IS
Le repos est fertile à qui s'isole et prie ; A qui jeûne au désert , à qui souffre à l'écart ; Le repos dans l'amour, c'est la part de Marie , Et la part de Marie est la meilleure part I
Le repos est fertile. . . . et cependant, qu'en tends-je? Un reproche du monde , aveugle et sans merci ; Un reproche insultant, dont s'étonne mon Angfc, Comme si de son front l'astre était obscurci I
Un reproche qui vient troubler la solitude , Où j'achève sans bruit mon Poème sacré , Où dans l'ardent repos, la prière et l'étude , A cette œuvre d'amour je me suis préparé î
monde accusateur I apprends à me connaître; Avant de m'accuser, interroge mes pleurs; En mon asile étroit que ton regard pénètre ; Qu'il contemple les fruits , éclos de mes douleurs !
Chanter, c'est servir Dieu; c'est animer son frère Dans l'exil et la lutte. — Adorer, contempler. C'est faire ce que font les ékn dans la s[)hèro , Où notre ame affranchie un jour doit s'envoler I
ïtfî Ijnmmtfî ii'nttiaii û k0 Ijnnimeîî
" Des hommes d'action, des hommes de locfique^ Oui, voilà ce qu'il faut dans ce siècle énergique ; Des hommes criant fort et marchant le front haut^ Des hommes positifs , oui , voilà ce qu'il faut ! A ce grand siècle , il faut des ouvriers pratiques ; De robustes enfants, non de frêles mystiques! Il n'a pas le loisir d'effeuiller quelques fleurs Sur le front virginal d'ascétiques rêveurs I — Arrière les rêveurs 1 — Selon sa théorie , Marthe seule travaille ; inutile est Marie ; Ce siècle n'admet pas de sainte oisiveté ; Le repos est proscrit de ce globe agité ; L'humanité n'a plus que la vapeur pour âme ^
C'est dans le mouvement qu'elle accomplit sou drame.
Veut-on du Moyen- Age évoquer parmi nous
Les moines inactifs, les extatiques Tous ?
Place à Marthe en sueur; mîiis à Marie , arrit rc !
La nuit du Moyen- Age obscurcirait notrt* èiv :
Un siècle de lumière , un siècle de raison ,
Ne connaît pas les fruits d'une longue oraison ;
L'active charité seule a droit de lui plaire ;
La contemplation , oisive et solitaire .
N'est qu'un déguisement de l'égoïsme étroit ;
Oui , celui qui s'isole a le cœur sec et froid I
Chacun doit au progrès prendre une part active;
Chacun doit apporter sa parole effective ;
Tout marche à la vapeur , tout s'ébranle et s'émeut ;
Agissez I avancez ! ce grand siècle le veut I —
A chaque pas que fait le siècle en sa carrière ,
On entend une voix qui lui crie : en arrière I
Mais ce cri, sans écho, qu'emporte l'ouragan ,
N'arrête pas le siècle, en son magique élan ! i
Le progrès sans repos, dans son vol électrique,
Unit le Monde Ancien à la Jeune Amérique.
Ce siècle , dédaignar.t les obstacles grossiers ,
Des âuides subtils , transformés en coursiers , |
Empruntant la vitesse , ainsi que l'énergie ,
Inspire à la matière un esprit de Magie I
Des bancs de Terre-Neuve aux côtes de l'Erin,
Il jette en se jouant un câble sous-marin ;
Et l'éclair animé , l'électrique message , i
Vibre et vole, échangé de rivage en rivage ; |
Pour le siècle actuel, l'impossible n'est plus ; |
Les problèmes anciens par lui sont résolus ;
Annihilant partout le temps et la distance ,
De merveille en merveille, avec fougue il s'élance ;
La vapeur, la lumière et l'électricité ,
Proclament en tous lieux sa triple royauté ;
Il est maître aujourd'hui de la nature entière ;
En peintre merveilleux il change la lumière.
Dompte avec la vapeur l'orgueil des flots amers ,
Et lance sa pensée en syllabes d'éclairs I
Que lui faut-il encore? Ah! je puis le prédire :
Dans l'océan de l'air à monter il aspire ;
Et l'on verra bientôt l'empire des oiseaux
Sillonné par le vol de magiques vaisseaux ;
Et l'homme , devenu le fier rival de l'aigle ,
N'avoir plus dans les cieux que son orgueil pour règle ! —
Il est passé le temps des moines inactifs , Des poètes rêveurs, des froids contemplatifs : La vie est un combat , le zèle est dans l'orage ; L'esprit de polémique est l'esprit de notre âgu ;
IMiilheur à c^ui s'arrête et se tient à l'écart ,
Ktd'un temps qui n'est plus arbore l'étendard !
Le silence, la paix, l'oisive solitude,
Du cloitre et du désert la sainte quiétude ,
Tout cela c'était bon et louable autrefois;
Mais le zèle aujourd'hui doit suivre d'autres lois :
Nos sauvages déserts , nos forêts primitives ,
Ne doivent point s'ouvrir aux colombes plaintives;
Mais au bruit de la hache et des chemins de fer ,
Et des chars emportés de l'une à l'autre mer ! "
Voilà ce qu'ils ont dit, voilà ce qu'ils vous disent.
Les hommes qu'en ces jours de grands mots ôlectrisent ;
Les hommes d'action, les hommes de progrès ,
Dont le siècle bruyant a formé son congrès ;
Voilà ce qu'ils ont dit , ces flatteurs de la foule ,
Qui n'ont jamais connu que l'orage et la houle :
Mais le contemplatif suit son mystique attrait;
Et l'ermite en repos, au fond de la forêt,
Sans s'émouvoir des flots de la mer en furie ,
Dans le recueillement, veille, s'exalte et prie;
Il demande à l'amour, à l'intuition ,
Des mystères divins l'intime vision
La logique jamais de l'amour n'esi la reine ;
L'amour sera toujours la force souveraine ;
Par l'esprit raisonneur le cœur est conjprimé :
*• Jésus-Christ n'est connu qu'autant qu'il est aimd ! "
La grande et sainte école est dans la Thébaïde ;
L'amour , de la science est l'échelle rapide;
Et les secrets du ciel , les hautes visions
Germent , dans le repos , du feu des oraisons !
L'esprit métaphysique, escorté de nuages ,
Ne voit les vérités qu'à travers des images ;
Mais le cœur par l'amour goûtant ces vérités ,
Reçoit , en s'oubUant , de soudaines clartés. —
Allez i chefs insensés d'interminables luttes ;
Subtils instigateurs des plus vaines disputes ;
Vous ne verrez jamais devant votre raison
S'ouvrir et s'éclairer l'extatique horizon;
Et tandis que l'amour , armé de la prière ,
Comme un aigle baigné d'une ardente lumière,
Plane au plus haut des cieux avec humihté,
L'esprit n'entreverra qu'une froide clarté !
La science est pramise aux bonnes vieilles femmes j
Aux vierges , aux enfants ; Dieu la donne à ces âmes ,
A ces pauvres d'esprit , sublimes amoureux ,
Que le Saint-Evangile appelle ^'' BienheiireuxX "
Tout chef-d'œuvre idéal , accueilli par la gloire ,
Est sorti radieux d'un obscur oratoire ;
C'est à 1 ombre du cloitre, et loin des vains regards,
( is )
Qu'en leur éclat divin ont fleuri les Beaux-Arts,^
Du cloître ont rayonné les splendeurs virginales j
Les austères clartés des vastes cathédrales ;
Tout ce que la matière , en son essor hardi ,
Peut exprimer du cœur quand le cœur est ravi ;
Tout ce que les couleurs , la toile qui s'anime ,
La flèche qui s'élance , ont d'audace sublime ,
L'épanouissement, l'éclat, l'expression j
L'ensemble harmonieux de la perfection ,
Tout ce que l'homme admire et contemple en extase ,
Quand son cœur transformé s'illumine et s'embrase :
C'est l'œuvre d'un Mystique, en quelque obscur séjour ,.
L'œuvre de la prière et l'œuvre de l'amour I
Les pieux chevaliers de l'Ordre monastique ,
Tout embrasés d'amour , en leur zèle mystique,
De la seule BEAUTé divinement épris.
Ont entraîné les cœurs et conquis les esprits !
Par «ux l'enthousiasme et l'ardent héroïsme ,
La prière a ravi le sceptre au syllogisme ;
Et la Muse a chanté, dans un rhythme enflammé :
*' Jésus-Christ n'est connu qu'autant qu'il est aimé ! "
Dans les siècles de foi , d'amour et de prières ,
ïïélasi bien différents, du "siècle de lumières"
On vit naître partout ces héroïques saints , '
Que suivaient aux déserts d'angéliques essaims.
La Muse virginale et saintemest féconde ,
En subjuguant la chair et méprisant le monde ,
Sous le voile claustral ou le casque d'acier ,
Du martyre enseignait le glorieux sentier ! —
La science discute , et l'amour est poète ;
L'amour franchit l'abîme où l'esprit froid s'arrête ;
Et l'extase muette , et le ravissement.
Ouvre à son vol divin le plus haut firmament ,
Le ciel où dans son vol n'atteint pas le génie ,
Où ruisselle à flots d'or l'éternelle harmonie ,
Et dans lequel fleurit , comme un lys étoile ,
L'Idéal par la terre à nos regards voilé I
Que ce siècle aveuglé, dans son ivresse active, Condamne avec orgueil l'âme contemplative ; Qu'emporté par le feu qu'alimente l'Enfer , Il tourmente sa vie et ses chevaux de fer ; Du matin jusqu'au soir, et du soir jusqu'à l'aube , Du bruit de la vapeur qu'il fatigue le globe : Loin du chaos bruyant de ce siècle aveuglé, Heureux l'Ermite en paix, heureux l'homme isolé? Des abdications l'exemple n'est pas rare ; Autrefois Célestin abdiqua la tiare :
Abdiquer, c'est régner, en cessant d'être roi; C'est échanger de sceptre, en triomphant de soi l
L'homme , encore en extase , à sa première aurore ,
Vit, au sein de l'Eden, la Poésie éclore;
C'est la langue de l'Ange et la langue de Dieu ,
La langue d'innocence et d'amour en tout lieu.
La Muse , avec le Prêtre, est gardienne de l'âme ;
Du temple intérieur elle entretient la flamme ;
Le vrai barde nous parle un langage divin ;
Le don de poésie est un don souverain , —
Mystique enivrement , chaste mélancolie ,
Que le ciel nomme extase et le monde folie ,
Où , parlant â la terre en un rhythme de feu ,
L'homme inspiré devient l'interprète de Dieu !
Du Beau, comme du Vrai ^ — double gloire immortelle , —
Rome , dans sa grandeur , est la Ville Eternelle !
Des chefs-d'œuvre de l'Art, en ses pieux abris ,
Elle seule a gardé les splendides débris !
Toujours le barde saint, que la patrie exile ,
Trouve dans son amour un glorieux asile :
Expulsé de ïlorence , avec un lâche afîront ,
Rome accueilht le Dante , en couronnant son front !
O Rome , Sainte EgUse , infaillible interprète Des labeurs du savant et des chants du poète , Je soumets tous mes vers , avec humilité , Aux suprêmes arrêts de ton Autorité. — Ah I que n'ai-je aujourd'hui , magnifiques hommages , L'or, l'encens et la mjm'he, apportés par les Mages? Que n'ai-je, pour offrande , avec un cœur soumis, Tous les trésors divers par l'amour réunis ? — Mais non I Termite obscur , l'inculte anachorète , Hélas ! ne peut qu'offrir l'obole du poète :
Mais pour toi , cette obole est «n riche trésor ; Elle vaut à tes yeux l'encens, la myrrhe et l'or , Oui , la Muse toujours à Rome fut chérie ,
Et , pauvre , s'abrita sous l'aile de Marie !
Mystiques paladins , les bardes d'autrefois ,
Mendiants comme Homère et le doux Saint François ;
Vivant au jour le jour, allaient de ville en ville ,
Dans leur enthousiasme annonçant l'Evangile !
Qu'êtes- vous devenus , fidèles héritiers
Des moines qui chantaient du temps des Chevaliers ,
Quand les Arts florissants^ protégés par Marie ,
Ont , armés de la croix , chassé la barbarie ?
Qu'êtes- vous devenus ; à bardes de Sion ,
O célestes chanteurs ? — Quel vulgaire démon ,
Vous soufflant le blasphème , en votre frénésie ,
( -io )
Vous a-fait dans l'enfer traîner la Poésie?. . . . O Rome , tl tes arrêts je soumets tous mes vers , Et j'eliace d'avance , avec des pleurs amers , Ceux que ta voix condamne ! Oh! oui, l'orthodoxio Doit s'étendre , et s'étend , jusqu'à la poésie ; Et si la vérité ne perd jamais ses droits , Le poète inspiré, disciple de la croix, Enfant plein de candeur en son obéissance , N'admet point dans ses vers d'hérétique liccmce ! Non , non , jamais le Beau n'est séparé du Vrai ; C'est le rayonnement de l'Idéal sacré; Et maudite la Muse infidèle , hérétique ; La muse échevelée, à l'orgueil satanique!
Oui , malédiction , haine , opprobre infernal , Flétrissure éternelle à Tapôtre du mal , Qui , dans son noir délire et son apostasie , Loin des sentiers du Bien , a suivi l'hérésie ! Anathéme , anathème à ces géants d'orgueil , Dont le souffle orageux pousse vers chaque écucil ; A ces angles déchus , à ces foudres sonores , Du Parnasse infernal décevants météores I — Achetant à tout prix la gloire et le succès, Ils ont flatté le siècle en ses plus vils excès ; Et lâches déserteurs , en leur haine cynique , Du Christ auraient voulu déchirer la tunique ! . . . . O fiévreuse chimère, impie aveuglement, Essor vertigineux, sombre éblouissement , Audace sacrilège , ivresse magnétique ,
Où n'entraînes-tu pas le génie hérétique !
Flamboyante comète , en son vol déréglé ,
Il s'abîme et s'éteint dans un ciel désolé !
Tel un ballon , enflé de magique fluide ,
Dans l'éther sulfureux erre et sombre sans guide ;
Ou tel encor , la nuit , sombrant comme un volcan ,
Eclate un grand steamer , qu'engloutit l'Océan I
De la sainte justice , ô terrible mystère :
La chute du génie épouvante la terre!
Heureux donc l'humble barde , épris du seul vrai Beau ,
(Jui sur l'autel désert rallume le flambeau ;
Et du mystique amour gardant toutes les flammes ,
A monter vers le ciel aide les saintes âmes I
La Forme harmonieuse est la spl'endeur du Vrai ;
Le poète est béni , le poète est sacré !
Pour les fleurs qu'il effeuille et les trésors qu'il donne,
Malheur à qui refuse une pieuse aumône!
Malheur à qui le chasse ou reçoit sans amour !
Oui , malheur s'il n'obtient que la haine en retour ;
Si , prompt à le blesser, prompt à le méconnaître,
On ne voit pus en lui quelque chose du Prêtre;
Et si, dans les cit^s , pour ses chants les plus doux Il n'a pu soulever qu'un vulgaire courroux!
Car, secouant alors ses poudreuses sandales , Sur les froides cités et leurs tristes scandales, Il ira demander aux Barbares des bois L'amour qu'ont refusé de sauvages bourgeois!
5liit CnnnflitfH k l^altiniart.
Les dons sont vai-iésj et chacun a des grâces Pour suivre avec attrait , en discernant ses traces , Saint Paul impétueux ou l'ermite en repos , L'apôtre des gentils ou l'aigle de Pathmos.
Chaque ouvrier chrétien , accomplissant sa tâche , A la gloire de Dieu travaille sans relâche , Par le glaive et la plume, également tranchants, Par le zèle enflammé, l'éloquence et les chants: Tandis que l'un agit , l'autre contemple et prie ; Marie en paix sert Marthe , et Marthe aide Marie ; L'ermite et l'orateur travaillent de concert. L'un au sein des cites, l'autre au fond du désert! C'est agir que prier , dans le repos austère ; La foi qui jeûne et veille est une foi sincère I C'est agir qu'adorer , dans le recueillement ; Oui , c'est servir l'Eglise et le gouvernement ! Ainsi , dans la retraite , au sein de Baltimore , Pour détourner le feu qui nous menace encore , Et la foudre grondant sur les Etats-Unis , Pour servir d'holocauste et sauver le pays , D'humbles vierges , qu'abrite un obscur monastère , Au Dieu qui les contemple offrent leur vie austère : Leur vie austère ! à peine on la compte ici-bas , Et le bien qu'elles font, l'homme ne le voit pas! Mais l'Ange seul le sait, et recueille en silence L'encens de l'oraison , l'encens de la souffrance ! Ah I celles-là n'ont pas la Presse aux mille voix , Pour pubher au loin et grossir leurs exploits ; Celles-là , quand viendra le jour du grand partage , Recevront tout entier leur céleste héritage ; Celles-là n'auront point cueilli dans leurs cliemins Les éphémères fleurs que sèment les humains !
Ilurables vierges du cloître, austères Carmélites,
Astres dont nul ne peut compter les satellites ,
Votre force attractive et votre charité
Rayonnent du foyer de l'inactivité;
Sans sortir de l'enceinte où votre Epoux demeure ,
Pour le siècle oublieux vous priez à chaque heure ;
Vous priez et jeûnez pour l'Eglise et l'Etat ;
Votre héroïsme agit sans répandre d'éclat;
Dans l'étroite cellule et l'obscur oratoire ,
Vous poursuivez sans bruit votre œuvre expiatoire ;
Et vos pieux sanglots, vos supplications ,
Font descendre du ciel les bénédictions!
vierges du Carmel , qu'enflamme la prière;
Vous que l'amour élève au-dessus de la terre ;
Vous qui loin du tumulte, à l'ombre d'un couvent ,
Puisant dans l'abstinence un chaste enivrement ,
Ohantez avec ardeur les célestes louanges ;
Vierges ! priez pour moi , car vous êtes des anges !
<3ue m'importe , ou la gloire , ou le bruit d'un vain nom ,
Ou l'immortel laurier cueilli sur l'Hélicon ;
•Que m'importe l'éloge ou la critique amère ,
Vierges du pur amour, si j'ai votre prière/
Priez donc , ô mes sœurs , priez pour que mes chants ,
De vos hymnes d'aniour soient des échos touchants;
Pour qu'au monde exprimant les choses les plus saintes ,
Ils soient comme un concert d'harmonieuses plaintes;
Emportés par le vent , pour qu'ils ne tombent pas
Dans le champ de l'envie et sur des cœurs ingrats ;
Et qu'en mourant tranquille , au moins je puisse dire :
A toi seul , ô mon Dieu , j'ai consacré ma lyre !
Poiir le plaisir fiévreux d'un coupable succès ,
Qui ne laisse après soi qu'amertume et regrets ,
Je n'ai jamais chanté ce que ta loi condamne ,
Esclave et vil écho de la foule profane !
Non, je n'ai pas, pour plaire à tous ces apostats,
Dont le maître est Satan et le nom est Judas ;
Pour plaire au monde impie, apôtre du blasphème ,
Préféré la laideur à la Beauté suprême !
Je n'ai pas fait vibrer , docile tour-à-tour
A l'amour criminel comme au céleste amour ;
Docile à tous les tons d'une molle harmonie ,
Qu'inspire à ses élus un infernal génie ;
Je n'ai pas fait vibrer l'angélique instrument ,
Le Kinnor étoile qui vient du firmament,
Pour qu'à mes faux accords , qui font gémir l'Eglise ,
Le siècle émerveillé s'émeuve et s'électrise !
Je n'ai point, abusant des dons les plus sacrés.
Versé l'impur poison dans des cœurs égarés ,
Disant avec Soimict . qu'un flot d'orgueil soulève :
" La lyre peut chanter tout ce que l'âme rêve Comme si l'on pouvait , poète audacieux , Traduire un rôve impie en vers licencieux I Comme si l'on pouvait des mauvaises pensées Réaliser le crime en phrases cadencées I Et comme si de l'Art , — l'Art du ciel descendu Le souffle inspirateur n'était pas la vertu !
ïa ïnraotie tï la 3gaunrile-(Drlénnj
Le culte du berceau , le culte de la tombe ,
On le trouve partout , quand tout le reste tombe !
L'amour de notre mère , après l'amour de Dieu ,
L'amour de la patrie^ on le trouve en tout lieu I
Je te dois et te ^arde à jamais , ô patrie ,
Un amour filial , un culte de latrie ;
Et tu seras toujours , " après celle des cieux " ,
La plus douce à mon cœur , la plus belle à mes yeux !
L'image de ma mère , en ton sein endormie ,
A ton grand paysage est à jamais unie ! —
Louisiane , ô patrie, ô fertile jardin ,
Que tous ont sahié du nom sacré d'Eden ;
Toi , Reine du Midi , rivale des Florides ,
Qu^ embaume de ses fleurs l'arbre des Ilespérides;
Toi y qui vois cliaque année , au bord des grandes eaux j.
S'épanouir ta soie et mûrir tes roseaux :
De ta gloire , ô patrie à mon âme si chère ,
Audubon et Viel ont ouvert la carrière.
De sa hauteur bientôt écrasant tes bazars ,
S'élèvera pour toi le temple des Beaux-Arts ;
Et tes fils , s'inspirant de tes fi-aîches légendes,
Tresseront pour ton fi*ont d'immortelles 'guirlandes !
Déjà , de ton berceau l'éloquent Gayarré
Avec soin recueillant chaque feuillet sacré ,
Dans un livre , où reluit ta poétique gloire ,
De tes plus beaux exploits nous a tracé l'histoire ! —
Et le chaste Dugué , poète aux doux accents ,
Dont l'esprit radieux plane au-dessus des sens ,
De la savane immense invoquant le Génie ,
A traduit dans ses vers ta plaintive harmonie. —
Et le pieux Faget , par de savants travaux
Disputant la médaille à d'illustres rivaux ,
A lié la Science à la Philosophie , —
CaT la matière tue et l'esprit vivifie ! —
Au Principe Eternel rattachant chaque fai^ , L'Esprit à la matière, et la Cause à l'effet , Il a par la synthèse éclairé l'analyse , — Fidèle à la Nature et fidèle à l'Eglise.
Louisiane , ô patrie I un sang de chevalier Coule encor dans ton sein ," je ne puis l'oublier ! Française par le cœur , en ton ardeur guerrière , Tu vainquis les héros de la vieille Angleterre ! Le lugubre cyprès , aimé du nouveau Nil , De ses Unceuls de mousse ombrage leur exil ; Attestant de tes fils l'invincible courage , • Ils dorment sans lauriers sur ta rive sauvage ; Et le Fleuve , en enflant ses grands flots écumants , Inonde avec orgueil leurs pâles ossements !
Je te dois et te garde à jamais , ô patrie , Un amour filial , un culte de latrie ; Et tu seras toujours , " après celle des cieux " , La plus douce à mon cœur , la plus belle à mes yeux I
Et toi , ville créole , active Capitale , G Nouvelle- Orléans , ô ma ville natale , Je t'aimerai toujours , et ton hostilité Ne ferait qu'enflanmier mon amour exalté I Quand je te vis , enfant , tu n'étais qu'un village ; A mon berceau tes bois ont prêté leur ombrage ; J'ai vu , dans tes faubourgs plantés de lataniers , La iaïqtie avec art façonnant ses paniers ; Et le jeune Chactas, noirci parla boucane , Sur le feu redressant sa longue sarbacane , Taudis qu'avec adresse un enfant sur l'oisçau Décochait de son arc la flèche de roseau :
Aujourd'hui , je te vois , opulente rivale , Disputer à New- York la palme impériale \
ma ville chérie , ô Nouvelle-Orléans , Tes fils ont hérité du noble esprit des Francs ; Sur leur front brille encor l'auréole mystique ; Ils ont la sainte ardeur de la race Celtique ; Oui, la France et l'Espagne ont de leurs émigrés Vu naître dans tes murs des fils régénérés ; Des fils , dignes du temps de la Chevalerie , Qui , maniant l'épée et la lyre chérie , Ne laisseront jamais s'eiFacer de ton sol Le sceau du nom Français et du nom Espagnol ! . . . Arbres de la patrie , oiseaux , fleurs , ciel de flamme , Tableaux sacrés brillant dans le miroir de l'âme , Grand Fleuve , lacs d'azur , primitives forêts , Nature âpre et sauvage , ô terre de cyprès , Louisiane ! je t'aime , en ta monotonie ; • Et ton austère aspect , ton climat s'harmonie Avec l'esprit rêveur , le cœur contemplatif
De l'enfant dont tu fis un poète inactif!
Je t'aime , ô Louisiane I et mon âme s'inspire
Du monotone écho de ta voix qui soupire ;
Des longs gémissements du vent dans tes cyprès ;
Et de tes raille accents , pleins de chnrmes secrets I
Louisiane ! ton nom qui me rappelle Louise. ,
Qui toujours répété , sans cesse m'électrise ;
Ton nom harmonieux , qui te vient d'un saint Roi ;
Ton nom sera toujours le plus sacré pour moi !
Dans ton excès d'amour, noble mère créole ,
Tu pris le pélican pour sublime symbole I
Louisiane! ô patrie, ô vaste région ,
Vers laquelle toujours l'imagination
Des poètes du Nord s'envole avec ivresse.,
Et que l'exilé même admire en sa tristesse :
Non , ce n'est pas en vain qu'après Chateaubriand ,
De l'austère Bretagne homérique géant,
Longfellow t'a chantée , en sa langue divine ,
Vers tes chmats suivant les pas d'Êvangéline ; /
Et que ravis d'amour , les plus froids étrangers
S'enivrent des parfums de tes bois d'orangers !
Soi:^ ton ciel ruisselant de féconde lumière ,
Où, comme un champ de blé , l'ondoyante rizière
Au matin souriaut montre ses épis d'or , —
Dans une douce paix , l'Européen s'endort ;
Il s'endort , oublieux des chocs de l'Ancien Monde ,
Des révolutions dout le tonnerre gronde,
Des peuples ébranlant et le trône et l'autel ,
Et rêvant de bâtir une tour de Babel ! . . .
Je te dois et te garde à jamais , ô patrie , Un amour filial , un culte (le latrie ; Et tu seras toujours '' après celle des cieux " , La plus douce à mon cœur , la plus belle à mes yeux ! L'exil , l'exil m'a vu , sous le ciel d' Armorique , Languir inconsolable ! — A l'enfant d'Amérique , Au poète exilé des sauvages forêts , En vain , Nantes , Paris, déployant leurs attraits , Ont offert , dans l'exil , les plaisirs et la gloire ! . . . — rochers d' Armorique, ô rives de la Loire , Bretagne I tu m'as vu , sur d'exotiques fleurs , Inconsolable enfant , verser mes premiers pleurs I — Et là , de l'amitié fervente et virginale , Crépuscule de l'âme , étoile matinale , Qui se lève et qui luit d'un chaste et doux éclat , Là , je connus du cœur cet ineffable état ; Là , dans le sombre enclos d'un morne et froid collège , Je vis briller cet astre et cette fleur de neige ; Et fils de l'Occident, je rencontrai dans l'Est , Pour épancher mon cœur , le cœur aimant d'Ernest ! —
Ernest , âme expansive ; Ernest , esprit de flaii-niio ,
Où semble respirer tout le cœur de la femme ;
Ernest, douce nature , épanouie un jour
Aux plus chastes rayons du soleil de Famour ;
Ernest , — malgré la joie et malgré les tristesses ,
Resté toujours fidèle à toutes ses promesses ;
Ami le plus intime et frère de mon choix ,
Lui qui m'aime aujourd'hui plus encor qu'autrefois ! . . . .
Mais , malgré l'amitié , languissant de souffrance ^
Triste , je m'écriais, sous le ciel de la France :
" Ah I làiBsez"-moi partir , et retourner joyeux
Vers mon Fleuve natal et mes climats heureux !
Laissez-moi retourner au soT de mon enfance ,
Dans les bois où j'errais, sans guide -et sans défense f
Laissez-moi , laissez-moi retraverser la mer :
Même avec l'amitié , que l'exil est amer !
La fleur d'un sol lointain , que la brise transplante ,
Sous un ciel étranger s'incline languissante ;
L'oiseau , que l'ouragan égare au* loin sur l'eau ,
Rêve à son nid bercé sur le natal rameau ;
Le fleuve , en s' éloignant de sa source isolée ,
A rOcéan amer mêle une onde troublée : •
L'homme , plus que la fleur , que le fleuve et l'oiseau ,
De la terre d'exil aspire à son berceau ;
Il ne peut oublier le sol de son enfance ,
Et sur le toit natal l'arbre qui se balance ;
L'arbre aux rameaux ombreux , que son père a planté ,,
Et dont son frais berceau fut jadis abrité ! "
tMmt
Aimable autant qu'aimante, en sa frêle innocence, Qu'elle est belle l'enfance et sainte en sa beauté ; Qu'elle est pleine de grâce et de simplicité , D'an^éHque candeur! — Qu'elle est belle l'enfance \
Respire-t-il un cœur assez dur et glacé Pour qu'à l'aspect joyeux d'un bel enfant d'élite , — Aussi chaste que l'Ange à son côté placé , — Ce cœur , tout attendri , ne s'émeuve et palpite ;
Pour qu'en voyant un front, où rayonne l'esprit , Comme l'aube inondant un jardin des tropiques j Ce cœur , illuminé comme un ciel qui sourit , Ne tressaille , embrasé de rayons prophétiques ^
Pour qu'aux signes divins de la précocité , Du génie en sa fleur , de l'âme en son aurore , Il ne sente en lui-même une espérance éclore , Oomme en un temple obscur une ardente clarté ?
O noble et tendre père, 6 douce et chaste mère , Veillez sur ce trésor , abritez cette fleur ; Sur ce jeune génicj épanchez la lumière Avec des flots d'amour, jaillis de votre cœur !
La voix de la patrie et la voix de l'Eglise Vous parlent par ma voix : Veillez sur cet enfant ; Il est beau l'avenir que je lui prophétise , L'avenir qui déjà reluit dans le présent !
Cet enfant qui grandit , un jour , sera peut-être Aux bancs du Capitole un puissant orateur , Ou bien , Dieii le destine à briller comme prêtre , S'il n'est pas du pays l'homérique chanteur !
tî êmnhît
A M. L'AfiBé Henri Aubert.
" Par son éclat mystique et sa douce puissance , La poésie est sœur de la sainte éloquence ; L'une et l'autre , unissant la lumière à l'ardeur , En éclairant l'esprit , électrisent le cœur ! O frère, que de fois , sous ton souffle oratoire , Poète , j'ai senti tressaillir l'auditoire ; Et saisi de terreur , ou d'amour attendri , Dans mon émotion prêt à jeter un cri , — J'ai cru , dans tes accents qu'inspirait la prière , Entendre encor vibrer la voix de Lacordaire I Et dans chaque parole , à l'extatique élan , Sentir battre d'amour le cœur de Ravignan ! — Courage I jeune apôtre , aussi grand par ton zèle Que par ta charité , féconde , universelle ; Courage ! jeune prêtre , aussi ferme que doux : — Dieu , pour nous enflammer , t'envoya parmi nous !
Détaché de la terre , autant que de soi-même , Le prêtre est comme 1 Ange , et c'est Dieu seul qu'il aime. Cosmopolite errant par son apostolat, Il puise l'héroïsme au sein du célibat. Loin des foyers étroits , son âme se dilate ;
Comme la foudre au ciel , son éloquence éclate ?
Elu par le Pontife , il est Thomnie de Dieu ;
Son céleste pouvoir est le même en tout lieu ;
Comme un Unceul de neige, il a revêtu Taube;
Orphelin , pour patrie il adopte le globe !
Sans famille charnelle et sans postérité ,
Son amour virginal étreint l'humanité !
Daus sa sainte folie et son pieux délire ,
Il afiVonte la mon et sourit au martyre !
Des vertus de son Maître épanchant les parfums ,
Apôtre pacifique , aux luttes des tribuns
Sa voix grave jamais ne s'est desaccordée :
C'est vers les hauts sommets que son âme est guidée î
Au tribunal sacré , dans la chaire , à l'autel ,
Il exerce un pouvoir toujours surnaturel ;
Et tout illuminé d'une sereine étude ,
Son esprit pour agir sort de la solitude ;
Le repos le prépare aux chocs de l'action ,
Et son silence même est une instruction !
Qu'on le fête ou proscrive , il accomplit sa tâche ;
En dehors des partis , au seul Christ il s'attache ;
Et n'aimant qu'en Lui seul patrie , amis , parents ,
Son bonheur est plus calme et ses regrets moins grands !
Comme un phare immobile au sein des sombres vagues ,
Sa foi domine en paix tous les systèmes vagues !
Impassible , sou c(jeur , calmant les passions ,
Dans leur marche vers Dieu , guide les nations !
Sous toute monarchie et toute republique ,
Le prêtre , en servant Dieu , sert la chose pubUque ;
En tous lieux , le pouvoir le trouve obéissant;
Il souffre et meurt , s'il faut, — autre Christ innocent l
En son indépendance et sa mansuétude ,
Il résiste à l'iustinct qui meut la multitude;
Et quand tous sont muets , saisis de lâcheté ,
Il ose au peuple-roi dire la vérité !
S'il ne peut enseigner , il intercède et prie ;
Et comme il absout l'âme, il saiive la patrie !
Tour-à-tour, en son zèle, ou Moïse ou Saint Paul ,
î^a bénédiction coule à flots sur le sol !
Sans aigreur, amertume ou froide raillerie ,
Il désarme l'orgueil de l'hostile hérésie;
Et , parlant à la foule avec autorité ,
Montre autant de douceur qu'il a de fermeté !
Détaché des parents , du sol , et de soi-même , Le prêtre est comme l'Ange , et c'est Dieu seul qu'il aime I Cosmopolite errant par son apostolat , Il puise l'heroiîrme au sein du célibat !
Au-dessus des partis , dans leur effervescence , C'est pour les rapprocher qu'intervient sa puissance;
Par sa neutralité saint arbitre de tous ,
Il réunit les cœurs que l'orage a dissous !
Il oppose le calme aux fureurs de la haine ;
Et couvrant de bienfaits l'ingratitude humaine ,
Il pardonne , il oublie . . . Ah ! c'est qu'il sait combien ,
Dans le cœur le meilleur , le mal se mêle au bien !
Il a de tout amour , même le plus sincère ,
Eprouvé l'inconstance et sondé la misère ;
Et ne trouvant qu'en Dieu son immuable appui ,
Pour le récompenser , il n'espère qu'en Lui !
Fidèle évangéliste , incorruptible apôtre ,
Expulsé d'une ville il s'en va dans une autre ;
Et quand son pied lassé heurte un seuil inhumain ,
Il s'arrête et s'endort sur le bord du chemin I
Et cependant , le prêtre , exilé , solitaire , Au doux nom de patrie , au doux nom de sa mère , — Le prêtre sent parfois qu'il est homme toujours , Et que l'amour de Dieu contient d'autres amours ! C'est que jamais la grâce , en aa flamme plus pure , En exaltant le cœur , ne détruit la nature ; Et le Verbe Incarné , l'Enfant de Bethléem , Comme il aima sa Mère , aima Jérusalem !
Mais jamais la nature , en dominant la grâce , Pour comprimer du cœur la généreuse audace , Ne doit faire un instant fléchir l'apostolat Devant le peuple armé, la famille ou l'Etat!
L'apôtre indépendant , qui de Dieu seul relève , Pour régner ici-bas ne dépend d'aucun glaive ; Et s'il sait obéir , sans être courtisan , Il sait , lorsqu'il le faut , résister au tyran ; De la force brutale il sait braver l'empire , Et cueillir dans le sang la palme du martyre I " — Quand j'écrivais ces vers , ah ! je ne pensais pas , frère , que sur toi planait le noir trépas !
Ah ! je ne pensais pas que ta yoix sans se plaindre , Ton éloquente voix , allait sitôt s'éteindre ! Non , je ne pensais , en te disant adieu , Que je ne devais plus te retrouver qu'en Dieu ! . . .
Tu meurs , ô frère aimé , le jour de Sainte-Rose ,
Martyr de tes pieux labeurs :
Et sur le noir cercueil qu'un peuple en deuil arrose ,
Moi , je viens semer quelques fleurs !
Un sourire , en mourant, est resté sur tes lèvres ;
Tu semblais saluer le ciel ...
O sombre et froide mort, combien d'enfants tu sèvres
Par un seul arrêt si cruel ! —
O prêtre bien-aimé , faut-il que je te pleure ,
Avec tout un peuple attristé ; Ou bien , dois-je envier l'éternelle demeure ,
Où les anges t'ont transporté ?
Dois-je pleurer sur toi , — sur toi , frère que j'aime , Hélas I autant que tu m'aimais ;
Ou bien , dois-je pleurer et gémir sur moi-même , Qui reste sans toi désormais ?
Ah ! malgré ma douleur et le deuil populaire ,
Je le dis , oh ! oui , je le dis :
De ses ailes d'azur secouant la poussière ,
Dans les splendeurs du paradis ,
Ton âme glorieuse , avec béatitude ,
Là-haut , plane et chante au milieu
De toute l'angélique et sainte multitude , Qui forme les élus de Dieu ! . . .
Tu meurs , ô frère aimé , le jour de Sainte-Rose ;
Ta mort , c'est l'immortalité :
Pour tes pieux travaux , reçois l'apothéose ,
ït ^ïnmin Solitaire.