PRÉLUDES
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" On a dit à bon droit que la société a deux pôles : L'esprit et la matière. Le pôle de la matière , qui se charge et se décharge incessamment, menace de détruire tout équilibre entre les facultés humaines. Chargez donc aussi l'autre pôle, multipliez les âmes qui oublient le corps pour donner â la société un contre-poids au mal que lui font tant de corps qui oublient l'âme. H est bon que des apparitions angéliques passent et repassent souvent auprès de tout ce peuple' de machines vivantes. "
( L'abbé MermiUod, vic.-gén. de Genève.)
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O chaste pauvreté , ?îainte béatitude ,
Diamant du désert, Heur de la solitude ;
O mystique trésor que le Chri.-t a béni,
Que Marie et Joseph ont aimé comme lui ;
Perle de l'Evangile , appui des monastères ,
Aiguillon du génie et des vertus austères;
Toi, qui nous affranchis, en nous rendant plus forts
Que 1 avare à genoux sur d'infâmes trésors ;
Toi qui donnes l'esprit de zèle et de courage ,
Pour parler du devoir l'énergique langage ,
Et pour faire trembler et pour faire pâlir
Les prêtres de Mammon, que l'on ose applaudir!
O douce pauvreté , chère à tous les prophètes ,
Et qu'on vit en tout temps inspirer les poètes :
Les sages de la Grrèce ont connu ta beauté ;
Les Ermites, pour toi, sans crainte ont tout quitté;
Par toi , toute œuvre sainte , en sa i aissance obscure ,
A voulu commencerafin d'être plus pure ;
Et tout cœur héroïque , en se donnant à Dieu ,
Doit se donner à toi , se lier par un vœu I
C'est toi , que Saint François , l'apôtre séraphique ,
A choisie ici-bas pour sa dame mystique ;
Et te restant fidèle, et t'admirant toujours ,
Tu fus, jusqu'à la mort, l'ange de ses amours!
Et nul moine, depuis, nul sage, nul poète ,
D'un nimbe aussi brillant n'a couronné ta tête!
O veuve abandonnée , austère pauvreté ,
En ces jours d'avarice et de cupidité ,
N'es- tu plus pour le prêtre une béatitude ,
Et le moine attristé fuit-il ta solitude ?
Oh ! viens dans ma cellule , habite sous mon toit ,
Rends mon chevet plus dur et mon lit plus étroit I
Viens me nourrir du pain arrosé de tes larmes :
L'amour m'a révélé tout l'éclat de tes charmes !
Revêtu du cilice , et chargé de la croix.
Conduis-moi sur les pas de Claire et de François !
Je te suivrai partout , ô sainte Solitaire,
Que l'Industrie aspire à chasser de la terre ;
Et je supporterai l'insulte et le mépris
De tous les parvenus, sous leurs riches lambris!
Oli! viens; allons tous deux; allo^îs, de porte en porte,
IMêcher par nos haillons la vertu , qu'il importe,
En ce Siècle d'argent , d'inculquer dans les cœurs :
Dieu prendra soin de nous, comme il prend soin des fleurs!
'J'oi , qui portes du Christ la couronne d'épines ,
Viens ni'apprendre à marcher sur ses traces divines :
C'est toi seule que j'aime ; et toi seule tu peux
Lutter contre l'esprit de ce siècle orgueilleux ;
Et conforme à Jésus, et semblable à Marie,
Montrer au genre humain le chemin de la vie I
Et si venaient la faim, le froid, la nudité,
Si le vent glacial de l'âpre adversité
Soufflait, — dans nos haillons, plus joyeusement tristes,
Nous irions sous les murs d'un couvent de Trappistes ;
Nous irions demander , au nom de Saint-Bernard ,
Du pain de leur aumône une modique part ;
Et dans la charité de ces calmes ascètes
Nous serions à l'abri de toutes les tempêtes!
Heureux l'aigle et l'Ermite au sommet du Oaruiel : Le cloître est un Eden , la cellule est un ciel !
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Chanter, c'est servir Dieu; c'est animer son frère Dans l'exil et la lutte. — Adorer, contempler, C'est faire ce que font les élus dans la sphère , Où notre âme affranchie un jour doit s'envoler.
Le repos est fertile à qui dort dans le temple, A qui médite en paix sous l'aile du Seigneur ; Le repos est fertile à qui veille et contemple , Dans l'ombre où vient pleurer l'Ange de la douleur !
Le repos est fertile à qui prie et se voile , Dans ce siècle de bruit, de tumulte et d'éclat ; A qui brille â l'écart, comme une chaste étoile , Sauvé de son atteinte et de sou souffle ingrat !
Dans ce siècle agité , le repos est fertile
A qui s'endort en paix sous l'aile du Seigneur ;
A qui puise l'amour au céleste Evangile ,
Dans l'ombre où vient pleurer l'Ange de la douleur I