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LE 4 JUILLET EN AMÉRIQUE

Le 4 juillet, jour anniversaire de la déclaration de l'indépendance américaine est célébré aux Etats-Unis par des centaines de millions de pétards de toute espèce qu'on tire partout dans les villes comme dans les campagnes, avec des coups de pistolet, des coups de fusil et des coups de ca-

non à faire trembler le sol. Il faut véritablement avoir passé un 4 juillet aux Etats-Unis pour se faire une idée exacte du vacarme qui signale cette journée mémorable.

Assurément, le motif de celle assourdissante manifestation est des plus louables, et l'on comprend très-bien l'enthousiasme que doit éveiller dans toute la population le souvenir glorieux d'une indépendance qui, en donnant la liberté aux Etats-Unis, lui a donné la force et la richesse, mais il est impossible de se réjouir plus bruyamment.

La manie des pétards est universelle, et tout le monde en tire le 4 juillet, depuis les plus petits enfants, les demoiselles et les femmes, jusqu'aux hommes les plus graves de tous les âges et de toutes les conditions.

Dès la pointe du jour, la population est sur pied, et le tapage commence. On voit des hommes, debout devant la porte de leur maison, en manches de chemise, des caisses de pétards à leur côté, une mèche allumée au bout d'un bâton, en tirer sans désemparer, autrement que pour prendre leur repas, jusqu'à minuit et deux heures du matin. Des bandes de jeunes gens parcourent les rues avec des pistolets, des carabines, des fusils, et tirent partout à tort et à travers.

Quelquefois les armes dont on se sert sont vieilles ou rouillées et crèvent dans les mains de ceux qui en font usage ; mais ces sortes d'accidents sont si fréquents le 4 juillet que personne n'y apporte la moindre attention. J'ai vu des hommes, une main brûlée ou meurtrie par un éclat d'arme, mettre leur bras en écharpe et se servir de la main qui n'avait pas été blessée pour continuer à tirer des

coups de pistolet en chantant l'air du Yankee doodle.

Cet air, très-peu martial et très-mauvais au point de vue de l'art, est une chanson, d'origine anglaise, dont les Américains ont fait leur air patriotique pour mystifier l'armée anglaise qui voulait les mystifier.

Les Anglais avaient composé la chanson du Yankee doodle pendant la guerre de l'indépendance pour se moquer de l'armée citoyenne des Américains, dont ils croyaient pouvoir se rendre maîtres facilement, grâce à la bonne tenue et à la discipline de l'armée britannique qui les combattait. Piqués au vif, les Américains jurèrent de vaincre les Anglais et les chassèrent de leur territoire, devenu indépendant au son même de l'air qui avait été fait contre eux, et qui est devenu, avec le hail Culombia, leur chant national.

Le Yankee doodle^ qui en tout temps a le pouvoir en Amérique d'exciter l'enthousiasme des populations, produit plus d'effet encore le jour du 4 juillet, où il se trouve pour ainsi dire mis* en scène au milieu des détonations d'armes.

Mais le soir de ce même jour, 4 juillet, on renchérit encore sur ce qu'on a fait dans la journée. L'oreille blasée trouve faibles les éclats des pétards, les pistolets qu'on charge jusqu'à la gueule semblent monotones et les carabines même n'ont qu'une voix sourde et enrouée au milieu de ce tapage universel. C'est par caisses entières qu'on fait alors partir les pétards et les bombes. Des détonations formidables se font entendre jusque dans l'intérieur des maisons, où des barriques sont disposées au milieu des chambres pour contenir des pétards chinois qu'on brûle par

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paquets de cinq cents à la fois. Ce ne sont partout que débris de pièces d'artifice à moitié éteints, et les toits des maisons sont jonchés de queues de fusées qui sillonnent l'air en tous sens. On ferme les lucarnes pour empêcher les fusées de pénétrer dans les maisons et d'y mettre le feu. Mais malgré ces précautions, les incendies sont toujours nombreux le 4 juillet, qui est aussi la fête particulière des pompiers. Au bruit général des détonations se joint invariablement le glas lugubre du tocsin qui sonne au feu, et le bruit indescriptible des pompes traînées par leurs nombreux servants.

C'est à la lueur des maisons incendiées dont les étincelles s'étendent sur toute la ville, que la population étourdie, haletante, ivre de bruit, les mains et le visage noircis par la poudre, la gorge enflammée par les hurras répétés, tire ses derniers pétards, brûle ses dernières cartouches et rentre chez soi goûter le repos, rendu si nécessaire après les excitations de la journée.

Les personnes qui se piquent de donner le bon ton, s'absentent de la ville le 4 juillet, et vont à la campagne tirer en petit comité leurs pétards.

Les statisticiens, qui calculent tout, ont calculé, d'après les pétards qui se consomment le 4 juillet et la poudre qui se brûle ce jour-là dans tous les Etats-Unis, que chaque citoyen américain représentait, en moyenne, cinq cent trente-cinq détonations.

Tout le monde pourtant ne fait pas partir des pétards à l'exclusion de tout autre plaisir, et de nombreux amusesements sont offerts au public le jour du 4 juillet.

De magnifiques steamboats peints en blanc et élevés au-

dessus de l'eau comme des maisons sont unis deux à deux par un large plancher, et servent de salle de danse à plus d'un millier de danseurs, tout en les promenant sur la rivière. Dès que les bateaux élégamment pavoises quittent les quais pour se mettre en marche, une musique nombreuse établie sur une estrade élevée au milieu des deux sleamboats exécute des polkas, des valses, des mazurkas et des gigues. La masse des danseurs s'ébranle au son de la musique, et tout le monde part au bruit cadencé des instruments et des roues des machines en mouvement. Rien n'est plus pittoresque, quand on est à terre au bord de la rivière si large de l'Hudson, à New-York, que de voir au loin glisser sur l'eau tranquille ces immenses bateaux de plaisir sur lesquels on aperçoit les danseurs comme de petites marionnettes se mouvant au son vague de l'orchestre perdu dans le lointain.

Ces excursions sont des plus agréables en été, où la chaleur est aussi forte à New- York que le froid y est rigoureux dans les mois de décembre, janvier et février.

Les promenades en steamboat sont un des plaisirs favoris des Américains, et, comme tous les plaisirs publics aux Etats-Unis, accessibles à tous par le bon marché.

Les plaisirs, en France, coûtent fort cher par suite de certaines habitudes aristocratiques que l'orgueil conserve pour empêcher le mélange des classes de la société. En Angleterre, c'est pis encore, et les amusements, on peut le dire, sont le privilège exclusif des gens riches. Mais en Amérique, oii la population n'est point divisée par l'orgueil des castes, où le costume du pauvre est absolument le costume du riche, un peu moins frais ou un peu

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moins élégant de forme, voilà tout, les spéculateurs en toutes choses ne visent et ne doivent viser qu'à satisfaire le plus grand nombre. Plus les prix sont réduits, plus par conséquent ils sont accessibles à tous, et plus grands sont les bénéfices de la spéculation, toujours basée en Amérique, autant par intérêt pur que par libéralisme, sur la participation du plus grand nombre au bien-être et à toutes les jouissances de la vie.

A côté des excursions dont la danse est l'objet principal, il y a dans le courant de l'été, mais plus particulièrement le 4 juillet, des excursions spéciales pour des promenades en mer et pour la pêche à la morue.

La pêche à la morue est certainement la plus amusante de toutes les pêches. On n'a pas idée de la stupidité et de la voracité de ce poisson, qu'on pêche à la ligne, et qui, au fond de l'eau, fait littéralement queue pour attendre son tour d'être pris. Le pêcheur de morue, quand ce poisson est abonda-nt, n'a que le temps juste d'amorcer et de jeter sa ligne à l'eau, entraînée rapidement au fond par un lourd morceau de plomb, pour amener une morue suspendue à l'hameçon.

La morue voisine prend alors dans l'eau la place de celle que l'on vient de pêcher, et semble attendre avec impatience, quoiqu'elle attende avec calme, le retour de la ligne pour se faire pêcher de même. Et ainsi de suite de toutes les morues jusqu'à la dernière, qui a vu successivement disparaître toutes ses compagnes aquatiques sans concevoir pour cela le moindre soupçon.

Quelquefois les pêcheurs de morue s'amusent à lâcher sur l'eau un de ces poissons qu'ils viennent de prendre,

pour se donner le spectacle curieux des efforts que fait la morue pour plonger et gagner le fond de la mer sans que jamais elle puisse y parvenir. Quand elle quitte les basfonds où seulement elle peut vivre, et qu'on la force à remonter à la surface de l'eau, la morue se remplit d'air aussitôt "et surnage malgré elle, comme une vessie soufflée, sans pouvoir descendre au delà de quelques pouces à fleur d'eau. Après avoir vu la morue se débattre ainsi quelque temps en essayant de plonger, il est toujours facile de la rattraper avec la main.

Le 4 juillet, avec le jour anniversaire de la naissance de Washington et le jour d'actions de grâces où l'on remercie Dieu de tous les bienfaits, on ne peut plus réels, ceux-là , qu'il s'est plu à répandre sur les Etat-Unis, sont les trois grandes fêtes patriotiques de l'Union américaine.

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