‹ Trois ages, suite en fin de l'Antoniade: Poème érèmitiqueChapitre 8 sur 41 · PREMIER BARDE · texte numérisé non relu

PREMIER BARDE

De rhommc , en sa beauté s'éveillant à la vie ,

L'Eden fut la première et plus douce patrie ;

Mais ce séjour de fleurs , d'innocence et d'amour ,

Fut du premier péché le triste et froid séjour !

De ce fatal royaume expulsé par le glaive ,

L'homme , errant sur la terre , a combattu sans trêve ,

Labourant de l'exil le sable désolé :

Que Dieu partout protège et guide l'exilé !

Sa vie est une course , un long pèlerinage ,

Une émigration de rivage en rivage I

La grande humanité s'agitant sans repos ,

Le Temps a vu des flots poussés par d'autres flots ,

Des torrents populeux du Nord et de l'Asie

Inonder le Midi de l'Europe envahie ;

Et par le sang barbare en son cœur infiltré ,

L'Occident converti grandir, régénéré!

Sous le souffle puissant , qui toujours le soulève ,

Depuis l'exil d'Adam , transfuge suivi d'Eve ,

Le genre humain , qu'emporte un catholique élan ,

Dans sa marche , franchit désert , fleuve , océan ;

Et partout il entend une voix qui lui crie : —

" La patrie est l'exil I — L'exil est la patrie ! . . . .

Adieu , Grèce , Italie , Emeraude des mers !

Adieu, blonde Allemagne, et ton Rhin aux flots verts I

Adieu , France , Angleterre , Espagne , vieille Europe !

Adieu tout ce qui fut de Lutèce à Canope !

Mon navire entraîné , bravant les grandes eaux ,

Vers l'Amérique en fleurs , suii le vol des oiseaux !

Salut , terre Nouvelle , Amérique chérie ;

Des droits les plus sacrés , noble et vierge patrie !

Pays de l'avenir , où tend le genre humain ,

Salut , ô République , 6 sol Américain !

L'Europe Monarchique , et ses grandes armées

Pour comprimer le cœur des masses afîamécs ,

L'Europe en vain s'agite , et rêve d'autres Rois: Vers le libre Occident l'Aigle a suivi la Croix !

La raison et ht foi , dans leur sainte alliance ; La splendeur des Beaux- Arts unie à la Science ; L'hymen surnaturel , l'heureuse intimité De la Rehgion et de la Liberté :

VoDa d'où sortira la palingénésie , Le progrès social de la Démocratie ; L'Ordre , depuis longtemps par tous prophétisé ; L'Idéal politique enfin réaUsé I

Je renonce à l'Europe , aux saintes Monarchies , Aux Institutions des nations vieillies , A tout ce qui repose , en son antiquité , Sur l'Aristocratie et sur 1 hérédité !

De sa lourde prison comme un oiseau s'échappe , — Aux Césars , que l'orgueil arme contre le Pape , A l'ignoble poUce et la force du fer , A ces gouvernements qu'inspire Lucifer , Mon âme libre échappe ; et dans sa fuite chante Sur le vaisseau bercé par la vague écumante 1 —

Je renonce à l'Europe et je renonce aux Rois ; Je suis vers l'Occident le soleil et la Croix I Je t'adopte pour mère , Amérique bénie ; Je t'apporte mes biens , mon âme et mon génie ; Je jure , en m'abritant sous ton saint pavillon , De défendre , d'aimer ta Constitution ; De défendre , d'aimer la Grande République , Comme j'aime et défends l'Eglise CathoUque ; Et de mon bouclier couvrant la Liberté , De vivre et de mourir pour ta prospérité !

Si , devenant parjure et traître à la patrie , Au lieu de t' exalter , je t'insulte et renie , — Comme un vil étranger , indigne de pardon , Chasse-moi sans pitié du sol de Washington !

Si je rougis de toi , dans mon ingratitude ; Si je vante l'Europe , en sa décrépitude ; Comme un de tes enfants , si je. ne t'aime pas ; Si je regrette ici le joug des Potentats , Pays de mon choix , ô Patrie adoptive :

Que mon âme , en exil , redevienne captive !

Mais comment te haïr ? mais comment oublier

Le Peuple généreux , le sol hospitaUer ,

Où libre , en sa grandeur , a tressailli mon âme ?

Ah ! l'époux dévoué n'aime pas mieux sa femme , —

La vierge qu'entre mille , avec un chaste amour ,

Il a su distinguer , pour orner son séjour ;

Non , l'époux n'aime pas son épouse choisie ,

Ave plus d'abandon et plus de poésie ,

Avec plus d'héroïsme et d'abnégation ,

Que je ne t'aime , ô belle , ô grande Nation !

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