LA ROBE-NOIRE
Lorsque j'errais tout seul , dans la paisible enceinte , Où j'appris les secrets de la Science Sainte ; Dans la céleste ardeur d'un zèle virginal , Je vis au loin briller un astre occidental.
Quand, jeune encore, assis aux bancs du Séminaire , M'apparut un Evêque , un saint missionnaire , Un homme apostohque , ayant pour tout manteau , En venant du désert , sa peau do buffcdo ; Lorsqu'il prit la parole , et , brûlant d'éloquence ,
Il me vit , tout ému , l'écouter en silence ; Lorsqu'il parla surtout des incultes tribus , Des peuples primitifs , qu'on ne visite plus ; Lorsqu'il ût un appel à la sainte jeunesse :
Avec quel dévoûment, avec quelle allégresse , Je m'élançai soudain vers cet homme de Dieu , Pour me donner à lui , pour le suivre en tout lieu : — Mais en suivant l'attrait de mon ardeur mystique , L'élan de mon amour, l'esprit Evangélique:
Hais en suivant cet homme , en traversant les mers , En rêvant l'Amérique et ses vastes déserts ; Lorsque j'ai salué les bois du Nouveau Monde, Dans mon émotion si douce et si profonde ; Quand sous mes pieds joyeux j'ai senti tressaillir La terre où pour le Christ j'allais être martyr : Ahl je ne venais pas , pour être , au presbytère , D'un opulent curé l'amovible vicaire ; Oh ! non , pour vivre ainsi , je n'eusse pas quitté Et la famille en deuil, et la vieille cité, L'enceinte où je reçus une double naissance ; Oh ! non , je n aurais pas abandonné la France ! Si j'ai fui la patrie , en ma vocation , C'est pour les Indiens , c'est pour la Mission I
Apôtres-pionniers , qu'enflammait tant de zèle , Vous n'aviez , autrefois , que l'informe nacelle , Pour porter l'Evangile aux lieux les plus lointains ; Et les rames souvent s'échappaient de vos mains , Et le sommeil pesait sur vos paupières closes : — Dans l'Age du progrès , l'Age des grandes choses , Pour annoncer au loin l'Evangile de Dieu , Sur le péni-louak , la pirogue de feu , De la vapeur tonnante empruntant la vitesse , J'irai , brûlant d'amour , j'irai plein d'allégresse , Sur le rapide char , j'irai , dans chaque heu , Porter aux Indiens l'Evangile de Dieu ! . . . .
Coursier , que mon zèle réclame ,
Léviatlian de feu ,
Œuvre d'un demi-dieu , Dont l'ardente vapeur est l'àme ,
Messager de la foi ,
Vole au loin avec moi !
Monstre , enveloppé d'étincelles ,
Fumant comme un volcan ,
Qui d'un bruit d'ouragan Emeus les forêts éternelles ,
Messager de la foi ,
Vole au loin avec moi !
Des lacs et des fleuves sauvages ,
sublime vainqueur ;
Calme dominateur De l'empire des grands orages ,
Messager de la foi ,
Vole au loin avec moi !
Coursier , dont la vapeur est l'àme ,
Dans ton magique élan ,
Jusqu'au froid Michigan ,^ Coursier , que mon zèle réclame ,
Messager de la foi ,
Au loin emporte-moi I
Emporte-moi vers les peuplades
Des bois du Nébraska ,
Des bords de l'Itaska ; Au milieu des tribus nomades ,
Messager de la foi ,
Au loin emporte-moi !
Chauffe , et verse à flots le bitume ,
La résine de pin , .
Sous ton volcan d'airain , D'où la vapeur s'échappe et fume;
Messager de la foi ,
Au loin emporte-moi I
J'irai , loin des Pàles-visages , Loin des scribes marchands , Plus froidement méchants
Que les Pieds-Noirs et les Osages !
Messager de la foi ,
Loin d'eux , emporte-moi !
J'irai , de cabane en cabane ,
Aux Indiens naïfs ,
Aux hommes primitife, J'irai , de savane en savane ,
Au loin , dans chaque lieu ,
Porter la loi de Dieu ; Oui, j'irai , dans tous les Villages , Evangéliser les Sauvages !
l'indien.
" C'est Dieu qui fit les bois, et l'homme les cités I "
Viens, loin des Bïanches-peaviCj loin des coeurs agités: —
Soumis, dans leur mollesse, aux plus vils esclavages,
Les sauvages bourgeois nous appellent Sauvages I
Du luxe et de l'argent fiévreux adorateurs ,
Ils sont tous corrompus .^ s'ils ne sont corrupteurs !
Ah ! la société , telle qu'on nous l'a taite ,
N'est que la harhane en ses habits de fête , —
Etat contre-nature , où la première loi ,
C'est d'oublier son JDieu , pour ne penser qu'à soî !'
Cette société, dont la base est impie ,
K'est qu'un foyer d'orgueil et de misanthropie !
De la désunion, c'est l'attristant séjour;
La haine y prend l'aspect et l'accent de l'amour. —
Ah ! je connais les bois et je connais les villes :
Que les civilisés sont follement serviles !
Robe-Noire , lève-toi ; Prends ton Livre de vie , Prends ta couverte , — et suis-moi , De prairie eij prairie !
Fuis au loin avec moi; viens prêcher parmi nous ! —
Des bords de la Sabine , Je t'accompagnerai jusqu'aux bords du Yazous ,
Avec ma carabine I
Du clair Colorado , qui baigne le Texas ,
Jusqu'au grand Territoire , Jusqu'au sol Indien , qu'arrose l'Arkansas ,
Viens prêcher , Robe-Noire I
Du Takoutché-Tessé jusqu'au Walla-Walla ,
Où je serai ton guide , Viens jouir de la paix , qu'on ne trouve que là ;
Viens , apôtre intrépide !
Sur le péni-lotmh , que commande Sarpi ,
Aux plus lointains villages , Des saintes vérités viens égrener l'épi ,
Parmi les bons Sauvages !
Viens I tu seras le Père aimé des Rottges'-peaux ! —
Dans les climats de neige , Viens évangéliser les nomades troupeaux
De l'héroïque Miége I
Viens porter parmi nous l'Evangile de Dieu ,
Les paroles de vie ; Viens I nous aurons pour guide» à toute heure , en tout lieu ,
L'étoile de Marie I . . . .
Adieu , folles cités ! adieu , temples d'argent I
Salut , grande nature I Libre dans le désert , oh î oui , que l'homme est grand ^
Et que sa vie est pure I
ÏÎ5 îim- fxm.
Adrien à Dominique.
IVère , que tant de fois j'ai vu , sous les pins verts ^ t)ans ton enthousiasme , improviser des vers ; Poète , dont la Muse , en lisant l'Evangile , Tient d'une main Horace et de l'autre Virgile ; Et dont Barthélémy , Cosnard , Méry , Deschamps , D'Un bravo sympathique ont salué les chants ; Muse qu'aima toujours la Mtise des Savanes , Dans son abri de joncs , de mousse et de lianes j Toi , dont la poésie a des plus belles fleurs Emprunté les parfums et ravi les couleurs , Et dont la verve ardente , en variant de mode , Enfante l'élégie ou la satire ou l'ode * Erère j qui partageas , durant des mois entiers , Ma rustique cellule ; et j sous les magnoliers , En silence , as suivi les pas du Solitaire , Qui murmurait le soir son mystique Rosaire :
Depuis cinq arts déjà, l'un près de l'autre assis , Nous avons tous les deux relu nos manuscrits , — Toi les Fleurs d'Amérique , et moi l' Antoniade , Des pins faisant au loin vibrer la colonnade I Et dans ta modestie et ta noble amitié , N'osant de notre gloire accepter la moitié , A tes brillantes fleurs préférant mon poème , Tu prédis mon succès , en t' oubliant toi-même : Mais notre gloire est Une , et nos Muses sont sœurs , Et dans les mêmes bois cueillent les mêmes fleurs ; Et nos deux noms , toujours enlacés l'un à l'autre ^ Toute gloire de Vun s'appellera h. nôtre I
Dominique à Adrien.
' Chantre de l'Évangile, ô barde de Sion , ' toi , pour qui du ciel vient l'inspiration ,
* Apôtre consacré de la lyre sublime ^
* C'est l'heure de chanter . quand se taire est un crime ;
* C'est l'heure de chanter sur des modes nouveaux , ' De heurter de ton luth la hache des bourreaux , ' Dusses-tu , saint martyr , moderne Machabée , ' Rougir le sol du sang de ta tête tombée \ *■ Oui , comme Saluzzo , le céleste chanteur ,
* C'est l'heure de tonner , de porter la terreur
* Dans les rangs aimantés de cette armée immonde ,
" Levier que Satan meut pour soulever le monde :
'' Pour casque prends la foi . la croix pour bouclier ,
^' Mets dans la vérité ton espoir tout entier ,
'' De ton verbe vengeur frappe avec énergie
'' Les apôtres menteurs de l'antique magie ;
*' Ose arracher leur masque , et flétris de tes vers
^' Ces fils de Belzébuth , ces poètes pervers ,
" Qui , prostituant l'art et la sainte harmonie ',
" Au prince de l'Enfer ont vendu leur génie ,
*' Traîtres sous l'étendard de Lucifer rangés ,
" Cygnes harmonieux en Cerbères changés :
" Oui , barde de Sion , la lyre est une épée ,
'' Une arme vengeresse et fortement trempée ;
*' Lève-toi donc enfin , poète doux mais fort ;
" Le barde est un soldat , un Simon de Montfort;
" Songe , de l'héroïsme en nous donnant l'exemple ,
" Que le ciel est pour toi , que Rome te contemple !
Xm %ïiX{m\m û lu l^éjiiililiiitie Immram
Gardienne des Beaux-Arts et de la Vérité , Métropole divine , éternelle Cité , O Rome , vainement , contre tes Saints Pontifes , Ont lutté tant de rois , aux titres apocryphes I —
De mon sauvage abri , qu'eût envié Bruno , O Pontife martyr , ferme Pio Nono , Je vois , sur les grands flots , ta nacelle agitée , Que menace en ces jours la Politique athée :
Mais je ne tremble pas pour elle ni pour toi ; Je prie en ma cellule , et j'espère et j'ai foi I En voyant se liguer tant de lâches Puissances , D'hypocrites fauteurs de toutes les licences , Des révolutions instigateurs peureux , Esclaves serviteurs du Prince Ténébreux ; En voyant contre toi, pour prendre la Roraagne , Et la France , et l'Autriche , et l'inactive Espagne , A la rébellion prêter leur saint appui ; En les voyant se taire , ou défier Celui , Qui représente Dieu , qui remplace Saint Pierre , Qui de la Foi divine est le dépositaire ; Ah ! mon cœur indigné , mon cœur ne comprend pas , Que Dieu souffre un seul jour ces tyrans apostats ! Non , il ne comprend pas l'Europe Cathohque , Qui souffre de ces rois l'esprit machiavélique I Des peuples , sans vigueur dans leur abaissement ,
La tyrannie est donc toujours le châtiment ;
Oui , de leur décadence et de leur fin prochaine ,
Toujours la dictature est la marque certaine I
Chaque peuple , aflfranchi du Vicaire de Dieu ,
Sous un prince , héritier d'une verge de feu ,
Gémit dans l'esclavage ; et le Prince rebelle
Dans son palais en vain cherche une citadelle :
La justice d'en haut l'y poursuit et l'atteint ;
Il sent le glaive aigu du Dieu qu'H n'a pas craint ;
Et pour Texpédier , ainsi que Louis-Philippe ,
La vengeance du ciel n'attend pas qu'il s'équipe ! . . . .
Et voilà le Pouvoir , voilà l'Autorité ,
Qu'on ose préférer à notre Liberté !
Entre deux océans , sous ta brillante zone , Liberté sauvage , en tes bras d'Amazone , Bercés ^ dès leur enfance , au bruit des ouragans , Tes filles sont des fleurs et tes fils des géants ! Tes fils , fiers pionniers , douce et puissante race , Devant le vol de qui la distance s'efface !
Tu semblés , au berceau , prophétique Pallas , De tes royales soeurs avoir sonné le glas !
L'azur de ta bannière étincelle d'étoiles ; Tous les flots sont blanchis par tes rapides voiles ; Et ton Aigle , au regard éblouissant d'éclairs , Contemple , en son essor , tous les soleils divers f Ta Constitution , ô jeune Répubhque , Laisse grandir en paix l'Eglise Catholique ; Elle peut suivre ici, son inspiration: — Mieux vaut la liberté sans la protection , Que la protection avec la servitude ; Avec tous ses excès , n^ieux vaut la multitude , Que le concours gênant d'un Protecteur royal , Consommant ses forfaits sous le masque légal ; Oui , de la liberté mieux vaut la violence , Que les séductions d'une active Puissance , A qui l'esprit jaloux et les raisons d'Etat Trop souvent ont dicté l'odieux Concordat! —
Malgré les défenseurs des vieilles Monarchies , Du Pontife Romain par l'orgueil affranchies ; Malgré les fiers prôneurs des Empereurs, des Czars, Des règnes prolongés d'égoïstes Césars ; Malgré tous les Veuillots de la langue Française , Oh I oui , j'ose le dire , — après Q-régoire-Seize , Qui sentait par les Rois son pouvoir rétréci : — " Le Pape nulle part n'est plus Pape qu'ici I " Nous n'avons pas ici d'Eglise Américane ; Notre vitalité de Rome seule émane ; Entre nous et le Pape , il n'est pas de tyran , Pour glacer notre amour et briser notre élan !
ly' Eglise d'Amérique , en qui tant d'espoir brille ,
De l'Eglise Romaine est la plus jeune Fille ;
Rayonnante de gloire et pleine d'avenir ,
Rome étend chaque jour sa main pour la bénir ! . . . .
Oloire aux Etats-Unis î Gloire â la République !
G-loire à toi , jeune et libre Eglise Catholique I
Pour bâillonner ta Presse et restreindre tes droits ,
Tu n'as pas un sabreur , un Napoléon-Trois I
Mieux vaut la RépubUque avec tous ses orages ,
Que l'avilissement des calmes esclavages 1
Avec tous ses combats , mieux vaut la Liberté j
Que l'énervant sommeil de la servilité ;
Mieux vaut du Peuple-Roi la sauvage rudesse ,
Que d'un despote ami l'oblique politesse !
Oh ! oui , défions-nous des pieux écrivains ,
Qui n'ont d'esprit flatteur que pour les Souverains !
L'air de la Liberté , même au prix du martyre ,
C'est l'air vivifiant que l'Eglise respire ;
Et toujours on l'a vue , au nom de Jésus-Christ ,
S'opposer à l'orgueil d'un despotique esprit ;
Et de son bouclier , et par de saintes guerres ,
Défendre avec amour tous les droits populaires .
Non , du sabre brutal, de l'inique Pouvoir ,
Du monarque égoïste oubliant son devoir,
Dans l'impur Henri-Huit ou le firoid Guerrier Corse ,
L'Eglise n'a jamais légitimé \& force !
% ï'Srlanbt.
Emeraude des mers , mystique diamant ,
Irlande , gloire à toi ! gloire à ton peuple aimant I — ^
Erjn , verte Hibernie , ô catholique Irlande , Malgré tous tes malheurs , si fidèle et si grande ! terre du martyre, ô pays d'O'Connell , La plus sainte patrie après celle du ciel !
O Race glorieuse , immortelle et féconde , — Par toi , brille la foi; par toi , l'amour abonde I
Pour emblème portant la harpe à ton côté , Ton cœur vibre toujours au cri de hberté !
En tes saintes amours toujours enthousiaste , Partout ton sang. Celtique est resté toujours chaste l
Verte Hibernie , Irlande , ô catholique Érin , Peuple cosmopolite , apôtre pèlerin , Entre les nations , ô nation élue , En te glorifiant , ma Muse te salue !
Avec la foi divine , Emeraude des mers , On trouve en tes enfants tous les talents divers !
Irlande , ô verte Érin , poétique Hibernie , Salut , Ile des Saints ; salut , terre bénie !
Au souffle harmonieux , qui toujours t'inspira , S'éveillera toujours la harpe de Tara !
Dans les pleurs , le front ceint d'une blanche guirlande, Tu seras toujours belle , enthousiaste et grande !
pO ^Jo,
peuple Américain, ô grande Nation ,
Près de ton Capitole , emblème d'union ,
S'élève un Monument , construit avec les pierres
Qu'arrachent de leurs flancs les Etats solidaires ,—
8ublime monument d'étemelle unité
Au glorieux Sauveur de notre Liberté ! . . . .
Ah ! n'oublions jamais Dieu , dont la providence Tient l'œil toujours ouvert sur notre indépendance ; Conservons parmi nous , comme un Palladium , L'indissoluble espxit : £! Plurihus Unum l Pour que sur nos Etats luisent des jours prospères , Ne perdons pas l'esprit et l'àme de nos pères; Ne perdons pas l'esprit , l'âme de Washington ; Que l'on retrouve l'arbre en chaque rejeton ; Que tous les cœurs , unis à travers l'Amérique , Sentent passer en eux l'étincelle électrique ; L'étincelle d'amour et d'héroïque esprit , Qui fait de tous les cœurs un seul en Jésus-Christ !
toi , qui vers l'Eden d'une terre nouvelle De Christophe Colomb guidas la caravelle , Etoile de la mer , au doux rayonnement , Fais que la République , en son accroissement , A travers chaque crise et chaque grande épreuve , Sous ta protection , avec ordre se meuve ; Et qu'en tous ses périls , sur l'abîme agité , Le vaisseau de l'Etat cingle avec majesté !
Malgré tous les eflorts de l'aveugle anarchiste , Avec la Liberté , que l'Union subsiste I
Vierge Immaculée , en ces jours de combats , Où je vois déserter tant de lâches soldats ; En ces jours de discorde et d'horrible tourmente , Vierge et Mère de Dieu , Vierge et Reine clémente , Ravive mon espoir et confirme ma foi ; Sois l'Astre consolant qui rayonne sur moi ; Jette un regard d'amour sur ma jeune Patrie j Sauve-la , sauve-moi , sauve-nous , ô Marie I Du peuple Américain cimente l'unité , En répandant chez lui la Catholicité !
Couvre de ton égide , ô Patronne puissante , La jeune République et l'Église naissante !
C) Vierge Immaculée , en qui tous sont bénis, Jette un regard d'amour sur les Etats-Unis ; Verse un flot de clartés sur ma jeune Patrie; Sauvc-la . 5?auvc-ni(>i . sauve- nf)us , 6 Marie !
Du fond de son désert , où , depuis quarante ans Il vivait dans l'extase et les pleurs pénitents , '
Agitée en tous sens , la Suisse irrésolue , Oomme un Ange de paix , vit Nicolas de Flue Apparaître et calmer l'orage discordant ; •Oui , venu tout-à-coup du désert rayonnant , En prêchant Vuidon, il sauva la patriaf Oui, voilà ce qu'a fait l'humble Ermite qui prie!
premier ItmitHameiit
Quand le doux Fénélon , le Cygne de Cambrai , Sublime prosateur par Homère inspiré , Donna son Télémaque à l'Europe ravie , L'envieuse malice empoisonna sa vie ! ... .
Si , dans son zèle amer , inspiré du Démon , Quelque homme inique, en qui revit Laubardemont ; Si quelque Inquisiteur flairait une hérésie Dans le miel que contient ma fleur de poésie ; Si sa froide malice , interprétant mes vers ,
Y trouve le poison de son esprit pervers ; Du for intérieur souillant le sanctuaire , S'il y porte un rayon de son œil téméraire ; Si , méprisant la lettre et le sens littéral ,
II ose remonter au sens original; Si , jugeant des motifs , de la pensée intime , Sondant la conscience et l'esprit qui m'anime , — Il y voit des portraits , des personnalité», Une offense publique aux graves vanités ; -S'il désigne du doigt d'innocents personnages ,
Et s'il se reconnaît dans mes plus sombres pages ;
S'il ose , en torturant mon langage sacré ,
Y trouver ce qu'il sent dans son cœur ulcéré ; Avec emportement interpellant ma Muse , Comme une Némésis , s'il l'insulte et l'accuse : Que sur cet homme , en qui revit Laubardemont , Que sur ce juge inique , inspiré du Démon ,
Que sur ce froid serpent qui poursuit ma colombe , ^ur lui seulj à jamais , que l'odieux retombe ! Rome , à tes arrêts je soumets tous mes vers;
Avec foi , je soumets tous mes écrits divers
Jusqu'à tes pieds sacrés si le malheur le jette , Tu sais, avec aipour, relever le poète !
Oui , toi , tu reconnais toujours tes vrais enfants ;
Tu sais bien distinguer , dans les plus durs accents ^
Si c'est l'excès d'amour ou l'orgueilleuse haine ,
Si c'est l'ardeur divine ou la colère humaine ,
Si c'est l'élan mystique ou l'instinct de la chair ,
Si c'est l'esprit du ciel ou l'esprit de l'enter ,
Qui , poussant quelque moine , ou quelque saint poète ,
Du fond de son désert . du fond de sa retraite ,
Le fait parler , ainsi qu Hildegarde ou Suso ;
Ainsi que Saint Bernard , Tauler ou Salttzzo ;
En sa rudesse , ainsi qu'Elie et Jean-Baptiste ,
L'Aigle Aréopagite et l'Aigle Évangéliste ;
Ces Anges de salut , tout-à-coup apparus ;
Ces régénérateurs , qui sont toujours venus
Du rayonnant abri des calmes solitudes ,
Pour prêcher avec foi les Huit-Beatitudes ;
Pour prêcher l'Évangile aux peuples , comme aux rois ;
Pour défendre le Pape et défendre la Croix 1 —
Les mains pleines de fleurs, comme sur un Parnasse , Tu reçus en triomphe et Pétrarque et le Tasse ! Lorsque , pour avoir dit la sainte vérité , Ainsi qu'un ennemi par tous persécuté , Le barde indépendant fuit loin d'un sol barbare , — Qu'il tourne avec amour ses yeux vers la tiare ; Qu'il espère et s'écrie, humble et doux suppliant : " Rome I ô Mère immortelle 1 accueille ton enfant I " Et tgn cœur amoureux , à ce cri poétique , Jusqu'alors expirant sans écho sympathique , Répondant tout-à-coup , dans un sublime élan , A l'élu du Parnasse ouvre le Vatican !
toi , qui proclamas , sous la voûte étoilée , D'une infaillible voix, Marie Immaculée, Roi-Pontife de Rome , en qui la Papauté Brille de tout l'éclat de son éternité , Semblable au Dieu , vêtu d'un manteau d'écarlate , Devant l'inique Hérode ou le lâche Pilate , Malgré l'Europe impie et ses Grouvemements, Tu resteras toujours fidèle à tes serments I — Le Dragon , enchaîné par le Fils de Marie , Ne peut ressusciter l'ancienne Idolâtrie I Le sang de Jésus-Christ coule sur chaque autel ; Un concert d'oraisons s'élève vers le ciel ; Le monde, en vain , partout, s'arme contre l'Eglise :• Contre elle , en ses efforts , toute fureur se brise 1 Seule Arche dé salut ouverte aux fils d'Adam , Contre elle , avec les Rois, en vain lutte Satan ! Survivant aux débris d'universels naufrages , L'Arche Sainte de Rome a traversé les âges I
Soutenant tous les chocs des Portes de l'Eniur , Elle a vu dans sa course , et Terreur et le fer , Et la ruse et la force , incessamment unies Pour opérer le schisme au sein des harmonies : Sa force est dans l'amour , l'Infaillibilité , Et son centre unitif est dans la Papauté !
Toujours , quoiqu'invisible , une céleste armée Couvre de boucliers la Sainte Bien-Aimée , L'Epouse Immaculée , en sa fécondité, Enfantant tous les jours des fruits de sainteté! Les Révolutions dans leur sombre colère , Peuvent rugir autour de la Nef de Saint Pierre ; La Nef, sur tous les flots , s'élèvera toujours , Indestructible abri d'immortelles amours 1 — Eglise , ô Sainte Eglise , ô ma Mère chérie , Qu'inspire Jésus-Christ , sur qui veille Marie ; Eglise , ô Sainte Eglise , en toi seule je crois ; Et je prie , et je t'aime , et je baise ta croix I Je t'aime , et j'aime aussi d'un amour indicible , J'aime ton Souverain , j'aime ton Chef visible ; Et j'ajoute ma voix , mon ardente oraison , Au concert amoureux qui monte vers Sion !
UN DD? PRELUDES.
PATRIOTIftUIS.
" Un fait qu'aucun homme ayant quelques connaissances philosophiques, et même que nul homme de sens ne saurait méconnaître , c'est que, plus une société chrétienne est corrompue , ou si l'on veut avancée et civilisée, moins il s'y commet de ces crimes matériels et visibles j de ces calomnies grossières j de ces vols ou de ces viols à fm'ce ouverte , de ces provocations patentes au mépris du Gotivememmt ou du Clergé , qui appellent l'attention du magistrat , et qui provoquent ses poursuites et ses arrêts. Cette sorte de crimes est U propre des jeunes sociétés. Elle suppose , dans le coupable comme dans la victime , rrm'ns desprit , et plus de franchise et d^ énergie. Dans les vieilles sociétés , au contraire , où les hommes sont naturellement défions et sur leurs gardes , où ils mettent les clefs sur toutes leurs propriétés, et les yeux sur toutes les clefs, où la cupidité , devenue universelle , a provoqué presque autant d^ officiers de police que de citoyens , où les femmes provoquent le libertinage loin de hii résister , où les hommes , et même les Grouvernemens , ne tiennent pas plus à leur honneur qyHà celui des autres i c'est le plus petit nombre , c'est même l'infiniment petit nombre des coupables qu'on appelle dans les tribunaux ; et ce petit nombre de coupables se compose précisément des plus petits aux yeux de Dieu , et même
aux yeux de la raison.
( Question d^Eiat^ p. 17. )
" Le monde marche à grands pas h la constitution d'un despotisme , le plus gigantesque et le plus destructeur que les hommes aient jamais vu Savez-vous ce que sont les armées permanentes? Pour le savoir, il suffit de savoir ce que c'est qu'un soldat : Un soldat est un esclave en uniforme. Il ne suffisait pas aux gouvernements d'être absolus ; ils demandèrent et obtinrent le privilège d'avoir etu service de leur absolutisme un million de bras. Les gouvernements dirent : Nous avons un million de bras , et cela ne suffit pas; nous avons besoin de quelque chose de plus, nous avons besoin d'un million. dJycax: et ils eurent la police. Ce n'est pas assez pour les gouvernements d'avoir un million de bras, d'avoir un million d'yeux ; ils voulurent avoir un million d oreilles : et ils eurent la centralisation administrative , par laquelle toutes les réclamations, toutes les plaintes, viennent aboutir au gouver" nement. "
( V Eglise et la Révolution , par Donoso CoRTès. )