‹ Trois années de théâtre, 1883-1885Chapitre 13 sur 37 · VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

VICTOR HUGO

Une représentation de Ruy-Blas en 1883.

La tragi-comédie de Ruy-Blas plaît au public, le captive et le prend. Je constate ce sentiment du public et je me l'explique en partie. J'avoue cependant que j'y reste réfractaire. Les deux caractères poétiques de don César de Bazan et de la reine, la splendeur originale du langage, l'éloquence retentissante des discours dont M. Victor Hugo fait abus, mais dont l'abus séduit toujours des oreilles françaises, la puissance de résurrection de l'histoire, que M. Victor Hugo possède comme l'ont possédée Chateaubriand, Dumas, Michelet, Paul de Saint-Victor, mais avec son trésor propre de sons et de couleurs, ce quatrième acte, si pittoresque et si spirituel, ce second

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acte, peinture à fresque d'une cour morte, cette explosion de Ruy Blas au troisième acte, à la vérité hors de i)ropos et contraire aux convenances scéniques, mais où sont marqués de traits si forts, avec une fougue tribunitienne et un dépenaillement moral si neufs, les vices et les crimes des gouvernements de décadence, tant de beautés devraient me justifier le succès constant de Ruy-Blas. Mais il s'agit ici d'un drame. Je ne m'explique pas que le drame résiste, je ne dis pas à la puérilité violente de l'affabulation, — passe encore d'une fable puérile et forcée, — mais à la puérilité et au vide du caractère principal. Je le déclare tout net: je ne saurais m'intéresser un instant ni à la personne ni aux malheurs de Ruy Blas.

L'invention franche manque à M. Victor Hugo. Il y supplée par la fabrication artificielle des contrastes. Le contraste joue chez lui dans l'action le môme rôle excessif que l'antithèse dans le style. Dans Ruy-Blas, il prend ses contrastes aux deux extrémités de la chaîne sociale : un laquais, une reine. Il donne ou prétend donner au laquais une âme royale ; il fait de la reine la maîtresse du laquais ; et il a la volonté et le parti pris de nous produire ainsi quelque chose de gigantesque et de prodigieux en fait de drame. Ce goût du monstre, maladie du Stwm und Drançipériode de 1830, maladie surtout de M. Victor Hugo,

me met déjà en défiance. Fera-t-il seulement des hommes, celui qui cherche à faire plus qu'humain? Sans tant de fracas ni de si hautes visées, Marivaux l'avait déjà accompli, le tour de force de faire dire par une femme noble, belle, riche et exquise à un laquais : « Savez-vous bien que si je vous aimais, tout ce qu'il y a de plus grand dans le monde ne me tenterait pas I » Et il n'est rien au théâtre de plus romantique ni de plus délicieux. C'est que précisément Marivaux n'avait pas prétendu à faire un tour de force qu'il a pourtant fait. Il n'avait pas prétendu à être titanesque. Il voulait seulement saisir le tracas ordinaire du cœur, de ce cœur qui chez les reines comme chez les laquais, chez les laquais comme chez les reines, ne demande qu'à se contenter. Sylvia ne se retient pas d'aimer Dorante, même sous la livrée; elle vit d'une vie forte et elle a l'âme robuste. Quand la reine de ballade de Ruy-Blas découvre que son amant a été laquais, le premier mouvement chez elle est de dégoût et de rupture. Et pourtant, elle sait que Ruy Blas a du génie; elle le lui a dit du moins, au troisième acte. Créature fragile et de peu de foi! En voyant ensemble don Salluste, le grand d'Espagne et Ruy Blas, le laquais, elle ne trouve rien dans son cœur qui soit pareil au grand mot de Sylvia : « Que le sort est injuste ! Aucun de ces deux hommes n'esta sa place I » Mais venons à Ruy Blas. Je ne

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force personne à partager mes sensations. Je demande seulement la permission de les noter en toute franchise et en toute vivacité, comme elles m'arrivent au fur et à mesure de l'évolution de la pièce.

D'abord Ruy Blas n'est qu'un faux laquais. C'est, en réalité, un bachelier de Salamanque, faiseur de sonnets, c'est une bête à concours de l'institution Massin,

Orphelin, par pitié nourri dans un collège,

qui a mal tourné pour un moment. Il est, ensemble, faible, rêveur, paresseux, orgueilleux et ambitieux . Au lieu de chercher à fonder sa vie sur une occupation utile, il consume ses jours devant les palais

A regarder entrer et sortir les duchesses.

Je ne dis pas que ce caractère- là ne soit pas vrai ; c'est au contraire un vrai caractère d'enfant du siècle. Je ne dis pas non plus que la faiblesse rêveuse de Ruy Blas ne puisse être poétique. Je dis qu'elle ne peut pas être dramatique. Quand la fainéantise élégiaque a réduit Ruy Blas à se faire laquais pour ne pas mourir de faim, il se lamente sur l'ignominie de sa condition et de son habit.

En livrée ! Un laquais ! Être un laquais pour elle !

Un misérable fou, qui porte avec effroi Sous l'habit d'un valet les passions d'un roi !

Cela est fort beau . Mais à quoi riment ces lamentations du laquais d'occasion ? Qu'ont-elles qui puissent émouvoir ? Eh ! morbleu, mon ami, il n'est pas de sot métier; toutefois, si celui que vous avez pris vous offusque tant, il ne fallait pas le prendre. Qui vous y forçait ? La faim ? Ce n'est pas vrai . Vous êtes jeune, vigoureux et ambitieux. Vous pouviez porter le mousquet, vous faire soldat dans une banda., devenir alferez, capitaine, colonel. La casaque vous brûle les épaules; jetez-la; vous n'êtes pas un esclave, quoique vous disiez l'être pour justifier par une métaphore votre attache à votre servitude. Vous ne jetez pas la casaque. Loin de là. Don Salluste vous demande un papier de votre main, humiliant et insultant, comme quoi vous êtes laquais et domestique; tout autre laquais, qui ne serait pas comme vous une âme sensible et sublime, lancerait le papier à la tête de l'insolent ; vous, vous écrivez avec docilité le certificat de votre honte, vous le signez et le paraphez ! Très bien ; mais alors ne gémissez plus; vous êtes fait pour le métier et le métier pour vous . Ah 1 vous voilà maintenant écuyer de la reine, monsieur. Peste ! Vous avez une belle chancej

je m'en vante ! On vous apprend que voire charge vous donne le privilège de garder la nuit la porte de la chambre à coucher de la reine dont vous êtes amoureux et de l'ouvrir au roi quand il viendra visiter sa royale épouse. Or, vous savez comme toute l'Espagne, que le roi est inhabile à ces visites nocturnes. Et cependant, vous n'avez pas plus tôt appris quelle serait votre fonction que vous tombez évanoui. Allons! Est-ce que vous êtes encore humilié d'ouvrir les portes? Non! Eh bien quoi?... Vous êtes jaloux, dites-vous, du mari ! Corpo di Bacco, monsieur l'écuyer. Vous avez la jalousie terriblement délicate et la syncope extraordinairement facile. Un amoureux, d'ordinaire, ne se plaint pas d'être posté la nuit à la porte de sa reine, surtout pendant l'absence du mari.

Je vous retrouve après ce premier évanouissement premier ministre ! De mieux en mieux. Eh ! eh ! mon jeune démocrate! vous êtes arrivé par les sonnets et par les femmes, à ce que je vois ; c'est charmant, je ne suis pas de ces cuistres qui vous en feront reproche. Les faiseurs de sonnets valent bien pour la politique et la diplomatie les paperassiers hiérarchisés. Les femmes savent aussi bien choisir pour le service de l'Etat que les directeurs généraux et les chefs de division : exemple, le nommé Richelieu et le nommé Mazarin arrivés, comme vous, par les

femmes. Mais, premier ministre comme Mazarin, Richelieu et Acomat, qu'est-ce que vous allez faire? Une lamentation encore ! une lamentation de Jérémie ! une imprécation d'Archiloque ! le discours en est magnifique ; l'image, par où se termine ce discours, l'aigle impérial qui

Cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite infâme,

est une populacerie d'un effet incomparable. Quoique je n'admire pas votre personne autant que le fait Anne de Neubourg, quoique je ne voie pas bien à quel propos et pourquoi vous insérez à ce moment cette harangue dans le drame de votre vie, la harangue me saisit, me ravit, me soulage et me venge de quantité de choses qu'en ce siècle je n'ai cessé de subir et de dévorer. Mais, monsieur, songez que vous n'êtes plus le poétereau qui n'a de ressource contre la vilenie et le brigandage tout-puissants que de déclamer en compagnie de don César dans les posadas 1 Vous êtes à votre tour tout-puissant. Arrêtezmoi donc tout de suite et envoyez à la tour de Ségovie tout ce Conseil de Castille, s'il est, en effet, composé de concussionnaires et de pillards ; ne lui débitez pas de vers, même incomparables. Guérissez les souffrances du peuple, au lieu de les pleurer, vous qui avez été nourri sous le lin et qui vous prélassez à présent dans le velours et sous l'hermine...

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Pan! panl Qui frappe là?... C'est don Salluste... Comment? Comment? Vous connaissez ce scélérat et vous allez encore lui peindre en termes forts la décadence de l'Espagne ! Don Salluste trouve qu'en un premier ministre ces manières-là sentent leur petit génie ; et, pour le coup, je suis de son avis. Il vous commande de ramasser son mouchoir; vous le ramassez ; de fermer la fenêtre, vous la fermez ; de vous rendre à la petite maison, et vous lui répondez avec soumission que vous irez ! Quelle dégringolade, juste ciel ! quelle dégringolade, en ce moment, de vous et de tout le drame ! Mais tuez-le donc, ce don Salluste; soyez une bonne fois du peuple et de la rue, votre mère, en le tuant comme un chien, ce beau marquis de Finlas I Que craignez- vous ? N'êtesvous pas premier ministre en fonction, tandis qu'il n'est plus lui, qu'un rien du tout d'ancien ministre? Par Satan, tuez-le moi 1 Vous savez bien que vous êtes premier ministre enfin et que le tribunal des conflits de Madrid prononcera demain que le meurtre de don Salluste par Son Excellence Monsieur le Premier est sans conteste un acte de gouvernement. Vous ne le tuez pas, ou du moins vous ne le tuez qu'au cinquième, acte, trop tard, et en sanglotant devant votre reine, avec un enjambement inénarrable.

Il m'a broyé le cœur à plaisir ! 11 m'a fait Fermer une fenêtre...

Je vous avoue que ce dernier coup m'achève. « Il m'a fait fermer une fenêtre » et en rejet encore, s'il vous plaît ! En forme d'enjambement ! Il m'a fait fermer la fenêtre! Mon habit a craqué dans le dos ! Malheur I Mort et damnation ! Fermer une fenêtre ! Et Ruy Blas est un lion 1 La rubrique du cinquième acte nous avertit que c'est un lion. Cet acte est intitulé le Tigre et le Lion. Je m'en vais relire de ce pas le discours à la Ruy Blas de Gambetta devant la fameuse sixième Chambre. Il n'est pas aussi pur d'expression ni aussi magnifique de rythme que le discours au Conseil de Castille :

Bon appétit, messieurs ! ô ministres intègres !

il a été suivi de plus d'action.

LES DEUX GONCOURÏ

Henriette Maréchal. — La première de Henriette Maréchal. — La princesse Matliilde. — Les deux Concourt ; leurs œuvres. — Caractère général de ce drame, composition et style. — Chaque acte pris à part est vivement mené. — Les trois moments d'une passion. — Langue parlée littéraire. — Faute du drame: pas d'émotion.

Parlons d'Henriette Maréchal.

Pourquoi le 5 décembre 1865 à la Comédie-Française le drame à' Henriette Maréchal fut-il exterminé sous les sifflets? De siffler il n'y avait aucune raison littéraire plausible. La cabale qui avait pris possession des places d'en haut n'était littéraire à aucun degré, quoi qu'on ait pu dire; elle était politique. Jamais écrivains plus dignes d'estime par leur caractère ne furent plus brutalement traités que MM. de Concourt ce soir-là. Mais, plus l'exécution fut violente

et inique, plus elle est un événement de signification grave, plus elle marque le degré d'exaspération où était arrivée à ce moment une grande partie du public, et non la moins intelligente : non des jeunes gens à qui l'âge permet quelque licence, mais des hommes faits et qui se respectaient. A l'absolutisme bureaucratique qui pesait depuis douze années sur les esprits et sur les affaires de l'Etat, le ministère du 1" juin 1863, alors en fonction, qui durait depuis trois ans et qui devait durer encore quatre, était venu ajouter son incohérence tapageuse. Tout menaçait à la fois le bon ordre au dedans et la puissance française au dehors ; le Mexique, la Prusse, les mauvais principes d'éducation nationale, la direction défectueuse du travail législatif et de la diplomatie. Et à ceux qui voyaient le plus clairement les périls de la patrie et de la dynastie étabhe il était interdit de pouss(îr le moindre soupir ! Les aveugles qui avaient charge de gouverner les traitaient, avec superbe, d'individualités sans mandat. C'eût été un crime seulement de sourire d'une circulaire à grand orchestre sur l'abolition de l'analyse logique dans les écoles primaires. Tout à coup, se répandit sourdement par la ville la rumeur que deux écrivains, appartenant à notre génération si écrasée, venaient de forcer la porte de la Comédie- Française par la protection et la faveur spéciales d'une princesse du

sang impérial; qu'ils seraient joués par ordre; que leur pièce était une pièce appartenant à la littérature d'Etat, etc., etc. Rien dans cette légende ne contenait la plus petite parcelle de vérité. Les bruits colportés méconnaissaient h la fois le caractère des deux Concourt, dont le fond était une fierté fine et farouche; leur systt'uie d'art qui était libre de tout préjugé politique, voire de tout préjugé esthétique ; enfin le rôle joué par la princesse Mathilde, qui, avec discrétion et en suivant son goût, s'était attribuée depuis plusieurs années la tâche honorable et bien nécessaire de maintenir entre l'empereur et l'esprit les bonnes relations troublées à chaque instant par les bévues des ministres de l'Empire. Rien n'était vrai, on accepta tout. On n'avait aucun moyen légal de connaître et de faire connaître sur quoi que ce soit la vérité tout entière, on croyait le mensonge, mais seulement le mensonge qui tournait contre le pouvoir établi. On n'avait pas la liberté de juger les gens en place, on outrageait. On ne pouvait pas parler, on sifflait. Le malheur fut que les sifflets destinés à un méchant système de lois et à de méchants ministres tombèrent sur deux écrivains innocents du mal dont on leur demandait compte et de qui la vie de travail et de désintéressement pouvait être citée comme un modèle. Das ist der Laufder Weltf

Des deux Goncourt, Edmond et Jules, il ne reste plus que l'aîné, Edmond, qui était plus âgé que son frère de sept ans.

Jusqu'à la mort du plus jeune, enlevé il y a quelques années, les deux Goncourt ont offert le phénomène assez rare, si ce n'est tout à fait unique, dans notre histoire littéraire, de deux frères consacrant leur vie à l'amitié fraternelle, vouant cette amitié au culte des lettres, cultivant les genres les plus divers et y traitant les mêmes sujets en commun ; de telle sorte qu'aucun des deux, je crois, n'a jamais écrit même un simple article à part de l'autre, que, jamais en matière de littérature ou d'art, il n'est venu à l'un une inspiration, une idée, un goût, auquel l'autre ait pu rester étranger. Ils ont conçu ensemble et à la même heure la passion aujourd'hui assez répandue, alors très singulière, du bibelot japonais. Ils ont ensemble aimé l'Ecole française de peinture du xviii^ siècle dans un moment où la mode et les préférences des amateurs se portaient ailleurs; ensemble ils ont composé des ouvrages d'histoire, entrepris des romans, abordé le théâtre. Je ne sais comment a pu faire le ministre d'Etat en 1867 pour décorer Edmond sans décorer Jules. Il aura appliqué le droit d'aînesse.

C'est au théâtre que cette collaboration fraternelle aura été le moins productive. Le Théâtre complet des

Concourt, publié par Cliarpenticr, en 1879, ne contient que deux pièces : Henriette Maréchal, le drame qui nous occupe et la Patrie en danger, drame en cinq actes, en prose, qui n'a jamais été représenté. C'est pourtant par le théâtre que la vocation littéraire s'était éveillée en eux. Ils n'ont publié leur premier roman qu'en 1851 et leur premier article d'art, le Salon, qu'en 1852. Or, selon leur propre confidence, consignée en la préface de leur Théâtre, l'automne de l'an 1850 est l'époque où vint les saisir la tentation, comme ils disent, de Véaiture; et le dieu qui les visitait, tandis qu'ils peignaient à l'aquarelle, ne leur souffla le conseil d'écrire ni un roman, ni un livre d'histoire psychologique, ni un traité d'esthétique, mais un vaudeville. Ils firent le vaudeville, qui avait deux actes, puis un proverbe, puis une comédie; tout cela fut présenté en son moment au Palais-Royal, à la Comédie et au Vaudeville ; rien de tout cela n'a vu le jour. D'autres études absorbaient depuis longtemps les deux frères, ils marquaient dans le roman et dans l'histoire, ils avaient, avec une charmante liberté de l'esprit et de l'imagination, restitué la physionomie de Marie-Antoinette, jusqu'à eux si mal aperçue ou si défigurée, lorsque le démon du théâtre revint les secouer; c'était en 1863. Ils composèrent en cette année-là le drame Henriette Mare-

chai. Terminé en 1863, le drame fut présenté en 1864 au Vaudeville et refusé. L'année suivante, les Concourt en firent une lecture chez la princesse Mathilde, peu de temps après celle qu'Emile de Girardin avait faite du Supplice d'une femme dans le même salon. Cette lecture privée attira l'attention d'Edouard Thierry, alors administrateur de la Comédie-Française, qui procura aux deux frères la lecture officielle, devant le comité de la Comédie. La pièce fut reçue sans aucune difficulté, puis jouée par l'élite de la troupe; on sait comment elle sombra. A la façon dont M. Edmond de Concourt en parlait encore récemment il paraît bien que ce drame fut pour Jules et pour lui une œuvre caressée d'amour particulière. Les deux frères avaient voulu produire quelque chose qui fût en dehors des routines ordinaires, « éviter, comme ils nous l'ont dit, ces ficelles, ce secret, ce charpentage moderne, dont n'a jamais usé l'ancien, le classique répertoire. » Leur ambition eût été de créer au théâtre ou, si le mot créer n'est pas absolument juste, d'y restaurer, a i moins, une langue littéraire parlée qui manquait selon eux, et ils n'avaient que trop raison, « aux meilleurs de l'heure présente ».

J'ai lu le drame Henriette Maréchal avant la représentation. Je l'ai relu après la représentation. Plus on le relit, plus on est frappé de ce qu'il contient

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de qualités de bon aloi. On y trouve le progrès d'une passion bien observé et finement rendu ; des scènes achevées; un ton sobre et fort de drame; une langue soutenue, sans raideur; la science de la vie et du cœur; l'originalité philosophique. C'est un ouvrage sur lequel s'arrêteront toujours les historiens de la période littéraire qui s'est ouverte en 18S0. Il a ceci d'intéressant qu'il est mixte quant aux écoles d'où il procède; il forme comme un point d'intersection, au théâtre, du romantisme, du réalisme, et, comment dirais-je? du balzacisme, du sandisme et de la scriberie.

On ne s'aperçoit pas, au premier abord, que le drame Ilennette Maréchal sorte auia.i\i que les auteurs s'étaient proposé de l'en faire sortir de l'ornière ancienne. Il n'y a rien de bien neuf dans la passion qu'éprouvent l'un pour l'autre un jeune homme de dix-huitaus comme Paul de Bréville et une femme de trente-cinq à quarante ans comme madame Maréchal. La rivalité de la mère et de la fille qui se dessine vaguement au second acte et qui fournit la catastrophe du troisième, avait été déjà traitée par notre théâtre, bien avant 1860, sous bien des formes et à bien des degrés. On ne saurait non plus reconnaître à MM. de Concourt, le mérite auquel ils visaient, d'éviter les ficelles ordinaires. Qu'un jeune homme s'attire une affaire au bal de l'Opéra en

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défendant une femme, que la foule des masques vient de séparer de son mari, contre les entreprises d'un galant aviné; qu'un duel ait lieu dans les bois do Ville-d'Avray ; que, blessé, le jeune homme soit recueilli dans une villa voisine ; que cette villa soit précisément celle qu'habite avec son mari et ses enfants la femme qu'il a protégée d'une façon aussi chevaleresque : cela peut arriver dans la vie où tout arrive et où je ne sais quel magnétisme, fertile en miracles, fait toujours se rencontrer ceux qui s'aiment et se cherchent. Mais il faut, au moins, convenir que ces sortes d'aventures se produisent dans les romans et les comédies aussi souvent que dans la vie et qu'un drame, où nous les voyons se dérouler une fois de plus, se targuerait à tort de différer par là des autres drames et de leur charpentage habituel. C'est une bonne vieille ficelle dont il y a cent exemples dans Dumas et dans Scribe fort dédaignés sans doute des deux Concourt, que la reconnaissance qui se fait entre Paul de Bréville et madame Maréchal (acte II, scène xv) au moyen d'une femme de chambre qui jase sur un domino. C'est une scène tout à fait à la Scribe, dans le meilleur goût de Scribe, conduite selon ses procédés, tendant aux effets qu'il aimait et les atteignant, que la scène douzième du second acte où Paul de Bréville conte à madame Maréchal sa rencontre au bal de l'Opéra,

son duel, sa fièvre amoureuse, sans soupçonner que la femme qui l'écoulé avec ravissement est celle-là môme pour qui il s'est battu. On trouve jusque dans le dialogue, (jui est la partie de l'œuvre où les Concourt ont mis le plus la marque de leur esprit, des passages qui sont tout à fait dans le ton fatal, coupé de hoquets, qu'affectait de 1830 à 1836 la prose théâtrale de Dumas et de Hugo. Je signale à ce point do vue les couplets do Paul de Bréville dans la scène finale du second acte : « Ah! tenez, madame! tout à l'heure vous me disiez que j'étais un enfant... Un enfantée n'est pas dangereux!... Ah! écoutez-moi encore un peu... Mais c'est impossible que je ne vous sois rienl... Oh! vous n'auriez pas le courage de me chasser!. . . Oh ! vous serez bonne... Ce sont mes nuits de fièvre, voyez- vous? » Ces échappées do déclamation sanglotante viennent en droite ligne des mâchicoulis de la Tour de Nesle et des cachettes aux portes masquées du palais d'Angclo, tyran de Padoue.

On pourrait même soutenir que, pour « charpenter » leur drame selon leurs vues, MM. de Concourt ont pris des commodités de « charpentage » devant lesquelles plus d'un de leurs prédécesseurs, charpentiers hardis par état, aurait reculé. Au second acte, quand Paul de Bréville a été blessé, recueilli dans la maison de madame Maréchal, qu'il

aime depuis le bal de l'Opéra et dont il n'a jamais vu le visage, les deux auteurs éprouvent le besoin de nous mettre sous les yeux le moment où madame Maréchal reconnaîtra dans le jeune malade son imprudent chevalier de la Mi-Carême . MM. de Concourt tenaient à ce coup de scène; il le leur fallait. Gomment se le sont-ils ménagé? Nous sommes dans le salon de la villa. Nous apprenons par les propos qui s'échangent entre M. Maréchal, madame Maréchal, Henriette, leur fille, Thérèse, femme de chambre de Madame, qu'un jeune homme du nom de Paul de Bréville a reçu un coup d'épée dangereux en duel le long du mur de ronde de la villa; qu'on est venu demander à la grille du parc les premiers secours; que M. Maréchal est accouru; qu'il a installé lui-même le malheureux jeune homme dans une pièce de la villa; que le malade est resté quinze jours entre la vie et la mort; qu'il est maintenant convalescent et qu'il va faire ici, dans ce salon, ce jour même, une première visite de remerciement à madame Maréchal. Il entre, en effet, accompagné de M. Maréchal. M. Maréchal dit: « Le voilà, le voilà, ce petit scélérat... Je vous l'amène. » Et madame Maréchal s'écrie avec l'accent d'une profonde surprise : « Lui ! c'est lui ! . . . » Ce cri signifie : « C'est luil... c'est le jeune homme du bal de l'Opéra! » Le public est bien plus étonné que

LE DRAME PASSIONNEL. 1 i9

madame Maréchal ! Comment, depuis quinze jours, Paul de Brévillc est chez elle, balancé entre la vie et la mort, et elle n'a pas encore vu sa figure I

Elle n'est pas entrée une seule fois, avec son mari, dans la chambre du mystérieux étranger, elle, la maîtresse de la maison, pour s'enquérir des soins qu'exige son état! Elle n'est pas venue lui demander dès le premier jour, dès la première heure, dès la première minute, ce qu'il avait à faire dire ta sa mère ou à sa famille! Voilà, par exemple, ce qui n'arrive point dans la vie, ce qu'aucun hasard n'y peut faire arriver! Un auteur « cà ficelles » eût supposé une absence de madame Maréchal qui eût coïncidé avec les deux semaines du séjour de Paul de Bréville à la villa; une affaire pressée; une cure à Vichy; une villégiature chez des amis du Limousin; le mariage d'une cousine, que sais-je, moi? tout, n'importe quelle ficelle, toutes les ficelles réunies plutôt que cette circonstance invraisemblable, sauvage, d'une maîtresse de maison, bonne et prudente, qui garde seulement vingt- quatre heures sous son toit, sous son toit où il y a une fille de dixsept ans, un jeune homme inconnu de dix-huit, blessé, mourant, sans s'informer elle-même qui il est, sans veiller elle-même à son installation! Il y a cependant mieux encore au troisième acte. Ce troisième acte se passe à Trouville où les Maréchal

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ont loué une habitation sur la colline. Dans l'intervalle qui sépare l'acte de Ville-d'Avray de l'acte de Trouville, madame Maréchal s'est laissé toucher par l'amour naïf et enflammé de Paul de Bréville. Elle est maintenant à lui ! 0 comble du désespoir et de l'horreur! On vient de la prévenir, et elle n'en peut plus douter, que sa propre fille Henriette s'est éprise à son tour de Paul de Bréville, qu'elle l'aime à en mourir. L'étendue du malheur de sa fille lui a fait mesurer l'étendue de sa propre faute. Elle a résolu de rompre ; elle a renvoyé ses lettres à Paul et elle lui a redemandé les siennes. Celui-ci, fou de douleur, croyant à l'abandon et à la trahison, entre brusquement, la nuit par escalade, chez madame Maréchal. C'est ainsi qu'il a l'habitude d'y venir. Mais, d'habitude, M. Maréchal est à Paris. Or, cette nuit-là, il est dans son habitation de Trouville. Il peut entrer à chaque instant chez sa femme. On l'a dit à Paul, il le sait, on le lui répète; il est venu tout de même, il reste tout de môme, au risque de tous les malheurs qu'il attirera sur la tête de celle qu'il aime, sur sa fille, sur sa maison ! Et il s'exclame : « Cela finit donc, l'amour, Louise?... Ahl votre mari !.. . Et! quand nous nous perdrions!,.. Oh! je vous aimais bien pourtant!... Je n'ai pas eu de mère, moi, figurez- vous... » Et ainsi de suite! Et madame Maréchal, au lieu de faire jeter par la fenêtre

ET Li; nUAMK PASSIONNEL. l.'il

coûte que coûte ce félon au secret commun, se lance avec lui clans le même ordre de lamentations! Est-ce la vie réelle, cela? Est-ce la vie toute pure, sans les ficelles de théâtre? Paul dans la vie n'eût-il pas attendu jusqu'au lendemain une occasion plus raisonnable de s'expliquer avec madame Maréchal? Nous volons ici fort au-dessus de la vulgaire société contemporaine, nous nous prélassons dans les sphères les plus enfiévrées du romantisme. On n'a plus vu des amoureux de cette férocité et de cette superbe depuis ceux qui criaient en 1832 à leur maîtresse : « Tu es à moi comme l'homme est au malheur. » Notez que, si cette scène, qui viole toutes les vraisemblances n'existait pas, si cette visite nocturne de Paul, odieuse et inexplicable, était supprimée, le coup de pistolet final où réside le summum du drame, ne pourrait être tiré.

Nous pourrions multiplier ces sortes d'objections que provoquent toujours les préfaces où l'on annonce, tantôt plus modestement, tantôt avec plus de fracas, de nouvelles maximes et la découverte d'un nouveau monde. Laissons les objections. Au-dessus d'elles subsiste un drame, conçu et exécuté avec conscience et talent. MM. de Concourt ont pris trois moments de la passion d'une femme. Selon la mode de l'an 1830, que suivent encore aujourd'hui les entrepreneurs de spectacles dans les sous-préfectures, MM. de Goncourt

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ont donné un sous-titre à chacun de leurs trois actes : le Bal de VOpéi^a, Ville-d' Avray , Trouville. Puisque MM. de Goncourt recouraient à l'enluminure des sous-titres, les vraies rubriques eussent été les suivantes : la Rencontre. — Passion heureuse. — L'Expiation. C'est à dessiner ces trois moments d'une liaison d'amour que MM. de Goncourt ont consacré leur œuvre. Ils les ont retracés avec sûreté, délicatesse et terreur. Le caractère de madame Maréchal n'a point de saillie; ôtez la passion qui naît, croît et se développe en elle, madame Maréchal est un personnage dénué de toute signification. Mais en cette créature, effacée et quelconque, MM. de Goncourt ont bien marqué les secousses du cœur et ses transitions. Madame Maréchal a de trente-cinq à quarante ans; elle est restée jusqu'ici fidèle à son mari sans combats ni sans regrets ; elle ne l'a pourtant pas aimé. Un beau jour, elle veut voir le bal de l'Opéra; un jeune homme, en la fleur des premiers sentiments d'une âme amoureuse, l'aborde; elle l'écoute, elle est surprise et émue; ce ne sera rien si elle ne le revoit plus. Mais elle a éprouvé une seconde d'attendrissement indélébile. Paul lui pourra dire plus tard, en lui racontant l'aventure, sans savoir que c'est d'elle-même qu'il s'agit : « Je l'ai regardée... elle m'a regardé et nous sommes restés une seconde à ne nous rien dire... Cette seconde-là, allez! elle

me l'a bien donnée! » Mot juste 1 mot profond! Mot qui rend toute 1 étendue de la sensation de l'amour naissant! Le rêve, l'ennui du bien-ôtre et de la paix, c'est-à-dire du bonheur réel, l'espoir de quelque vague et immense bonheur qui sera autre chose, s'introduit dès lors dans l'âme de madame Maréchal; elle attend ce qui n'arrivera peut-ôlre jamais; mais, si ce qu'elle attend arrive, elle lui est prôte, elle lui appartient sans recours et sans réserve. Du moment qu'elle retrouve Paul, installé chez elle par le hasard, que celui-ci lui conte avec sa voix de vingt ans, avec son ignorance et son mépris de tout, hors de la minute d'extase du bal de l'Opéra, l'héroïque folie de son duel; elle a beau se défendre, elle a beau dire à Paul, avec une dignité vertueuse : « Je suis mariée ; je suis mère ; j'aime mes devoirs, monsieur, mon mari et ma fille... Vous m'avez compris, je pense? » tout cela qui est si raisonnable ne servira de rien ; ses destins sont consommés. MM. de Concourt rendent cette gradation du sentiment amoureux avec un art au-dessus de tout éloge. Ils ne marquent pas d'une façon moins fine et moins exquise le trouble naissant de l'âme chez Henriette, la fille de madame Maréchal.

Chacun des trois actes de leur drame, pris à part, est vigoureusement mené. Aucun homme de métier, pas même Dumas fils, ne sait mieux couper un acte

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qu'ils ne font. Témoin cette fm da premier acte : « Pierre : Ton duel?... Pour une femme, n'est ce pas? — Paul : Oui. — Pierre : Qui demeure? — Paul : Je n'en sais rien. — Pierre : Qui s'appelle? — Paul : Je ne sais pas. — Pierre : Diable 1 » Tout ce premier acte, qui nous représente le dédale d'un bal masqué, est déroulé d'une main déliée, avec une lumière nette qui circule à travers l'enchevêtrement des personnes, des discours et des lubies. De la première scène à la dernière, le troisième acte, si on le considère en soi, si l'on se résigne à l'absence des développements préparatoires dont il aurait eu besoin, atteste une habilclé consommée à pétrir le drame. Tous les détails, choisis simplement et sobrement, portent coup. Tout l'acte est bourré, pour ainsi dire, de substance dramatique. Il est tout entier chargé d'un air qui oppresse les poitrines. On y respire le mystère épouvantable et vague. On a la sensation qu'on y marche sur les catastrophes et que le moindre mouvement d'un pied mal posé va faire éclater la mine.

Voilà pour le dessin de la passion ! Voilà pour la conduite des actes et des scènes! Et ce n'est pas encore là le plus grand mérite de l'œuvre. Les Concourt ont réellement trouvé, pour leur drame, la langue littéraire parlée qu'ils cherchaient. Faites

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abstraction des passages que nous avons signalés plus haut et qui sentent le détritus romantique : la langue d'Henriette Maréchal est l'une des meilleures que l'on ait jamais parlées au théâtre. Elle n'est point relâchée, et cependant elle évite les formes du livre; elle n'est point fade et elle n'a pas de manière. Cette langue se prête également à reproduire, en son juste degré et en sa juste nuance, l'impression brutale et l'impression délicate, le jet direct du discours ab irato et les circuits et les sous-entendus. Elle est apte à la sensation familière et à la sensation philosophique; elle ôte à l'une son air commun, elle laisse l'autre sans allure prétentieuse. Grâce à cette langue, les deux Concourt ont pu semer leur pièce d'idées et de notations épisodiques sur l'homme et le monde, qui n'embarrassent ni ne chargent la pièce, qui en sont la richesse et la grâce légère. Toutes ces qualités réunies relèvent singulièrement, à mon sens, le rôle du Monsieur en habit noir, qui en I860 fut si conspué.

Et, pourtant, Henriette Maréchal, malgré l'effet d'horreur produit par la dernière scène, a laissé en somme le public incertain. Henriette Maréchal a le défaut le plus terrible que puisse avoir une œuvre dramatique, après le défaut d'ennuyer. L'émotion n'y jaillit pas. Elle ne jaillit pas de la pièce; elle ne jaillit pas de l'âme du public. C'est, d'une part,

que le drame, embrassé dans son ensemble, marche au hasard, comme la vie elle-même; ce qui signifie que les auteurs suivent leur drame et ne le mènent pas. C'est, d'autre part, que les auteurs restent absolument indifférents au drame qu'ils nous exposent. Jamais le spectateur n'est prévenu de rien, ni ne peut rien pressentir. Jamais le drame qu'on lui joue ne développe rien. Les Concourt ne procèdent que par indications courtes, sèches, détachées; voilà la nouveauté véritable de leur méthode. Ils disent : « Celle-ci est amoureuse; celle-là va le devenir; voici le mari qui part et voici le mari qui revient; voici mon histoire comme elle se passe ou comme elle s'est passée » , et aucune autre explication. Contents de n'exprimer que des passions vraies, persuadés qu'ils ne retracent qu'une tragédie vraie, ou, ce qui est la vérité du théâtre, une tragédie possible, ils ne se mêlent pas d'éprouver eux-mêmes les passions qu'ils expriment, encore moins de nous en transmettre l'étincelle. Ils sont de propos délibéré sans sympathie pour leurs personnages et sans communication avec nous. De quoi nous plaignons-nous, diront-ils? Est-ce qu'ils ne se sont pas représenté à eux-mêmes, est-ce qu'ils ne nous représentent pas ensuite, le plus exactement qu'il se peut, la physiologie d'une passion, ses racines et ses conséquences? Fort bien! mais je n'ai pas pleuré, pendant

cette représentation exacte, je n'ai pas ri, je n'ai pas tremblé, je n'ai pas été soulevé de sublimité ; je rentre chez moi mal satisfait. Créez de nouvelles méthodes et de nouvelles figures de drames tant qu'il vous plaira I Ecartez-vous aussi loin que possible des voies battues ! Il y a une vieillerie pourtant que je vous conseille de ne jamais dépouiller; c'est le précepte : Si vis me fleref...

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