austères;

Toi, qui nous affranchis, en nous rendant plus forts

Que 1 avare à genoux sur d'infâmes trésors ;

Toi qui donnes l'esprit de zèle et de courage ,

Pour parler du devoir l'énergique langage ,

Et pour faire trembler et pour faire pâlir

Les prêtres de Mammon, que l'on ose applaudir!

O douce pauvreté , chère à tous les prophètes ,

Et qu'on vit en tout temps inspirer les poètes :

Les sages de la Grrèce ont connu ta beauté ;

Les Ermites, pour toi, sans crainte ont tout quitté;

Par toi , toute œuvre sainte , en sa i aissance obscure ,

A voulu commencerafin d'être plus pure ;

Et tout cœur héroïque , en se donnant à Dieu ,

Doit se donner à toi , se lier par un vœu I

C'est toi , que Saint François , l'apôtre séraphique ,

A choisie ici-bas pour sa dame mystique ;

Et te restant fidèle, et t'admirant toujours ,

Tu fus, jusqu'à la mort, l'ange de ses amours!

Et nul moine, depuis, nul sage, nul poète ,

D'un nimbe aussi brillant n'a couronné ta tête!

O veuve abandonnée , austère pauvreté ,

En ces jours d'avarice et de cupidité ,

N'es- tu plus pour le prêtre une béatitude ,

Et le moine attristé fuit-il ta solitude ?

Oh ! viens dans ma cellule , habite sous mon toit ,

Rends mon chevet plus dur et mon lit plus étroit I

Viens me nourrir du pain arrosé de tes larmes :

L'amour m'a révélé tout l'éclat de tes charmes !

Revêtu du cilice , et chargé de la croix.

Conduis-moi sur les pas de Claire et de François !

Je te suivrai partout , ô sainte Solitaire,

Que l'Industrie aspire à chasser de la terre ;

Et je supporterai l'insulte et le mépris

De tous les parvenus, sous leurs riches lambris!

Oli! viens; allons tous deux; allo^îs, de porte en porte,

IMêcher par nos haillons la vertu , qu'il importe,

En ce Siècle d'argent , d'inculquer dans les cœurs :

Dieu prendra soin de nous, comme il prend soin des fleurs!

'J'oi , qui portes du Christ la couronne d'épines ,

Viens ni'apprendre à marcher sur ses traces divines :

C'est toi seule que j'aime ; et toi seule tu peux

Lutter contre l'esprit de ce siècle orgueilleux ;

Et conforme à Jésus, et semblable à Marie,

Montrer au genre humain le chemin de la vie I

Et si venaient la faim, le froid, la nudité,

Si le vent glacial de l'âpre adversité

Soufflait, — dans nos haillons, plus joyeusement tristes,

Nous irions sous les murs d'un couvent de Trappistes ;

Nous irions demander , au nom de Saint-Bernard ,

Du pain de leur aumône une modique part ;

Et dans la charité de ces calmes ascètes

Nous serions à l'abri de toutes les tempêtes!

Heureux l'aigle et l'Ermite au sommet du Oaruiel : Le cloître est un Eden , la cellule est un ciel !

tî %îpB CotïttmjilaE

Chanter, c'est servir Dieu; c'est animer son frère Dans l'exil et la lutte. — Adorer, contempler, C'est faire ce que font les élus dans la sphère , Où notre âme affranchie un jour doit s'envoler.

Le repos est fertile à qui dort dans le temple, A qui médite en paix sous l'aile du Seigneur ; Le repos est fertile à qui veille et contemple , Dans l'ombre où vient pleurer l'Ange de la douleur !

Le repos est fertile à qui prie et se voile , Dans ce siècle de bruit, de tumulte et d'éclat ; A qui brille â l'écart, comme une chaste étoile , Sauvé de son atteinte et de sou souffle ingrat !

Dans ce siècle agité , le repos est fertile

A qui s'endort en paix sous l'aile du Seigneur ;

A qui puise l'amour au céleste Evangile ,

Dans l'ombre où vient pleurer l'Ange de la douleur I

Page 1