‹ Trois ans à la cour de PerseChapitre 38 sur 60 · GUEBUE ET SON ANE · texte numérisé non relu

GUEBUE ET SON ANE

C'est qu'en effet les étrangers n'ont pas été sans appréhension durant cette journée : chacun s'est barricadé chez soi, prêt à résister en cas d'attaque. Ceux des agents diplomatiques que j'ai occasion de voir regrettent tous de n'avoir pas eu de fusils pour armer leurs serviteurs; tous parlent de la nécessité d'en avoir à l'avenir une réserve dans les légations. Assurément, ce sont là choses surprenantes pour quelqu'un qui est habitué à compter sur la toute-puissance du chah.

j janvier. — La journée du 4 a coûté sept morts & une vingtaine de blessés, ce qui n*a rien d'étonnant lorsqu'on voit les nombreuses traces de balles sur les murs de la rue Naïebes-Saltaneh & surtout, au nord, sur le mur de la rue de TAnderoun. Sa Majesté, dont la bonté du cœur est une des qualités dominantes, a fait distribuer, aux familles des viélimes, des secours qui ont paru les satisfaire. Espérons que semblable scène ne se renouvellera plus.

L'émeute a été tout à fait locale. On a bien dit que Nasr ed-Dovleh, le successeur d'Emir Nizam, avait été tué à Tauris, que des prisonniers avaient été massacrés par la foule dans les prisons de Ka2vin, mais ces bruits n'ont point été confirmés : ils étaient sans fondement.

jo janvier. — Les esprits ne sont pas entièrement calmes. De nouvelles mesures de défense sont prises par le ministre de la guerre. L'attaque du palais a malheureusement donné raison à ses projets de murer bon nombre de portes privées ouvrant dans l'Ark. La mienne n'y échappe pas cette fois. Je ne puis plus, quant à présent, sortir de chez moi autrement que par la cour des écuries de l'abdarkhanè du chah, en faisant ensuite un assez long détour pour atteindre la rue Djebbékhanè. Les plus contrariés de cette mesure sont les braves militaires qui gardaient ma porte depuis mon entrée dans la m^son. Comme il n'y a plus de porte à garder sur la rue, force est bien de les renvoyer à leur caserne, où ils se rendent, sinon contents, du moins avec la résignation de bons musulmans. J'avais plaisir à les voir faire leur cuisine à gauche de l'entrée, près des écuries. Ils vivaient là si paisiblement, qu'ils y auraient, je gage, très volontiers attendu leur congé.

jj janvier. — Nous allons à Dochântèpè, où se trouve le chah depuis ce matin. Il a pris cette résolution à son réveil; peu après il est parti avec les chambellans & les gens de ser-

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vice les premiers arrivés. Pendant que mes domestiques se préparent, Etemad es-Saltaneh m'oflfre une place dans sa voiture & nous nous y rendons ensemble. Chemin faisant, nous rencontrons, place de Nagarestan, Mouchir ed-Dovleh qui vient d'expédier à Kerbéla le corps de son frère. Il nous dit que des placards ont été affichés dans les rues, demandant la destitution du premier ministre & accusant son frère, Emin el-Moulk, de s'enrichir au détriment des fonftionnaires, lesquels se plaignent de ne plus recevoir leurs appointements 5 qu'à Mechhed, les mollahs prêchent que non seulement il est impie de fumer, mais qu'il faut aussi renoncer à la culture du tabac. Yahia Khan a bien mauvaise mine : «Je me sens très fatigué, me dit-il, j'ai grand besoin de repos.»

2) janvier. — L'influenza, qui en quelques jours s'est répandue dans tous les quartiers de Téhéran , fait de nombreuses viftimes. Mouchir ed-Dovleh est mort un des premiers, il y a trois jours; aujourd'hui deux femmes de l'andcroun royal ont succombé à cette affeélion.

Dans ces conditions, le retour en ville de Sa Majesté ne serait guère prudent. On en parlait, quand ces nouvelles sont venues le remettre à une date indéterminée. S'il est vrai que toujours «à quelque chose malheur est bon», l'épidémie détournera peut-être les esprits des préoccupations adtuelles, fera oublier les derniers événements & amènera l'apaisement, tant désiré des gens sensés.

24janvifr. — Le corps de Yahia Khan est envoyé à Mechhed, du coté opposé à celui de son frère, qui est en route pour Kerbéla. Aucune considération, pas même celle d'une mort par suite de maladie contagieuse, ne peut empêcher ces transports de cadavres vers les lieux de sépulture réputés saints.

La mort de Mouchir ed-Dovlch, qui était titulaire de deux ministères, justice & commerce, met bien des ambitions en

mouvement. Plusieurs postulants sont déjà venus tâter le terrain. Jusqu'à mon ami Etemad es-Saltaneh qui, jamais content de son sort, a envoyé sa femme, l'intrigante Achref el-Saltaneh, chez la favorite, Aniseh ed-Dovleh, afin de la prier d'intervenir près de Sa Majesté pour l'obtention du ministère de la justice. Le chah se serait débarrassé de ces assaillants, jusqu'à ce jour, en répondant à tous qu'il fallait donner au défunt ministre le temps de refi*oidir, ce qui leur fait craindre que son choix ne soit irrévocablement arrêté.

Cet excellent Yahia Khan était un vrai panier percé. Malgré une forte dotation du chah, dont il avait épousé la sœur, malgré ce que lui rapportaient ses deux ministères, malgré la part qui lui était généralement faite dans les concessions, il laisse des dettes, ik de fortes dettes. Mais c'était un homme charmant, hospitalier & serviable, dont plus d'un pourra regretter la générosité. Le roi aimait son beau-frère, bien qu'il ne le prît pas toujours au sérieux.

2 j janvier. — Avant son départ, Sa Majesté a constitué une sorte de conseil de gouvernement, qui semble fon£Honncr assez régulièrement. Les ennemis du premier ministre s'en félicitent, pensant que son autorité s'en trouvera atteinte & qu'il ne pourra faire tout de lui-même comme par le passé. E)éjà, c'est ce conseil, dit-on, qui a préparé & envoyé au chah la liste des candidats aux deux ministères de la justice & du commerce. Il se compose de cinq membres : Emin es-Sultan, premier ministre & ministre de l'intérieur 5 Naïeb es-Saltaneh, ministre de la guerre 5 Emin ed-Dovleh, ministre des postes; Mokhber ed-Dovleh, ministre de l'instruftion publique; Mouïn el-Moulk, ex-ambassadeur à Constantinople. Ce dernier serait le plus sérieux candidat à l'héritage du Mouchir, en même temps que le chef des Kadjars, A2d el-Moulk, qui vient de marier richement son fils à la fille de Sahad Divan, gros personnage, gouverneur adluel de Mechhed.

LA CONCESSION DES TABACS

26 janvier. — Le cricur public a enfin annonce la levée de Tinterdiftion de Rimer. Grande joie dans toute la ville ! Cette fois c'en est fait de la Compagnie des tabacs 5 on peut dire qu'elle a vécu. Reste à liquider la situation qu'elle a créée, ce qui peut demander du temps, sans amener toutefois, si chacun y met un peu du sien, les maux que son existence a causés à la Perse, maux que sa durée n'aurait fait qu'aggraver.

LES HHANS IL\DJAltS ET LEUR CHEF.

Lx bruit court que Zel es-Sultan a fait mettre à mort son intendant, Mouchir el-Moulk, possesseur d'une grande fortune qu'il convoitait.

28 janvier. — Les allées ik venues continuelles entre Téhéran & Dochântcpè devaient avoir l'inévitable conséquence de nous apporter l'influenza. Ce matin, le chah se réveille grippé, après une nuit d'insomnie & de fièvre.

L'ambassadeur de Turquie, appelé par son gouvernement, est parti aujourd'hui. En même temps que lui se sont mis en

route une quarantaine d'employés de la Compagnie des tabacs; la plupart n'oublieront sans doute pas de longtemps les transes par lesquelles ils ont passé depuis qu'ils sont en Perse, surtout ceux qui étaient ici le jour de l'émeute 5 largement indemnises, ils partent contents & vont chercher fortune ailleurs, à la satisfadtion au moins aussi grande des Persans.

p janvier. — Mouïn el-Moulk — de qui, dit-on, vient la Géorgienne amenée de Constantinople au chah pendant son dernier tour d'Europe — est l'heureux du jour. Il est nomme ministre de la justice & du commerce, tout en recevant, comble d'honneur, le titre de Mouchir ed-Dovleh.

Le fils d'Emin ed-Dovleh, jeune homme d'une quinzaine d'années, fiancé à la fille du nouveau ministre, hérite du nom de Mouïn el-Moulk, abandonné par soo fiitur beau-père.

Ces titres portés en guise de noms font qu'au bout d'un certain temps on ne s'y reconnaît plus au milieu de ce monde persan. Le même individu en change plus d'une fois dans sa carrière, & le titre qu'il quitte passe tôt ou tard à un autre, qu'il soit des siens ou qu'il lui soit étranger. Il en résulte une confiision telle, que, s'il n'est pas pris bonne note de toutes ces mutations, vous ne savez bientôt plus de qui on parle quand vous entendez prononcer ces noms, déjà d'une si grande ressemblance entre eux.

2 février, — Nous sommes à Téhéran depuis hier, la maladie du chah, qui est à peu près rétabli, nous y ayant ramenés diredlement, sans chasse à Djadjroud, selon l'usage. La ville est plus calme qu'à notre départ : elle a repris son aspedt ordinaire, & les J^lianfrou^ circulent de nouveau dans les rues, louant des kalians tout prêts à être fumés.

Mais les diverses concessions accordées à des étrangers ne continuent pas moins à être battues en brèche. On dit même fort compromises les situations de certains Européens : celle.

LA CONCESSION DES TABACS

par exemple, du direâeur des douanes, un Arménien venu de Constantinoplc, & celle du chef de la police, qui est d'origine, autrichienne.

FKMMR GlEBRE KT SON KNFANT.

ffctricr. — Le roi n'est dcadcmcnt pas satisfait du rolc de la police lors des troubles, qu'elle n'a su ni prévoir ni empêcher. Le chef est changé, ik le sous-chef, Aboutrab Khan, Persan intelligent & sympathique, est attaché à la personne de Sa Majesté, en qualité d'aide de camp, la place de sous-chef de la police étant supprimée.

J'apprends de ce dernier que le nouveau préfet de police, le seïd Abdullah, frère de Mirza Issa, sous-gouvemeur de Téhéran, afferme cette institution i,ooo tomans par mois de Naïeb es-Saltaneh, qui en est concessionnaire. «Et c'est peu!» ajoute Aboutrab Khan.

6 février. — Le chah est possesseur du sol, dont il dispose à sa guise 5 il est aussi l'héritier naturel de tout Persan qui vient à mourir, pouvant à son gré en garder la fortune ou la laisser, en totalité ou en partie, aux parents du défiint. En dehors de certaines propriétés, il a abandonné au fils de Yahia Khan, Hossein Khan, 8,ooo tomans des appointements du père, décédé le mois dernier,

j février. — J'ai eu entre les mains le fameux diamant Daryaï Nour (océan de lumière). Le chah, qui est convalescent de la grippe & un peu faible, m'a dit en le sortant de sa poche : «Je le porte sur moi pour me donner des forces.» Il est plat & large comme certains bouchons de carafe. C'est une espèce de pyramide reélangulaire tronquée dont la base a environ 4 centimètres de long sur 3 de large; la face opposée, moitié moins^ la hauteur, un peu plus de 2 centimètres. Toutes les faces seraient parfaitement unies si le nom de Feth Ali Chah n*ctait gravé sur un des côtés. Vu par les plats, il est incolore; vu par les tranches, il présente une teinte très légère, rosée ou violacée selon le jeu de la lumière. Sa Majesté m'assure que le Daryaï Nour a été un des joyaux de la couronne de Cyrus.

8 février. — La mère du valiahd, Choukouh Saltaneh, qui ne se relève pas de l'influenza dont elle a été atteinte, m'a fait appeler en consultation. Nous nous trouvons, chez elle, une demi-dou2aine de médecins, tant européens que persans, ik comme l'accord a quelque difficulté à s'établir entre nous sur le traitement, la malade demande qu'il soit fait estckarc

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pour savoir à qui elle doit accorder sa confiance. Le sort désigne les médecins persans 5 je me retire.

Cette épidémie d'influen2a s'est développée par l'hiver le plus doux. Depuis la fin de décembre, où quelques journées fi-oides ont suivi la tombée de l'unique neige de l'hiver, nous n'avons cessé d'avoir le temps le plus beau & la température la

DAHERKHANE.

plus agréable. Seul, durant tout ce temps, l'orage survenu hier soir nous a caché le beau bleu turquoise du ciel. Mais quel orage! La grcle & la pluie sont tombées en telle abondance, que les terrasses de bien des maisons se trouvent endommagées, que même l'une d'elles s'est effondrée en écrasant sous ses décombres deux jeunes gens d'une vingtaine d'années. Ces accidents arrivent chaque année & sont naturellement toujours pi as graves la nuit.

3o6 TROIS ANS A LA COUR DE PERSE.

10 février. — Il n est pas douteux que Taétion de la Russie a ctc pour beaucoup dans les événements qui viennent de se dérouler. Cest rctemelle lutte d*influence entre Russes & Anglais. Cette fois les Russes l'emportent au delà de toute espérance 5 car Emin es-Sultan, comprenant que sa politique jusqu'à ce jour est condamnée, a l'habiletc d'en changer à temps, pour éviter sa chute, & de se rapprocher d'eux. Aujourd'hui même, le premier ministre a fait sa conversion, suite heureuse du retrait de la concession des tabacs, qui ramènera, il fxat l'espcrer, la tranquillité dans le pays.

Emin es-Sultan arrive de la légation de Russie, où il a eu avec M. de Butzof un entretien qui n'a pas dure moins de trcMS heures. Il a donné au ministre de Russie les assurances les plus formelles de son changement d'attitude, ajoutant : «Vous pouvez ne pas croire à mes paroles, mais mes aâes vous prouveront bientôt leur sincérité. »

Les Russes doivent se féliciter de ce résultat, bien préférable à la chute du premier ministre, que le chah, en somme, tient à garder. Aussi, M. de But2of n'a-t-il pas dû être moins sincère qu'Emin es-Sultan, lorsqu'il lui a promis l'appui de la Russie & son aide personnelle dans l'accomplissement de sa tache.

11 n'est pas inutile d'ajouter que la démarche du premier ministre a eu lieu après que le chah eut reçu de ses agents à Pétersbourg & à Constantinople une nouvelle qui n a pas ctc sans le toucher : le tsar aurait promis d'intervenir auprès du sultan pour l'arrangement des affeires de frontière & pour le règlement, beaucoup plus important, de la question de l'exportation du toumbak.

II février. — Sa Majesté a reçu le ministre de Russie. Elle lui a confirmé les paroles de son premier ministre, en lui témoignant toute sa satisfadlion du rapprochement opéré entre les deux gouvernements de Perse & de Russie.

Le roi sort de cette audience la figure souriante. Il est cer-

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tain qu'il a quelque raison de croire termines ses soucis récents, lesquels n'ont pas ctc de minime importance. Sa joie se traduit immédiatement par des projets de voyage : nous irons d'abord chasser à Djadjroud, partie que lui a fait manquer la grippe; ensuite, aussitôt de retour, nous ferons nos préparatifs pour un grand vovage dans l'ouest.

PFHLEV.\NS.

Le feu d'artifice réglementaire est tire en l'honneur d'Ali, dont c'est demain l'anniversaire de naissance. Jamais soleils n'ont dû tourner plus gaiement.

z^fhrier. — Nous venons de passer dix magnifiques journées de chasse à Djadjroud. Pendant ce temps, l'indemnité à payer aux concessionnaires des tabacs a été négociée. Les actionnaires ne demandent qu'à rentrer dans leurs débours; il v a

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donc moyen de s'entendre. Toutefois on ne s*est pas encore arrêté à un chif&e définitif, accepté des deux parties.

20 mars. — La cérémonie du Norouz a eu lieu à six heures du matin. Malgré l'heure matinale, on y est venu feirc étalage de ses décorations, & chacun a reçu un petit sac en soie rouge renfermant 150 chahis sèfids, environ 15 francs.

21 mars. — Le grand salam où Sa Majesté reçoit à pareil jour les représentants des puissances a été des plus brillants, &, ce que je n'avais pas encore vu, il a été suivi d'une séance de tours de force & d'adresse, donnée par des athlètes {pehUvan) , habiles lutteurs de profession.

Le chah resplendit de ses plus belles pierres précieuses : la fine aigrette du kolah scintille au moindre mouvement, tandis que les gros diamants du costume dardent leurs feux.

Dès que le salam est terminé, le roi quitte le palais du Trône, va changer ses habits d'apparat contre de plus simples & se rend ensuite à la chancellerie du gouvemement, au Daftcrkhanè, où nous l'attendons.

L'entrée de ce bâtiment se trouve Meïdan-Chah, sur le côte de la place opposé au Nagharakhanè, à l'angle de droite de la me Naïeb-es-Saltanehj elle peut être comptée parmi les nombreuses entrées des palais de l'Ark. La façade intérieure donne à l'extrémité méridionale d'une longue cour bordée de massifs d'arbres, principalement de très hauts platanes, dont le Takht i Khanè occupe l'extrémité septentrionale. Dans cette cour se promènent encore la plupart des dignitaires ayant assisté au salam 5 les troupes restent alignées de chaque côté du bassin central 5 une foule compaéle entoure, entre le bassin & le Dafterkhanè, une vingtaine de gymnastes & de lutteurs qui n'attendent que l'arrivée du roi pour commencôr leurs exercices. Ces derniers sont nus jusqu'à la ceinture & ont leur pantalon retroussé jusqu'aux genoux.

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Au balakhanè du palais, nous sommes bien placés pour tout voir. Les exercices sur le trapèze & sur la corde raide, de même que les luttes à main plate, ressemblent à ce que Ton voit en tout pays. Au contraire, le maniement de longues & pesantes massues, en bois de chêne, présente quelques particularités & témoigne d*une force peu commune alliée à une adresse spéciale. Des hommes bien musclés, sans cependant être taillés en Hercule, saisissent deux de ces massues, une de chaque main, & les font passer par-dessus leur tête suivant les façons les plus variées avec une aisance remarquable ik sans déplacement du corps. Ils terminent cet exercice, à cloche-pied pendant un temps assez long, en tenant horizontalement les deux massues à bras tendu.

Nasr ed-Din prend plaisir à tous les spcétaclcs. Celui-ci paraît l'amuser autant que les représentations du Takié. Il reste jusqu'au bout; il ne part que quand tout est fini, après avoir jeté dans l'arène plusieurs poignées de petites pièces d'or.

j avril. — L'entente est faite, enfin! sur l'indemnité due à l'ex-Compagnie des tabacs. Après d'interminables pourparlers, il a été signé aujourd'hui, entre le gouvernement persan & la légation anglaise, un a6te par lequel le premier s'engage à payer, dans un délai de quatre mois, la somme de 500,000 livres sterling à la Compagnie qui, en retour, renonce à la concession & abandonne tous ses immeubles & son tabac destiné à l'intérieur du pays; car elle ne peut disposer d'une certaine quantité de toumbak, pour laquelle elle a un contrat passé avec la Turquie, par intermédiaires, jusqu'à ce que ce contrat soit résilié ou qu'un autre arrangement se soit établi entre les différents intéressés.

Notre légation a fait offrir au chah, par Etemad es-Saltaneh, de demander à une banque française l'argent nécessaire pour le pavement immédiat de l'indemnité due à la Compagnie des tabacs. Le gouvernement du chah donnerait, comme garantie,

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