‹ Trois années de théâtre, 1883-1885, Volume 1Chapitre 9 sur 47 · Adolphe Jullien, la Comédie à la cour, Firmin Didot · texte numérisé non relu

Adolphe Jullien, la Comédie à la cour, Firmin Didot

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fonctions dans je ne sais quel pays bizarre. Les rôles moindres étaient remplis par le duc de la Trémouille (Epernon), le comte de Miramon (Joyeuse), les comtes de la Girennerie, de Foucaucourt, etc.. Ce fut une difiQculté grave de choisir un régisseur capable d'exercer sérieusement l'autorité sur une compagnie d'artistes de cette qualité, qui ne rappelaient que de fort loin les troupes qu'on voit ordinairement dans le Roman comique. Où le chercher ? Où le prendre ? Enfin on le trouva, et, comme tout le reste, il était à souhait. Ce fut M. le comte de Mornay, l'ancien ministre de la monarchie de Juillet à Stockholm. Il avait pu acquérir, dans sa jeunesse, l'expérience de la comédie et des comédiens. L'âge, qui l'avait mûri et assagi, ne l'avait ni glacé ni rendu morose. Sa dignité était sans morgue et sa facilité sans abandon. Il touchait à la soixantaine ou l'avait dépassée. Je n'ai connu personne qui donnât autant que lui l'idée de l'homme du monde accompli. Il faisait comprendre le mot presque amoureux de la discrète Motteville sur Bassompierre qui ce n'avait plus que des restes ; mais les restes de celui-là valaient toute la jeunesse des autres ». Voilà un homme qui savait comme on s'y prend pour offrir une rose et comme on réprime tout de suite un manquement avec un air de physionomie courtois ! Un air courtois par-ci, qu'il ne fallait pas

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trop souvent provoquer, une rose offerte par-là, et il maintint aux répétitions, dans cotte troupe difficile, une discipline riante et inflexible.

. Quand vint le grand jour, chacun était complètement à son rôle. Tous les écueils furent évités. Il était certainement aussi scabreux à une femme du monde, comédienne par occasion, de jouer trop passionnément les scènes entre Saint-Mégrin et Catherine de Clèves que de les jouer froidement et gauchement. On est si médisant dans les salons comme dans les foyers ! A force d'art et de tact, la princesse de Beauvau trouva l'exacte mesure intermédiaire qui sauvait tout. Il fallait que madame Abeille sortît un peu beaucoup et de son âge et de sa franche nature pour figurer une Médicis de cinquante-cinq ans, machiavélique, artificieuse, experte en toutes sortes de maléfices et de noirceurs. Mais on était lancé à faire tout le nécessaire; et, pour la seule fois de sa vie, madame Abeille parvint à se donner, je ne sais comment, Fair presque dur et méchant. Je me rappelle encore le brio avec lequel fut enlevée la jolie scène de taquinerie entre madame^ de Cossé, le page Arthur et la duchesse de Guise, Soirée charmante et extraordinaire dont on a longtemps parlé I Vous voyez qu'on en parle encore. Hélas I combien ont disparu maintenant, de ceux qui ont accompli cette témérité héroïque d'une représen-

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talion mondaine de Henri III 1 (Combien la cruelle Mort en a fauché! Morte, la spirituelle et originale princesse de Beauvau, après avoir consacré les dernières années de sa vie à instruire les jeunes filles de son village de Lorraine dans Fart de la tapisserie où elle était fée 1 Mort le comte de Mornay ! Morts Magnieu, Grabowski, Maurice Cottier ! Et il semble que c'était hier ! A peine nous sommes nés, à peine nous avons vibré quelques instants sous la douce lumière des cieux, et déjà nos yeux s'éteignent pour toujours I

On ne pouvait pas s'attendre à ce que les rôles épisodiques, à la Gaîté, fussent tenus avec autant de distinction qu'ils l'avaient été à Thôtel Sellière en 1862 • La Gaîté, évidemment, ne pouvait nous offrir une Catherine de Médicis, une madame de Cossé et une Marie, comme celles de la troupe du manège Sellière. Môme M. Romain, qui fait Saint- Méjgrin et qui a pourtant la physionomie avantageuse, soutient mal la comparaison avec le vicomte de Magnieu. Trois rôles seulement sont tenus d'une façon remarquable ; ce sont les rôles de la duchesse de Guise, du roi et du Balafré. Mademoiselle Dica Petit, qui joue la duchesse, rend toutes les nuances de son personnage, la passion chaste, la rêverie voluptueuse, la gentillesse coquette, les alternatives de faiblesse et de courage. Cependant, au quatrième

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acte, elle n'exprime pas avec assez de relief les tortures physiques, dont latrocité la contraint d'écrire à Saint-Mégrin son meurtrier billet d'amour ; et ce défaut de puissance, en cet endroit, rend un peu froide une scène, qui, mimée plus énergiquement et avec plus de sanglots, ne serait pas d'un moindre effet aujourd'hui qu'au temps où Henri III était dans sa nouveauté. Un jeune comédien, M. Duflos, dont le rôle de Henri III est le vrai début devant lepubUc parisien, y a montré qu'il possède tous les dons naturels de l'acteur, l'aisance du port, la souplesse des mouvements, une voix jeune, fraîche, mordante. Son geste est sobre et son débit chaleureux. Il a composé le personnage du roi avec assez de vérité. Il lui a gardé l'attitude royale, l'air de race, la mine spirituelle des Valois, que le vainqueur de Jarnae et de Montcontour savait toujours reprendre, à son gré, parmi ses jeux puérils ou infâmes, ses corruptions, ses cruautés et ses religions de César syrien. Ce que M. Duflos a moins réussi à nous faire voir et que Dumas a cependant exprimé spfïisamment dans sa pièce, c'est toute cette dégénérescence et toute cette dépravation de commande, tout cet assemblage de superstitions sans pitié, de chapelets à tête de mort et de pénitences sans contrition, d'orgies sans fougue sensuelle sincère, de caresses sans amitié, de concupiscences sans désirs qui compo-

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saient le caractère de celui que Paul de Saint Victor, dans un magnifique chapitre de psychologie historique, a si justement surnommé THéliogabale français ^. Le ton concentré et le geste sourd qu'affecte depuis plusieurs années M. Dumaine Tout bien servi pour rendre les parties violentes et sauvages du rôle du duc de Guise. Mais, si Ton reconnsdt dans le duc de Guise de M. Dumaine Tambitieux sans principe, le papiste étroit et viudicatif, qui voulut présider lui-môme au meurtre de Coligny, on n'y retrouve pas autant Thomme né pour commander, le prétendu descendant de Charlemagne qui était de si bonne mine « qu'auprès de lui les autres princes paraissaient peuple et que les huguenots étaient de la Ligue, quand ils se trouvaient en sa présence ». Il est vrai que M. Dumaine alléguera à sa décharge qu'Alexandre Dumas a oublié de mettre ce Guise-là dans le rôle.

C'est le H février 1829 qu'eut lieu à la Ck)médie- Française la première représentation de Henri III et sa Cowr, drame en cinq actes et en prose. On croit communément qu'Henri III est la première œuvre d'Alexandre Dumas. On se trompe. Alexandre Dumas avait déjà produit deux vaudevilles , en

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