LA CLOSERIE DES GENÊTS
L rAmbiga-Comique, laCloserie des Genêts a atteint iépassé sa millième représentation. La pièce avait
représentée pour la première fois, à ce même â-tre, le 14 octobre 1846. Voilà donc un drame, >artenant à la famille du drame populaire, qui a •é quarante ans et qui attire encore le public. jSl Clmerie des Genêts est certainement Fun des mes notables de l'époque de Louis-Philippe. Ce st point un ouvrage sans défaut. Il n'a pas la iplicité et la largeur de facture qu'offrent Trente
ou la vie d^un joueur, Latude ou trente-cinq ans captivité, la Grâce de Dieu, la Tour de Nesle, etc., gencement en est long et laborieux. Avec ses
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LE DRAME PASSÎONNSL. 39
enveloppements et ses inégalités, le drame ressemble un peu à l'auteur lui-même, qui, doué de qualités rares, ayant soutenu vingt ans le poids d'un labeur énorme dont il est mort, n'est jamais parvenu à dégager tout à fait son talent. Il n'a pas moins de huit tableaux, plus un prologue; aussi M. Rochard, pour le reprendre, a dû l'émonder et le réajuster. Frédéric Soulié a mis dans la Closerie des Genêts un souci du style et des prétentions supérieures, dont on ne trouve guère la trace chez Anicet Bourgeois, chez M. d'Ennery, chez Dupeuty, Cormon et Grange. Ces préoccupations louables n'ont pas malheureusement empêché Frédéric Soulié de déployer, pour la conduite de la pièce, tout le romanesque de convention et d'y mettre en œuvre tous les procédés à la bonne franquette usités chez ceux des dramaturges de son temps qui se gênaient le moins en cette matière. Le marquis de Montéclain, colonel de chasseurs d'Afrique et fort honnête homme, possède encore, en l'an 1840, pas très loin de Nantes, un château dont les parquets sont à Iruc ; on pousse un bouton, deux ou trois planches glissent, et, au beau milieu d'un salon en style empire, il s'ouvre un abîme béant, dans lequel sont précipités et disparaissent pour toujours, sans laisser de trace, les scélérats dont Montéclain juge à propos de purger la terre. Ce château-là est
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bien commode. Encore ]e château de Montèclain n'est-il pas aussi étonnant que les magistrats mis en scène par Frédéric Soulié. Je vous présente M. d'Avatiannes procureur du roi. Ce magistrat acquiert au cours du drame la preuve irréfragable qu'une femme qui est devant lui, Léona de Beau val, a commis les crimes variés d'empoisonnement, de faux, de destruction de l'état civil, de substitution de personne, et il la laisse circuler tranquillement comme si de rien n'était. Avant que la démonstration des crimes de Léona fût faite, Montèclain, qui les pressentait, Montèclain qui aspirait à débarrasser la société de ce monstre, Montèclain qui craignait que faute de preuves on ne pût supprimer légalement Léona, Montèclain avait songé à son château machiné et à ses oubliettes. Sur le point de s'en servir, il a ridée sublime d'aller préalablement consulter son ami, M. d'Avatîannes, le procureur du roi, pour lui demander s'il ne voit pas d'inconvénient à précipiter dans le trou béant du château de Montèclain une coquine fieflfèe telle que Léona, pour le prier même d'assister à l'exécution dont sa présence rehausserait la solennité. Et que répond le procureur du roi ? Il fait quelques timides observations sur les procédés auxquels Montèclain se propose de recourir. Sans doute, cette Léona paraît bien perverse. Mais lui, procureur du roi, il est pour les
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ET LE DRAME PASSIONNEL. 4i
formes ; il ne juge pas que les oubliettes respectent suffisamment ces formes sacrées, protectrices de l'innocence. Enfin, poussé par Montéclain, il finit par lui déclarer que comme magistrat il blâme son dessein, mais que « comme ami et comme homme du monde » il s'y associera. Penser qu'en 1847, dans un temps où l'instruction primaire était déjà florissante à Paris, le public db l'Ambigu croyait, les yeux fermés, que le royaume de France possédait, Louis-Philippe régnant, des procureurs du roi de ce caUbre! Au surplus, le roman baroque de Léona de Beauval et de son mariage avec Georges d'Estève serait tout entier à retrancher de la Closerie des Genêts. Mais voilà le terrible ; le retranchement ne peut se faire ; les aventures de Léona ne sont pas simplement juxtaposées au vrai drame ; elles y sont entrelacées ; elles forment la colonne d'appui de l'édifice ; cet étai bizarre et vulgaire étant supprimé, tout s'écroulerait.
n n'y a donc qu'à accepter l'œuvre de Frédéric Soulié, comme elle est, avec sa réalité poignante et pathétique et son conte d'Anne Radclifife. Le vrai drame, le drame réel, est un drame de la séduction, dont Frédéric Soulié a mis en relief les divers moments avec une tristesse et une brutalité puissantes, sur un fonds de mœurs poétique et exactement observé. Chaque fois qu'on est en face de ce drame
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et qu'on veut bien oublier Léonaet ses machinations qui l'ont fait éclater, il empoigne et subjugue; toutes les scènes et toutes les péripéties portent. La fausse accusation qui pèse sur Lucile ; la situation retournée des deux pères, le général comte d'Estève et Kérouan, qui se trouvent l'un après l'autre sous le coup du déshonneur de leur fille et qui, l'un après l'autre, prodiguent ces conseils de modération et de sagesse où l'on n'aperçoit jamais aucune difftculté quand il s'agit du malheur d'autrui ; la découverte de la faute de Louise; celle du nom du séducteur, Timpuissance où le séducteur s'est placé par un mariage absurde de réparer le mal qu'il a fait; aucun de ces moments du drame n'a cessé de produire son eflfet. La scène capitale, la scène qui enlève tout, est la scène XII du troisième acte, chez le général comte d'Estève, quand Kérouan contraint la malheureuse Louise à lire elle-même, à genoux, devant tous les invités du général, la lettre qui contient l'aveu de sa faute. Cette scène est violente à l'excès; et elle est cependant si naturelle, elle vient si bien au moment juste, elle est si à sa place I Voilà de ces explosions de drame, de ces éclats trouvés, qui feront toujours admirer la richesse brute de notre théâtre populaire à l'époque de Louis-Philippe. Allez voir la scène à l'Ambigu. Elle n'a pas vieilli. En 1885, comme en
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1840, elle tient le public des places moyennes et des petites places baletant et en lannes.
La Closerie des Genêts fut le dernier ouvrage dramatique de Frédéric Soulié. Moins d'un an après la première représentation, il mourut, à Tâge de quarante-sept ans, le 23 septembre 1847, dans le village de Bièvre, où il s'était fait bâtir une maison qui était à peine achevée et qui, en tout cas, n'était pas encore complètement payée. Le succès de la Closerie l'avait remis en effervescence de production dramatique. Il préparait une comédie- vaudeville en deux actes, Fatalité; un drame des mœurs contemporaines, le Médecin des Pauwes, et un drame historique en beaucoup de tableaux, le Vieux Paris quand la mort passa et lui dit: « Il est temps ». En vain, il demandait deux ans encore, rien que deux ans pour permettre à tout ce qu'il avait ou croyait avoir dans le cerveau d'arriver à l'épanouissement définitif. La mort se boucha les oreilles, elle l'abattit sur son lit, l'y tint trois mois parmi les terribles souffrances d'un cœur « qui se gonflait à se rompre » et le prit. Pauvre Soulié ! Sa vie avait été rude. Il mourut du moins parmi les applaudissements.
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CASIMIR DELAVÏGNE
Louis XL — Le théâtre de Casimir Delavigne. — Delavigne et Hugo. — Succès de Louis XL — Échec du Roi s'amuse, — Delavigne, Shakespeare et Walter Scott.
C'est bien commencer Tannée dramatique et la série des lundis populaires de TOdéon que d'avoir repris dès le premier soir, comme Ta fait M. de La Rounat, Louis XI, de Casimir Delavigne.
Le théâtre de Delavigne n'est guère connu de la génération actuelle. Le nom même du poète n'éveille plus chez les jeunes générations d'autre idée que celle du médiocre, du poncif et du rococo. Casimir Delavigne assurément a été prisé trop haut entre 1830 et I80O. Il est en revanche trop déprécié aujourd'hui. Casimir Delavigne est de second rang seulement, soit qu'on le classe dans la succession de
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notre histoire dramalique depuis le Cidei le Menteur, soit qu'on le compare à ses contemporains. Il n'a pas eu le génie, il n'a pas eu la grande imagination ; il a eu la réflexion, les bonnes études et le talent. Son talent môme, pour se soutenir et pour frapper, a besoin de l'acoustique morale de la scène; ni la prose de Don Juan d'Autriche, ni le vers de Louis XI ne subsistent par soi ; le vers tragique de Casimir Delavigne, particulièrement, s'aplatit et tombe à la lecture. Ne croyez pas pourtant que le talent, soutenu par les bonnes études, soit si peu de chose, puisqu'il a mis et maintiendra Casimir Delavigne en bonne place, au second rang des auteurs dramatiques, dans une littérature où le théâtre a été presque inépuisable en chefs-d'œuvre. Quand on n'est pas du grand vol, quand on n'est en sa composition et en son vers dramatique ni Racine, ni Corneille, ni Ponsard, ni Augier, il est beau encore d'être Voltaire ou Casimir Delavigne. Non seulement Casimir Delavigne, s'il n'est pas de premier ordre, a cependant son rang marqué pour toujours dans l'histoire de notre littérature avec Louis XI, les Enfants d'Edouard^ Don Juan d'Autriche, et surtout V École des Vieillards; mais encore, il a exprimé d'une façon heureuse en son état d'âme et d'esprit la constante moyenne de l'esprit de France, qu'on ne retrouve plus aujourd'hui, même
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chez l'élite de Télite, que très rarement ; et cette moyenne était, en 1840, celle d'une société tout entière. Louis-Philippe aimait Casimir Delavigne d'une dilection particulière. Un instinct Favertissait que c'était celui-là qui était son poète. Le beau règne de Louis-Philippe serait incomplet, quelque chose d'indispensable manquerait à la littérature de cette époque fortunée, si Casimir Delavigne n'avait pas existé.
Il a été longtemps de mode d'opposer entre eux Casimir Delavigne et Victor Hugo, comme il l'est encore d'opposer Victor Hugo et Ponsard. C'était la lutte de deux sectes littéraires. La religion de Casimir Delavigne était une religion bourgeoise, tempérée, galUcane, presque janséniste ; la religion d'Hugo était un papisme exubérant, enthousiaste, fanatique, avec tout un appareil d'adoration, d'encens, de myrrhe, d'idolâtrie, et de litanies, d'ex-voto, de hallebardiers et de sbires d'Église, avec des miracles, des processions, des mystères d'Isis, des confréries de corybantes. La religion la plus ardente a écrasé l'autre. Mais les destins littéraires sont changeants, quoi qu'on fasse. Ils ont des retours. Le Roi s'amuse de Victor Hugo (novembre 1832) et le Louis XI de Casimir Delavigne (février 1832) sont tous deux de la même année. Il se trouve qu'on les a repris, après un long intervalle^ vers le même
temps, le Roi s'amuse à la Comédie-Française, vers la fin dQ l'an 1882, et Louis XI à l'Odéon. La tragi-comédie de Louis XI a retrouvé sans difficulté les suffrages d'autrefois; le Roi s'amuse a presque sombré. Que ceux de la religion se rassurent I Je n'ai nulle envie de comparer même de loin la tirade de Nemours en tant que vers.
Non pas la liberté, Coictier, mais la vengeance
à la tirade de Saint-Vallier,
Vous, Sire, écoutez-moi
Gomme vous le devez, puisque vous êtes roi ;
encore moins d'humilier la Légende des siècles devant les Messéniennes. Il n'en est pas moins vrai que Louis XI peut encore être représenté avec succès et que le Roi s'amuse ne peut plus l'être. Le fait positif est là. La représentation du second acte de Louis XI s'est poursuivie sous un feu roulant d'applaudissements. Par malheur, on a eu ensuite un entr'acte interminable qui a laissé au public le temps de se refroidir. Sans l'absurde usage des longs entr'actes, qui règne maintenant partout, excepté à la Comédie, et qui est partout nuisible aux œuvres, nous aurions peut-être assisté, non seulement au succès de Louis X/, mais encore à une espèce d'apothéose de Casimir Delavigne.
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Pourquoi cette différence de destinée entre Louis XI et le Roi s'amuse? C'est que le public sent bien qu'on lui développe dans le Roi s'amu^se une thèse antimonarchique de parti pris, mise en beaux vers, et non pas un drame vivant de peuple à roi et de roi à peuple. C'est que François P'' est un personnage historique trop rapproché de nous et trop connu, même du gros des spectateurs, pour qu'un poète, en le transportant sur le théâtre, puisse le transformer à sa guise. Or, Victor Hugo a abusé de la permission ; on ne retrouve ni le vainqueur de Marignan et l'ami de Léonard de Vinci dans ce Sultan, ce Turc, ce Barbe-Bleue qu'il nous a peint, ni la fière noblesse des guerres d'Italie dans la réunion de pourvoyeurs dont il compose la Cour du roi. Au contraire, si l'on n'a pas dans le Louis XI, de Casimir Delavigne, le vers éclatant et fulgurant d'Hugo, on y a le mouvement dramatique, on y a l'étude, Fintelligence et le respect des lois du théâtre. Pour rhomme de métier, il est sensible que Casimir Delavigne a construit son personnage de Louis XI au moyen de procédés mécaniques connus, où le travail d'un sage entre pour beaucoup plus que l'inspiration d'un poète. Un seul épisode de l'opéra comique de Fra Diavolo, par exemple, lui a fourni deux de ses effets saillants; le premier, lorsque Louis, au second acte, est interrompu par YAngelm
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dans la combinaison d'un guet-apens et se met à se signer ; le second, lorsque Nemours, au quatrième acte, retient son poignard, déjà levé sur le roi, parce que celui-ci s'agenouille à son prie-Dieu :
Mon père, il vous laissa finir votre prière.
Procédé ou non, le public est secoué par la vérité de ce Louis XI. Le roi que le poète nous montre et qu'il fait vivre sur la scène n'est pas une figure arbitraire ; c'est sans aucun doute le Louis XI des dernières années, tel que l'avaient fait la maladie, la longue contention d'esprit, le remords physique, les premières atteintes de l'apoplexie, abêti et surexcité par la crainte de la mort, mais politique toujours aussi lucide, chef d'État toujours aussi appliqué, despote toujours aussi avare de son pouvoir et aussi inquiet du bon emploi de ce pouvoir, vilain homme et méchant homme plus que jamais. C'est par la partie du drame où apparaît ce caractère de roi, ce spectre historique, c'est par le second acte et le troisième que le public populaire de rOdéon, avec une sûreté de goût dont il faut le féliciter et nous féliciter, s'est laissé le plus vivement saisir. Il est resté assez indifférent aux aventures amoureuses de Marie et de Nemours.
Le roman de Marie et de Nemours, que Casimir Delavigne était sans doute fier d'avoh: inventé.
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constitue la partie faible du drame. On excusera, si Ton veut, cette petite histoire intéressante et morale par la raison qu'elle a fourni à Casimir Delavigne un moyen commode de nous développer, sous toutes ses faces, le roi Louis XI. Mais c'est justement cela qui est, en matière de dramaturgie, le procédé mécanique vulgaire. C'est de cela que Shakespeare n'aurait pas eu besoin, outre que Shakespeare aurait vu plus profondément chez Louis XI et déchaîné avec plus d'audace et de terreur le demi-fou, la demi-folie des Valois. Shakespeare aussi en mêlant à l'action Comynes et Coictier, se serait gardé de les y faire intervenir avec les sentiments paternes que Delavigne a eu l'idée de leur prêter. C'est proprement cette idée-là qui mesure Casimir Delavigne et, comme on dit, le jauge : avoir sous la main Comynes et Coictier, et ne pas s'apercevoir de combien leur caractère vrai est plus scénique que le caractère qu'on leur fabrique, soidisant pour les besoins de la scène !
Je nomme Shakespeare ; il le faut bien puisque le nom de Shakespeare sous Louis-Philippe était dans toutes les bouches lorsque s'agitait la querelle entre les tenants du drame hugolesque et ceux de l'ancienne tragédie classique. Pour les romantiques, Victor Hugo était le pur Shakespeare, le Shakespeare moderne, le Shakespeare français, se présentant.
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superbe et téméraire, avec le shakespearianisme complet et sans réticences. Pour les classiques, Casimir Delavigne exprimait la transaction entre Shakespeare et notre théâtre du xyii^ siècle. C'était un Shakespeare sage et tempéré, un Shakespeare constitutionnel, le Louis-Philippe du drame shakespearien, qui avait réconcilié et marié Shakespeare et le bon sens, la langue du xvii® siècle et le drame moderne, comme Louis-Philippe réconciliait et mariait la liberté et le principat.
Un demi-siècle a passé sur ces débats. Nous sommes maintenant étonnés d'appréciations aussi frivoles et aussi superficielles. On ne s'explique ces aberrations du jugement public que parce que Shakespeare, de 1820 à 1850, au lieu d'être lu et jugé pour lui-même et en lui-même, n'était employé par une secte littéraire, turbulente et rebelle, que comme un bélier qui devait battre et renverser le xvn® siècle français. Un souffle de Shakespeare a passé sur Hugo, mais ne l'a pas constitué pour cela à l'état de second Shakespeare ou même de pur shakespearien. Tout difière dans Shakespeare et Hugo : la forme et la couleur du vers, la forme de l'esprit, la forme de l'imagination, la forme du drame. Pas même le costume et le décor ne les rapprochent, puisque le décor et le costume sont les deux parties de l'art théâtral dont Shakespeare
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se soucie le moins, dont Hugo a le plus la passion et le don 1 Pour Casimir Delavigne, il serait impossible de découvrir en lui un grain de Shakespeare gros seulement comme un grain de moutarde. S'il suffisait, pour être Shakespeare ou seulement shakespearien, de renoncer aux trois unités, de s'abstenir des confidents, d'employer au hasard des formules soi-disant moyen âge, de dire « damoisel » comme fait Casimir Delavigne, là où Racine eût dit « prince trop généreux », de faire suivre, au frontispice du drame, Ténumération des personnages de rénumération des figurants « deux Écossais, un Marchand, un Héraut, un OfiScier de la chambre, un Officier du château, Clergé, Châtelaines, Chevaliers... », je consens que Casimir Delavigne s'est approprié Shakespeare en le corrigeant.
L'auteur de Louis XT a pu tout ensemble admirer le génie de Shakespeare et se défier du virus shakespearien. En tout cas, le virus ne lui est venu qu'atténué, à travers des cultures successives qui font que l'influencé maligne a agi sur Louis XI et sur les Enfants d'Edouard, à l'état seulement de vaccin préservatif. Le virus avait d'abord passé par Schiller et Walter Scott. Ce qu'est au juste Delavigne, c'est un Walter Scott diminué et adapté.
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