Id., tome VIII, p
lui chez la belle dame. Il fut tout de suite exigeant.
Le pauvre et bon Ballanche s'attrista. Une sorte de jalousie modeste le tourmenta. Et, pour occuper F esprit de Juliette, qu'il sentait chimérique, il s'efforçait de l'engager dans une traduction de Pétrarque, studieuse collaboration!... Mais Juliette avait vu l'enchanteur.
Tout de suite, elle fut dominée.
Elle avait quarante ans; il en avait cinquante. Ils ne s'aimèrent pas comme des enfants, mais comme des dieux souverains. Ce ne fut pas l'amour de Paul et de Virginie; ce ne fut pas l'amour de Daphnis et de Chioé... René avait l'expérience de la vie et de l'amour; Juliette avait l'expérience des tendresses qui sont l'environnement de l'amour... Mais René, si malin qu'on le suppose et tout renseigné qu'il se crût, René surtout était chimérique et déraisonnable; pour un parfait amant, il ne manquait que de fidélité : vertu inutile, les premiers temps. Et Juliette, si futée, était toute neuve à l'amour véritable. Imaginons sa tardive surprise; imaginons aussi l'attrait que René trouvait à ce mélange de rouerie et de naïveté. Puis l'orgueil. : — n'oublions pas l'orgueil de ces deux êtres, l'un qui, par le génie, était roi, l'autre qui, par la beauté, était reine! Et la reine avait attendu le roi... Et le roi n'avait pas attendu la reine, — non, mais il oubliait, dans sa magnifique joie, qu'il ne l'avait pas attendue le mieux du monde.
Ils s'aimèrent.
MADAME IŒCAMIER 1Ô7
J'ai quelque scrupule à entrer dans ce récit. Mes contemporains fouillent aisément les vieux tiroirs où sont ensevelis les billets d'amour du temps passé... Plutôt, ne devrait-on pas laisser dormir cela, comme une cendre qui fut chaude et qui s'est refroidie?... Billets d'amour du temps passé, qui ont l'odeur des fleurs fanées, l'odeur du bois de rose ou de cyprès qui les enclôt; pauvres billets d'amour qu'on déplie avec le grand soin de ne pas déchirer leur papier sec, cassant comme les feuilles mortes. Est-ce que les lignes qu'y raniment des yeux nouveaux et imprévus n'y brûlent pas comme ces franges de feu qui, dans les cheminées presque éteintes, parcourent encore les bûches calcinées?. ..J'ai pitié de ces lettres
d'amour.
Mais enfin, les amours royales n'ont pas l'intime
secret des autres tendresses. Et, en outre, je n'ai pas l'extrême vanité de me refuser à la perversité de mon époque.
Donc, je reprends cette histoire d'amour. Et il faut que je la distingue d'une pure et simple histoire d'amitié. A lire les Mémoires d 'outre-tombe, on ne sait pas trop. Louons Chateaubriand, s'il n'a pas tout dit : la courtoisie l'engageait à garder cette réserve. A peine a-t-il l'air un peu de laisser voir qu'il ne dit pas tout et de prendre quelque plaisir à cette cachotterie démonstrative; mais ce n'est pas si évident qu'on veuille le lui reprocher. Plutôt, il raconte
Iô8 TROIS AMIES DE CHATEAUBRIAND
une amitié, si fervente — qu'en général une amitié si fervente correspond à ce que, d'habitude, on appelle amour et qui est de l'amour en effet. Ces pressentiments, ces affinités, ces exigeantes gentillesses, cette correspondance ininterrompue, enfin tout cela, n'est-ce pas le manège ordinaire de l'amour?... Il est vrai qu'on ne sait pas et que les sentiments du pauvre cœur humain sont nuancés comme le cou de la colombe; et Juliette fut une si étonnante femme!...
Seulement, il y a les lettres de Juliette et de René, — pas mal de lettres. Et quelques lettres de René sont bien des lettres d'amour, il me semble... Ou alors?...
Mme Charles Lenormant, la nièce de Mme Récamier, a publié plusieurs de ces lettres1. Elle les a choisies, de manière à flatter la mémoire de sa tante et sans la compromettre. Elle les a choisies et elle les a d'abord débarrassées des phrases un peu vives qu'elle y trouvait. C'est d'une bonne nièce. Mais, à présent, on a retrouvé les originaux2; et il est amusant de les comparer aux copies de la nièce qui avait soin de la renommée de sa tante. Alors, les petites phrases qu'a supprimées Mme Lenormant prennent tout leur relief; et Ton se dit qu'elles étaient doncassez inquiétantes, puisque la nièce nous les voulait dissimuler.
i. Souçenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Rècamier, tome I, pp. 392 et suiv.
2. Edouard H erriot, Madame Récamicr et ses amis, tome II pp. 110 et suiv»
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Parcourons ces lettres. Elles sont de 1821 ou 22, un peu postérieures au premier amour... Que dis-je, un peu?... Quatre ans. C'est peu, au regard de l'éternité; c'est beaucoup, au regard d'un René de Chateaubriand qui, en amour, n'était pas entêté. A cette époque-là, notre héros était ambassadeur à Londres et il allait partir pour le congrès de Vérone.
Donc, il écrit : « Ne nous désolons pas d'avance. Si la chose a lieu... » Cela veut dire : Si je pars pour I érorie... « nous achèterons par quelques mois un long et plus sûr avenir... Bonsoir, ange. A demain matin et puis à demain au soir à huit heures. Je vous aime... » Mme Lenormant n'a point publié cette lettre-là.
Et puis : « Ne vous désolez pas, mon bel ange. Je vous aime, je vous aimerai toujours. Je ne changerai jamais. Je vous écrirai; je reviendrai vite et quand vous l'ordonnerez. Tout cela sera de courte durée. Et puis, je serai à vous à jamais!... » Mme Lenormant n'a point publié cette lettre-là.
Et puis : « Vous trouverez ce mot à votre réveil, comme de coutume. Vous verrez que rien ne changera dans notre vie si vous ne changez pas. Je monte en voiture à l'instant. Il est cinq heures et demie. A bientôt, j'écrirai de Calais. J'aime mon bel ange pour la vie. » Mme Lenormant a publié cette lettre-là, mais non pas tout entière. Elle en a supprimé onze mots exactement; pas un de plus. Mais, à vrai dire, elle les a bien choisis. Elle a supprimé dans notre vie; et la phrase n'est plus la même. EUe a trouvé dans
notre vie un peu plus intime qu'il ne le fallait; c'est assez intime, en effet, et Chateaubriand l'a écrit. Et elle a supprimé la dernière phrase., où le « bel ange » est « aimé pour la vie ».
Mon ange, mon bel ange... Evidemment, oui, les anges sont des êtres immatériels. Je le sais bien... Tout de même, l'illogisme charmant du langage amical veut qu'on appelle mon ange, mon bel ange, d'habitude, des dames avec qui l'on a, au moins,, des souvenirs. Et puis, je vous aime, je vous aimerai, je serai à vous à jamais, — il me semble que ce ne sont pas là des mots qu'on dise à une dame pour qui l'on a de la sympathie seulement.
A la fin d'une autre lettre, qui est datée de Londres, 23 avril 1822, on lit ces mots : « N'oubliez pas la forêt de Chantilly. »
Tiens!... Pourquoi?... Et qu'est-ce que la forêt de Chantilly vient faire ici?... Mme Lenormant, qui a publié tout le reste de la lettre, a supprimé cette petite ligne mystérieuse.
Le 25 avril, nouvelle lettre. Elle se termine par ces mots qu'a supprimés Mme Lenormant : « Et la forêt? Y venez-vous?... »
Il y tenait, à sa forêt de Chantilly!...
Le 14 mai, encore une lettre, et dont voici la fin : « Songez à Chantilly et écrivez-moi de manière à me consoler. » Mme Lenormant a laissé : Écrivez-moi de manière à me consoler. Mais elle a supprimé Chantilly : car elle y tenait, elle aussi!...
Qu'était-ce donc que Chantilly, pour eux?... Un
souvenir, probablement. Mais pourquoi ne le dit-il pas en termes moins obscurs? Eh! bien, il était ambassadeur; et il veillait à sa correspondance, avec une juste précaution. Un jour, il l'avoue. Juliette avait trouvé ses lettres un peu froides, sans doute: et il se défend : « Mon petit billet est glacé, mais le vôtre est-il plus aimable? Oubliezvous la contrainte où je suis en vous écrivant? el voulez-vcu que je vous rende responsable de la même contrainte? Aussitôt que je trouverai l'occasion de vous écrire autrement, vous ne vous plaindrez plus... » Tout ce passage-là, qui indique assez nettement une querelle d'amour, Mme Lenormant l'a supprimé.
Il faut penser que l'ambassadeur ne trouva point l'occasion d'écrire plus gentiment : car Juliette se plaignit. Elle était amoureuse et, de grand cœur, jalouse. Elle accusa René — d'oublier Chantilly!...
Alors, René se fâche. Il a tort; mais il a raison : ( Oublier Chantilly? Ne vous en ai-je pas plusieurs fois parlé; mais vous étiez dans vos grandes injustices. Oui, j'irai; mais tiendrez- vous vos promesses? Si vous me trompiez alors, ce serait la dernière fois de votre vie. Ainsi, c'est à vous à prononcer. Fixez le mois, le jour, l'heure; je serai au rendez-vous... »
Il n'est pas indispensable de citer davantage pour indiquer le caractère de cette amitié qui fut, bel et bien, de l'amour... L'orgueilleuse froideur de Juliette, qui était apparue à Chateaubriand baignée des chastes rayons de, la lune, fondit au flamboie-
ment de ce soleil qu'était le cœur de René. Ces deux majestés, l'une du génie et l'autre de la beauté, usèrent d'une indulgence réciproque. Et il me plaît de savoir que ce royal amour eut pour cachette cette royale résidence, Chantilly, avec son château, sa forêt magnifique à l'automne, son faste et son histoire!...
Si, pour démontrer que Juliette et René furent des amoureux, de vrais amoureux, les billets de René ne suffisaient pas, — ces billets, et puis divers témoignages, et puis encore les simples vraisemblances, — voici des preuves, ou peu s'en faut, des preuves qu'il n'est pas facile de démentir ou de négliger.
La source n'en est pas bien élégante : ce sont des documents de police, des travaux de cabinet noir, des manigances mal recommandables1. Mais, blâmons-les, ne les omettons pas.
Après la dissolution de la Chambre introuvable Chateaubriand n'était pas bien en cour. Et l'on sait aussi comme le roi Louis XVIII aimait les potins. Bref, l'administration des postes envoyait au directeur général de la police, pour le roi, copie des lettres intéressantes qu'elle avait trouvées. Elle en trouvait d'admirables et, afin de ne rien manquer d'attrayant,
1. Ces documents ont été trouvés et publiés par M. Ernest Daudet. Voir Le Temps du 22 décembre 1898. Son article, très intéressant et neuf, porte ce titre ; « La police et Chateaubriand, 181G-1820 |.
elle sut même se concilier le concours d'un valet de chambre de Chateaubriand. Il y a, dans ce dossier, des lettres de Mme de Lévis, des lettres de Mme de Duras, et bien d'autres; il y a ceci.
D'abord, un billet du 7 janvier 1819 : « Mme Récamier est obligée de sortir demain matin. Elle prie M. de Chateaubriand de lui faire l'honneur de passer demain matin, entre huit et dix heures. » C'est tout : et l'on épiloguerait sur le contraste que font tant de cérémonie et l'heure si matinale d'une convocation si impérieuse. Le policier dut épiloguer en effet; au billet, il a joint ce commentaire : « Depuis environ trois semaines, Mme Récamier envoie presque tous les jours un billet soigneusement cacheté à M. de Chateaubriand. Le vicomte cache ensuite si bien ces billets que l'observateur n'avait pu encore en voir un seul. Très souvent, M. Mathieu de Montmorency vient prendre M. de Chateaubriand et tous deux vont ensemble chez Mme Récamier. On ignore la nature et le but de cette liaison. » Bientôt, le policier se tranquillise ; il écrit : « La correspondance de Mme Récamier avec M. de Chateaubriand va toujours son train, mais ce n'est vraisemblablement que de la galanterie. »
Simplement, ô Juliette blanche comme une hermine?...
Sans doute, dépité de ne pas attraper grand' chose, le policier se tirait-il d'affaire en affirmant que la politique n'avait rien à voir en tout cela : n'était-ce pas le~ principal?...
Le 20 mars de cette même année 1819, il est plus heureux; il tient et communique cette petite lettre : « Vous aimer moins? Vous ne le croyez pas, cher ami. A huit heures. Ne croyez pas à ce que vous appelez des projets contre vous. Il ne dépend plus de moi, ni de vous, ni de personne de m' empêcher de vous aimer; mon amour, ma vie, mon cœur, tout est à vous. 20 mars 1819, à trois heures après-midi. » En marge, et de la main de « l'observateur », ces mots : « Lettre de Mme Récamier ».
C'est la seule lettre d'amour, de vrai amour, que nous ayons de Juliette. Elle a suivi, avant d'arriver jusqu'à nous, un triste chemin : — et Chateaubriand ne l'a peut-être pas reçue!... Il en a reçu d'autres; et ne le plaignons pas. Mais celle-ci, lettre d'amour que le bien-aimé n'a pas lue, a quelque analogie avec la Juliette qu'il y avait jusqu'à la quarantaine, jusqu'aux ferventes cachettes de Chantilly. Et — sauf le respect qu'on doit, je pense, à l'honnête banquier de la Chaussée-d'Antin — 1' « observateur », je le compare à M. Récamier, lequel posséda un trésor qui n'était pas fait pour lai, le contempla et n'en profita point.
Cette lettre d'amour, la belle main l'a écrite bien vite; les phrases, courtes, se précipitent. La belle main tremble et aussi la tendre pensée frissonne; les idécr., pour se dépêcher mieux, se font toutes petites et courent, avec peu de mots : l'une, pourtant, s'épanouit, c'est le serment d'amour et la solennelle promesse.
MADAME r.ÉCAMIER 165
Le policier continua d'être attentif. Dans les derniers jours d'octobre, Chateaubriand partit pour un voyage. Et le policier le suivit. Chateaubriand quitta Paris en poste. La nuit à Rouen, tout seul. Le lendemain, dîner chez un député royaliste au Havre. Chateaubriand passe au Havre vingt-quatre heures; puis il s'embarque pour Honfleur, d'où il se rend, aux environs de Lisieux, « chez la marquise de Gastine ». Cette marquise de « Gastine » est, évidemment, Mme de Custine : le château de Fervaques était situé auprès de Lisieux, en effet. Et voici Chateaubriand qui s'embrouille : l'amoureux amant de Juliette ne renonce pas aux cheveux de soie blonde qui parent le front charmant de la reine des roses. Il demeure deux jours en compagnie de cette chevelure. Et puis, le policier le suit jusqu'aux environs d'Alençon, où Chateaubriand fut l'hôte du comte d'Orglande, député; une foule de personnes vint le visiter : « on ne parla que politique », dit négligemment le limier, comme s'il savait maintenant que le roi s'intéressait aux « galanteries » de M. de Chateaubriand plus qu'à son activité politique.
Enfin, le retour. Chateaubriand s'arrête à Versailles. Il renvoie son domestique à Paris, tout seul. Pourquoi cela?... C'est un dimanche. Le lundi, Chateaubriand ne quitta point Versailles : — « tout annonce qu'il a passé cette journée tête à tète avec Mme Récamier ». Juliette!... Et Versailles, ville royale, fut comme Chantilly l'asile d'une tendresse glorieuse.
Tel que nous connaissons Chateaubriand, — si voluptueux, et Juliette était si belle! si vaniteux, et Mme Récamier avait éeonduit le prince de Prusse! un peu pervers, et cette dame était une jeune fille! — comme il dut être content d'une telle victoire de son agrément!.., El puis il se lassa. Dans les choses du cœur, il ressemblait un peu à ce conquérant d'Annibal, qui savait vaincre, mais qui ne profitait pas longtemps de ses victoires.
La diplomatie le divertissait de l'amour; le congrès de Vérone l'amusait extrêmement; il songeait à la guerre d'Espagne, qui était sa grande idée politique. En outre, diverses dames l'occupèrent. La liste des femmes qu'il aima et qui le lui rendirent sans dureté est aussi longue à peu près que la liste des hommes qui aimèrent Juliette Récamier : seulement, elle, ne le leur rendait pas. A cause de cela, elle aurait voulu que René, son seul amour, lui fût fidèle... Ce n'était pas sa nature.
On peut croire qu'il la trompa bientôt. Le même « observateur » à la vigilance de qui nous devons la seule lettre d'amour de Juliette rédigea, le 5 janvier 1820, une note où, après avoir mentionné les ennuis d'argent du grand homme, il dit : « Malgré tant de causes diverses de mécontentement, M. de Chateaubriand continue ses intrigues de galanterie, non aujourd'hui avec Mme Récamier, mais avec la femme du musicien L. 11 lui écrit tous les jours et reçoit d'elle de tendres billets. » Voilà.
Les lettres de 1822, adressées de Londres à Juliette
MADAME r.ÉCAMlER 167
par f ambassadeur de Louis XVIII, indiquent un véritable amour. Elles l'indiquent par les mots plus que par le ton. Le véritable amour qu'elles indiquent est un amour à son déclin. Déjà!... Il y a, oui, la« contrainte » de l'ambassadeur... Sans douté. Mais il n'est pas de contrainte qui tienne. Un cœur épris encore est beaucoup plus ingénieux. Les mentions tendres de Chantilly sont jetées à la fin des lettres, si vite, si brusquement, et comme si l'on ne pouvait pas faire autrement sans manquer à la politesse. Quand Juliette lui reprochait d'oublier Chantilly, elle avait tort, en fait; mais elle avait raison, selon la vérité de l'âme.
La déesse souffrit comme une autre femme!...
Voici une petite histoire, qui est assez drôle et qui est triste, en somme.
Au mois de septembre 1823, Chateaubriand, qui avait cinquante-cinq ans, était à l'apogée de sa gloire. Ministre des Affaires étrangères, il menait la guerre d'Espagne; il sentait l'efficacité de ses décisions, la valeur de sa suprématie active. C'est alors que le prit l'amour, un nouvel amour, et plus ardemment que jamais.
De qui fut-il amoureux?... Ah! ne soyons pas discrets; ce n'est pas la mode.
Sainte-Beuve, ce curieux, le savait • — « Une fort jolie et très spirituelle dame », dit-il. Enfin, qui?...
« Mme de C... », dit le fureteur auquel on doit la trouvaille de cette vive correspondance1.
Qui était-ce?... Eh! bien, on lit, dans les Souvenirs <lu baron de Frénilly2, ceci : « Chateaubriand avait joint au portefeuille des Affaires étrangères celui des affaires particulières de Mme Boni de Castellane, dont il était l'admirateur fort peu secret. »
Tout de même, nous appellerons cette dame « Mme de C... », en respectant toutes les autres lettres de son nom, parce que c'est, ainsi, plus commode.
On ne possède pas les lettres de la dame... Mais, sur chaque lettre de Chateaubriand, elle notait la date, le lieu de réception et « quelques autres petits détails »... Elle ne savait pas, la pauvrette, ce qu'allait bientôt devenir la critique littéraire et la besogne que feraient, après sa mort, les érudits. De la part de Chateaubriand, ni suscriptions ni signatures : une fois, « Ch. », voilà tout. Mais l'écriture, haut dressée, n'est pas douteuse.
Chateaubriand ne désirait donc pas beaucoup de faire connaître le nom de la dame. Seulement, Sainte-Beuve aimait les potins; et le baron de Frénilly rédigeait ses mémoires.
Le ministre des Affaires étrangères écrivait, souvent, plus d'une fois par jour, à Mme de C... Un
1. M. XXX, dans les Annales romantiques (juillet, octobre 1907). Puisqu'il appelle l'amie de Chateaubriand «Mme de G... », respectons aussi le chaste anonymat de ces trois X.