‹ Trois amies de ChateaubriandChapitre 27 sur 63 · Un hiver à Paris, p. 80 (Lettre VII, 29 novembre · texte numérisé non relu

Un hiver à Paris, p. 80 (Lettre VII, 29 novembre

seline, blanche vapeur », le lit, de style antique, paré de bronze. A droite et à gauche, deux vases de forme antique, deux candélabres à huit branches. Du ciel de lit descendent les rideaux; ils encadrent seulement la tête de la dormeuse et, au fond, laissent voir une tenture en damas de soie violet; le lambrequin est de damas vieil or.

. De la chambre, on passe dans la salle de bains. Sur les murs alternent les grandes glaces et les tentures de gros de Tours vert; dans une niche de glaces, la baignoire est dissimulée par un sofa en maroquin rouge.

Le boudoir est charmant, avec son plafond égayé de vives peintures, avec ses lampes d'Argand qui sont encore une attrayante nouveauté.

Mais allons aux salons. La foule des invités s'y presse et bientôt devient compacte. Il y a, dans le salon principal, un cercle de fauteuils où les dames sont assises. Les hommes, derrière ces fauteuils, vont et viennent, causent avec les dames.

Dans l'espace qu'entoure le cercle des dames, on danse. Une seule « française » à la fois. Le plus beau danseur est le jeune sculpteur Dupaty.

Un brouhaha... C'est « le grand Vestris » qui daigne paraître et qui va danser. Il est bizarre ; il a gardé la coiffure frisée et poudrée de naguère : cela couronne étrangement son front «qui n'en finit pas». Une cravate démesurée lui cache le menton. Reichardt le trouve ridicule et démodé; il n'apprécie pas non plus ses cabrioles extravagantes.

Les reines du bal, ce sont Mme Regnault de Saint- Jean-d'Angely et Juliette.

Juliette dit qu'elle ne dansera pas... On insiste... Elle refuse : ne voit-on pas sa robe à longue traîne? comment ainsi danserait-elle?...

Et alors, dans un groupe, on raconte ceci. Tout récemment, au bal de la légation de... Reichardt ne se rappelle plus la légation; mais qu'importe?... Juliette arriva en robe à traîne, déclara qu'elle, ne danserait pas; on la supplia : en un tournemain, elle se débarrassa de sa lourde toilette de soie et apparut en fin costume de crêpe, prête à être légère et à bondir joliment.

Juliette, chez elle, ne recommence pas cette métamorphose : elle accomplit à merveille le chefd'œuvre de danser en longue robe.

Elle est délicieuse. La mode, n'est plus de se farder. Aussi les autres femmes semblent-elles trop pâles. Mais elle, non : « son teint transparent laisse voir le sang qui circule sous l'épidémie ». Sa robe est blanche, satin et mousseline, très éehancrée dans le dos, de sorte qu'on voie « sa nuque d'Aphrodite et ses charmantes épaules ». Elle garde volontiers une immobilité de statue, ses limpides yeux levés, ses lèvres cntr'ouvertes sur les dents si jolies, sa physionomie candide; elle ne bouge pas, afin qu'on puisse l'admirer longtemps dans la pose qu'elle a choisie avec étude. Sas cheveux, dont les boucles sont disposées savamment, se~ relèvent assez haut, tenus par Ûn large ruban de velours noir qui, d'un colé du

front, s'abaisse jusqu'à rejoindre presque le sourcil Du reste. T orchestre répand une agréable musique il est conduit par un violoniste mulâtre. Parmi l'assemblée, on remarque le chanteur Garât, le banquier Tnurton, le peintre Gérard, « bel et aimable homme >>, le général Normand, « beau cavalier , Camille Jordan, « affable et doucereux », de jeunes généraux, Junot, commandant en chef de Paris, en simple frac bleu, culotte el gilet bruns.

A deux heure? du matin, la salle à manger s'est ouverte. L'on vit une immense table, garnie d'une profusion de gibier, de poisson, de fruits, de vins, de sucreries. Les convives étaient si nombreux- que toutes les dames ne purent s'asseoir; et l'on fit trois services. Reichardt se contenta d'un petit pot de crème et d'un verre de Champagne ;il s'en contenta aisément, la crème et le Champagne lui étant présentés par la belle main de la dées- .

A la fin de décembre de cette même année 1802, il revit Juliette1. Ce fut chez Hubert Robert. Le vieux peintre, qui n'avait plus son adresse d'autrefois, accumulait dans ses tableaux les architectures... Auprès de lui, Juliette dessinait un paysage. Que c'est gentil, de sa part!... Seulement, comme, en dépit de son zèle paysagiste, son œuvre d'art la plus exquise devait être sa parfaite personne, elle avait bien arrangé le cadre de cette merveille-ci. Dans une pièce qui communiquait avec l'atelier

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