HENRI
La représentation de Fhôtel Selliôre en 1862. — "Dumas en 1829. — Ses antécédents, les antécédents de son drame. — La vraie Catherine de Clèves et la fictive qui a des sensations de Sand et de Lamartine. — Mérimée et la chronique de Charles IX. — Vitet. — Granier de Cassagnac et Dumas,
Puisque je touche à Tâge de la vieillesse conteuse, qu'on me permette d'abord de recueillir mes souvenirs et de conter, fût-ce un peu longuement, le plaisir que j'ai éprouvé, la dernière fois qu'il m'a été donné de voir Henri 111 et sa Cour, avant la reprise actuelle. Il s'agit d'un curieux événement artistique et mondain, qu'on a rappelé plus d'une fois depuis lors, mais avec des détails incomplets ou inexacts. C'était le 19 mai 1862, au théâtre improvisé du manège de l'hôtel Sellière. 11 y a de cela vingt ans. Les gens qui jouèrent ce soir-là purent représenter, au naturel, la cour d'Henri ni, parce qu'ils composaient eux-mêmes la plus brillante des Cours. Depuis les Grandes Nuits de Sceaux, depuis le sPetits Cabinets de madame de Pompadour,
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depuis le théâtre de Marie-Antoinette à Trianon, dont M. Adolphe JuUien vient de nous conter minutieusement l'histoire dans un livre nourri de savoir et éblouissant de luxe S oncques n'avait-on vu une réunion plus rare de comédiens et de comédiennes. On s'était formé pour deux soirées seulement en troupe de comédie, entre gens du même monde. On voulait d'abord et surtout, venir en aide à une œuvre digne d'intérêt, celle des Amis de VEnfance. On n'était pas fâché non plus de faire valoir ses petits talents et de montrer qu'on devait porter d'un air fringant le pourpoint et les robes esthétiques du temps des Valois. La princesse de Beauvau s'était chargée du personnage de la duchesse de Guise. Madame Abeille, qui était alors dans tout l'éclat de son élégante beauté, représentait Catherine de Médicis. La comtesse de Pourtalès avait accepté le bout de rôle de madame de Cessé : la comtesse de Pourtalès ne faisait en ce temps-là, pour ainsi dire, que de naître au monde et à la vie mondaine. Le marquis Philippe de Mômay faisait Henri III; le comte Grabowski, le duc de Guise ; le vicomte de Magnieu, Saint-Mégrin ; Maurice Cottier, Ruggieri. Le page Arthur s'appelait Raynald de Choiseul, le même Choiseul qui exerce maintenant de hautes