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LE COMFORTABLE EN AMÉRIQUE

Le comfortable est la science du bien-être matériel.

C'est dans le comfortable du home (du chez soi) que les natures calmes et froidement sensuelles des Anglais et des Américains du nord aiment à se retrancher aux heures du repos, pour y vivre seuls et aussi bien que possible.-

On sent l'imagination se refroidir en soi quand on parcourt certaines rues fashionables et profondément silencieuses de New- York, de Boston , de Philadelphie et de toutes les grandes villes de l'Union, tant la tranquillité est

personnifiée dans ces maisons de briques et de pierres grises, herméliquernent fermées comme de larges el somptueux tombeaux de familles vivantes. Rien ne manque pour éveiller dans l'âme de l'étranger ces funèbres illusions. Les maisons américaines, creusées de chaque côté par les hasements, sont entourées de grilles de fer ; elles sont flanquées d'étroits jardins extérieurs, et sur la porte d'entrée toujours fermée, et par laquelle on arrive au moyen d'un escalier de pierre, on lit comme uneépitapbe le nom de l'habitant de la maison, écrit en lettres noires sur une plaque de métal blanc.

L'intérieur de ces maisons est beaucoup moins triste, quoiqu'il y règne partout une symétrie de froide étiquette. On y trouve un luxe et un comfort véritables qui ne laissent rien à désirer, et dont nous autres Français, avec nos grandes maisons à six et sept étages et nos petits appartements, nous n'avons aucune idée. On peut dire que les Parisiens n'ont en général que des logements pour s'y camper à l'abri des intempéries, tandis que les Anglais et surtout les Américains demeurent réellement chez eux. Mais il y a tant d'autres compensations à Paris !

Si on excepte les maisons dites d'Irlandais , qui se louent aux pauvres par chambres et par petits appartements, il n'y a que deux manières de vivre dans tous les Etats-Unis : chez soi, dans la maison qu'on occupe seul avec sa famille, ou à l'hôtel, ou en boarding-housCf sorte de pension bourgeoise, dont quelques-unes déploient un grand luxe de mobilier. L'ameublement d'une maison américaine respectable représente presque seul une fortune. Des tapis recouvrent toutes les chambres, depuis le

salon jusqu'aux comparlimenls les plus modestes du grenier [attic) et même jusqu'à la cuisine.

Les Américains ont une sorte de culte pour les lapis ; ils se passeraient des choses les plus utiles, plutôt que de n'avoir pas de tapis à mettre dans le parlor. Les nègres eux-mêmes ont des tapis au milieu des bouges infectes qu'ils habitent dans Woster street, dans Church street, dans Laurens street et dans Christy street à New-York.

L'été on enlève les tapis de laine, trop chauds pour la saison, et on y substitue des nattes chinoises, à carreaux jaunes et rouges, très-jolies et très-fraîches. Dans toutes les maisons les escaliers de tous les étages sont garnis de très-beaux tapis de Bruxelles, assujettis par de larges baguettes de métal blanc.

Les maisons delà cinquième avenue, à New-York (une rue magnifique), et du haut de la ville jusqu'à la quarantième rue (car on compte les rues par numéros à partir d'un certain endroit), sont toutes bâties sur le même modèle à l'extérieur comme à l'intérieur. Elles ont toutes au rez-dechaussée un splendide salon qui tient toute la longueur du bâtiment. Ce salon se divise par moitié au moyen d'une porte à coulisse en bois d'acajou qui s'ouvre et se ferme à volonté en disparaissant complètement dans le mur. Cette disposition est excellente et permet de mesurer la grandeur du salon au nombre des convives, ou, si l'on veut, de former deux salons parfaitement indépendants l'un de l'autre. Les meubles et les rideaux qui garnissent les salons des maisons américaines sont d'ordinaire fort beaux. Ils sont, pour la plupart, importés de Paris ou fabriqués à New- York par des ébénistes et des tapissiers français.

Il n'est assurément pas de maisons mieux tenues que les maisons américaines. La plus grande propreté règne partout, et le luxe et le comfort se retrouvent jusque dans les chambres de domestiques. L'orgueil, — quand ce n'est pas l'intérêt de certains marchands qui veulent donner le change sur une fortune douteuse et augmenter leur crodit par l'étalage d'un luxe trompeur, — a fait des maisons américaines, dans ces dernières années, de véritables palais royaux.

C'est dans le basement, sorte de cave peu profonde et rendue habitable, que la cuisine est d'ordinaire installée, " non loin de la salle à manger. Mais, dans les maisons où la salle à manger se trouve au premier étage, les plats arrivent de la cuisine par l'intérieur du mur et au moyen d'une boîte attachée par une corde roulant sur des poulies, comme on transporte les livres à la bibliothèque de la rue Richelieu. Par ce moyen, l'odeur de la cuisine ne se répand pas dans la maison, et le service se fait plus promptement. Toutes les maisons de toutes les grandes villes aux Étals- Unis, ont une salle de bains parfaitement organisée, avec des douches combinées d'eau froide et d'eau chaude. Les Américains ont pour habitude de prendre un bain de quelques minutes tous les matins avant le déjeuner.

L'eau froide et l'eau chaude sont à discrétion, non-seulement dans la salle de bains, mais aussi dans toutes les chambres à coucher garnies dans le cabinet d'une toilette en marbre blanc adhérente au mur, et sur laquelle sont enchâssées de riches cuvettes d'où l'eau s'écoule à volonté par des tuyaux invisiblesjusque dans la rue. Des conduits font monter l'eau chaude de la cuisine dans toute la mai-

son. Quant à l'eau froide, elle arrive à New- York dans chaque maison par des tuyaux souterrains qui serpentent dans la ville en tous sens depuis les grands réservoirs situés à la 42* rue, alimentés par un grand et très-bel aqueduc. Cet aqueduc, admiré de tous les ingénieurs, est porté par de magnifiques arcades, et fournit l'eau excellente et très-digestive du Crotone.

L'emploi du gaz pour l'éclairage des maisons est universel en Amérique. Toutes les chambres sont munies d'élégants becs à gaz, qui donnent une clarté commode, prompte et à très-bon marché. Les lampes à l'huile sont pour ainsi dire inconnues aux Etals-Unis, et on ne se sert guère que de lampes alimentées par une espèce de gaz portatif, qu'on appelle fluide, dans les rares maisons qui sont privées de gaz. Des calorifères, dont les fourneaux sont bâtis dans les caves, répandent dans toute la maison une chaleur fort agréable. Ces fourneaux sont chauffés au charbon de terre, qu'on introduit dans les caves" par un trou donnant sur le trottoir dé la rue, et qu'on bouche au moyen d'une plaque de fer.

Il n'est pas de maisons à New- York, comme dans toutes les autres villes de l'Union, qui n'aient un long jardin avec un carré de gazon, où l'on fait sécher le linge que chacun fait blanchir chez soi. Les seules choses qui manquent au comfortable des maisons américaines, ce sont des écuries et une remise. Les personnes qui ont équipage sont obligées de les remiser dans des maisons spéciales qui en prennent soin.

Mais à côté de ces maisons si somptueuses, si vraiment comfortables, les négociants ont leur office où ils passent

!es trois quarts de leur vie et qui forme avec leur maison particulière le contraste le plus étonnant.

Il y a deux hommes bien tranchés chez l'Américain : l'homme d'affaires* (/Ae business man]^ que tout le monde peut voir à toute heure, sans se faire annoncer, sans être connu de lui, sans cérémonie aucune, et le chapeau sur la tête, depuis huit heures du matin jusqu'à six heures du soir, et l'homme particulier, l'homme privé, comme on dit en anglais, qui , dans son luxueux intérieur, n'est abordable que pour un petit nombre de connaissances intimes.

Nous avons dit sommairement ce qu'était la maison particulière; jetons maintenant un coup d'œil sur Vofjice.

L'office du business man est en général quelque chose de repoussant. Il faut que le bonheur du trafic soit bien puissant chez certains hommes pour qu'ils se condamnent ainsi volontairement à la plus insupportable des prisons. L'office du véritable broker américain est une chambre sombre et misérable, mal garnie d'un bureau incommode pour éviter tout soupçon de luxe, de quelques chaises de paille raccommodées que l'on casse souvent, je crois, pour les pouvoir raccommoder ; d'une vilaine petite fontaine et d'une méchante cuvette pour se laveries mains; enfin, de plusieurs fauteuils de cuir vert portant l'empreinte profonde du zèle et de l'assiduité au travail du patron et des commis aux écritures.

L'homme d'affaires, dont les qualités sont trop souvent l'opposé de la générosité, de la poésie, de l'amour du beau dans les arts, se refuse par système, à son office, toute espèce de comfortable. Il croit prouver en cela le sérieux de son caractère, qu'il prouve à peu près comme les gens qui

se laissent pousser de grandes moustaches prouvent leur force et leur courage. De plus, l'homme d'affaires affecte le dédain de tout luxe à son usage personnel pour flatter et plaire aux petits marchands qui viennent traiter avec lui. Il est inconcevable, mais il est très-vrai que les trafiquants aiment, chez les hommes d'affaires qu'ils savent riches, l'apparence de la misère et le dédain affecté du luxe. Ces contrastes frappent l'imagination sordide des uns et des autres, inspirent la cupidité et provoquent les rapprochements.

Un homme d'affaires qui serait bien installé dans un office bien propre, bien aéré, bien meublé, dont le langage serait poli et avenant, les manières courtoises, contenterait certainement beaucoup moins ses clients et ferait beaucoup moins d'affaires qu'un cuistre ratatiné sur son vieux fauteuil de cuir, qui reçoit ses clients d'un ton bref et indifférent. Le ton de ce cuistre, ses manières, son langage, les meubles misérables de son office, quand on sait qu'il possède une maison somptueuse où vit sa famille, plaisent beaucoup plus au chaland, qui trouve cette manière d'être la seule convenable à un véritable homme d'affaires.

Des négociants sont convenus avec moi de cette vérité, et des joueurs de profession, comme il y en a tant en Amérique, m'ont avoué que l'or le plus précieux à leurs yeux était l'or qu'une main sale puisait dans une bourse cachée dans la doublure de quelque vieil habit graisseux. La cupidité a des voluptés acres qui s'observent plus aisément qu'elles ne s'expliquent.

Les maisons si singulièrementbâties, dont les chambres

se louent pour en faire des offices, ne servent qu'à cet usage, et personne n'y couche. Le dimanche, dans le quartier des affaires, il règne un silence de mort, qu'interrompent seuls de loin en loin les pas lents de quelque policeman de ronde. Les hommes d'affaires sommeillent dans les salons somptueux de leur maison particulière, mais ils ne dorment pas; ils combinent les ruses savantes, entre deux versets de la Bible, qu'ils mettront en jeu le lendemain pour aider la chance des affaires, qui a toujours besoin d'être aidée.

Les chemins de fer américains sont loin d'offrir sur quelques points le comforlable de nos chemins de fer français ; mais ils sont préférables sur quelques autres. Sans parler des constructions mêmes des chemins de fer aux Etals-Unis, constructions qu'on croirait provisoires, tant elles offrent peu de garantie de solidité, et sont faites négligemment, les vagons sont laids de forme, et on n'y est pas, à beaucoup près, aussi commodément assis que dans les bons compartiments de nos lignes ferrées.

Les vagons américains sont très-longs et peuvent contenir une centaine de stalles en bois nullement rembourrées. Mais au milieu des stalles mobiles de manière à faire vis-à-vis à la personne placée derrière soi, si l'on veut converser avec elle, un passage est laissé libre pour les promeneurs fatigués de se tenir assis. Les vagons, en outre, sont rattachés étroitement ensemble, de manière qu'on peut, sans aucun danger, parcourir toute la longueur du convoi et s'arrêter où l'on veut. J'avoue que cela est fort agréable, surtout pour les voyages de longue durée, comme ils sont presque tous aux Etals-Unis, où les villes se irou-

vent à de grandes dislances les unes des autres. Dans l'hiver, des poêles chauffent les vagons.

I] n'y a pas sur les chemins de fer américains, comme en France et comme, en Angleterre, différentes catégories de places, et le riche ne s'étale pas sur des coussins moelleux, garnis de belles étoffes, à côté du pauvre assis sur des banquettes de bois. Ces distinctions n'existent pas làbas, et ce n'est certes pas nous qui nous en plaindrons. L'ouvrier voyageur, aussi bien que le plus malheureux émigrant, partage avec le banquier le plus opulent tous les ennuis comme tous les avantages du voyage. L'égalité existe du moins en chemin de fer; c'est toujours quelque chose. Ajoutons, comme nous l'avons déjà dit, que les voyages se font à bon marché sur les voies ferrées de l'Union comme sur les steamboats.

N.OUS avons fait connaître dans un chapitre précédent une partie du comfort des bateaux à vapeur américains, où l'on trouve des salons de lecture, des salles de concert, des restaurants, des bar-rooms, et sur quelques-uns, comme dans les grands hôtels, une chambre meublée avec le plus grand luxe, tendue de rideaux de soie, de velours et de dentelles, et qu'on désigne sous le nom de chambre de la mariée. C'est dans cette chambre que les jeunes mariés vont, quand ils le désirent, enfermer leur vaniteux amour.

Les Américains sont en général fort loin d'éprouver comme nous les délicatesses de la modestie et de la décence. Les femmes, les jeunes filles même les mieux élevées n'ont pour la plupart qu'une pudeur naturelle fort douteuse, et ce qu'elles affectent de décence n'est le plus souvent que

conventionnel. Je pourrai, citer mille preuves à l'appui de cette opinion, mais je me borne à signaler comme trèsconcluant l'usage général de la chambre de la mariée. Ainsi une jeune Amériiîaine, au sortir de chez ses parents et à peine mariée, n'éprouve aucun scrupule ni aucune gêne à mettre son innocence en spectacle devant une foule curieuse et complètement étrangère, qui épie tous ses mouvements et la suit de l'œil en souriant jusque dans la chambre de l'hyménée. Est-il une jeune femme en France qui voudrait et qui oserait afficher, sans une nécessité urgente, sa position de nouvelle mariée, et voudrait publier le programme de ses sentiments les plus tendres et les plus intimes? Assurément non.

Au comfortable déjà si grand des steamboats américains, les journaux nous apprennent que Visaac- Newton ^ un des bateaux de la rivière de l'Hudson, vient de supprimer l'usage de l'éclairage à l'huile pour adopter l'éclairage au gaz, qu'on avait considéré jusqu'ici comme dangereux pour la navigation. Cent quarante becs de gaz distribués dans le bâtiment jettent dans toutes ses parties leurs vives et inaltérables clartés. Des lustres immenses complètent l'ornementation des salons et éclairent en même temps les cabinets adjacents. Le gazomètre, placé sur le pont et dans des conditions de sécurité parfaite, peut contenir jusqu'à cinq cents pieds cubes. Enfin, il paraît qu'entre autres avantages, le nouveau mode d'éclairage offre sur l'ancien une grande économie. Celte dernière considération surtout pourra déterminer les autres steamboats à imiter Vlsaac- Newton.

Rien de plus singulier et aussi de moins comfortable

que les omnibus à i\ew-York. Ce sont des voilures de forme anglaise ne pouvant guère renfermer plus de douze personnes assises, mais susceptibles d'en recevoir un plus grand nombre les jours de pluie, et quand les ladies, surprises par le mauvais temps, s'installent, comme nous l'avons dit, sans façon, sur les genoux des messieurs. Les omnibus n'ont pas de conducteur debout sur le marchepied, comme cela existe en France, et c'est le cocher qui, du haut de son siège, fait le double office de conducteur et de cocher. Un trou pratiqué dans le haut de l'omnibus permet aux voyageurs de se mettre en contact avec le cocher, et c'est par ce trou qu'en se tenant debout on paye sa place. Quand on veut faire arrêter la voiture, on tire une Icnière de cuir qui passe par ce même trou, pour se rattacher à l'un des pieds du cocher. Celui-ci, se sentant tirer la jambe, arrête la voiture.

Pour parler au cocher, la position n'est pas des plus agréables : on est forcé de pencher la tête en tournant son visage jusqu'à l'entrée du trou où de l'autre côté le cocher a collé son oreille. Un semblable système serait impossible partout ailleurs, en Europe, où il paraîtrait trèsincommode et surtout ridicule; mais encore une fois le ridicule n'existe pas en Amérique, où il est tué par l'esprit de liberté, assurément fort louable. L'Américain, essentiellement spéculateur, ne voit dans cette détestable organisation d'omnibus que l'économie d'un conducteur, et il applaudit à cette économie sans songer à se plaindre.

Le prix d'une course en omnibus est, comme à Paris, de trente centimes. Mais s'il advient que vous n'ayez pas sur vous les trente centimes ou que vous n'en ayez qu'une

partie, le cocher accepte ce que vous pouvez lui donner et vous laisse descendre sans difficulté. Il est d'ailleurs le maître absolu de sa voiture, qu'il loue à forfait. Souvent même, pour ne pas se donner la peine de changer, ou dans la crainte de recevoir un faux billet de banque (on sait que les billets de banque sont à peu près la seule monnnaie courante en Amérique, l'or et l'argent étant fort rares dans la circulation), il préfère vous laisser partir sans payer.

A l'intérieur des omnibus, comme à l'extérieur, ce ne sont que portraits de femme en grande toilette de bal, mêlés à des portraits d'artistes en vogue. M*"^ Sontag, Alboni, Grisi, Mario, et quelques autres chanteurs célèbres décorent les omnibus de New-York, véritables musées artistiques., Jenny Lind y figurait partout ; mais depuis le mariage si imprévu de cette grande cantatrice, les cochers d'omnibus, désillusionnés comme le reste de la population, ont fait disparaître des portières de leur voiture la gracieuse image de l'ange déchu.

Il n'est pas d'endroit où l'on consomme plus de glace qu'aux États-Unis. Les Américains, grands buveurs d'eau, ne boivent que de l'eau à la glace, été comme hiver. Tous les, matins, des charrettes chargées de glace déposent devant la porte de chaque maison, dans le basementy la provision de la journée. Tous le monde fait usage de glace, jusqu'aux gens les plus pauvres. C'est un comfort que les nègres eux-mêmes se donnent. La glace coûte deux centimes la livre environ. Quand les Américains ne boivent pas de l'eau glacée, ils mangent des crèmes glacées. A toute heure du jour, et dès le matin, on voit des dames

en grande toilette attablées dans les ice cream saloonsy où elles dévorent des glaces plutôt qu'elles ne les mangent. Avant comme après dîner, le jour comme la nuit, les Américaines prennent des crèmes glacées. Une crème glacée d'un schelling américain (soixante centimes) équivaut à deux glaces comme celles qu'on a coutume de prendre dans les cafés de Paris, et qui coûtent un franc chacune.

Les dames et aussi beaucoup de messieurs ont l'habitude, entre le déjeuner et le dîner, d'entrer dans un ice cream saloon pour y manger une soupe aux huîtres arrosée d'un grand verre d'eau à la glace. Les huîtres occupent la première place dans les soupers américains. On les sert accommodées de différentes manières ou crues. Beaucoup d'Américains font leur lunch avec des huîtres qu'ils assaisonnent de poivre et de sel, et qu'ils mangent avec des crakers, sorte de petits biscuits excellents. Souvent on sert les huîtres dans une assiette et sans leur coquille. L'aspect de ces huîtres, très-grandes et très-grasses, a quelque chose de repoussant quand on n'y est pas habitué.

Rien n'est plus curieux que les restaurants à l'usage des négociants dans le bas de la ville, à New-York. De longs comptoirs, très-élevés, servent de table à manger aux business meny qui s'asseoient, comme de grands enfants sur des chaises très-hautes. Des fourneaux sont allumés à côté de ces comptoirs-tables, et en moins de cinq minutes le cuisinier cuit une soupe aux huîtres qu'on ne sert jamais sans une petite assiette garnie de cresson ou de choux coupés qu'on prépare en salade. L'homme d'affaires, qui n'a jamais de temps à perdre, avale en deux tours de mâchoire la soupe très-abondante, le cresson ou les choux

avec des biscuits à discrétion, et tout cela ne lui coûte que 60 centimes.

On peut même, si on le (Jésire, faire son lunch à meilleur compte, en allant à certaines heures dans les hôtels où l'on sert \efree lunch (libre lunch ou lunch gratis). Des viandes froides très-appétissantes sont offertes dans des plats d'argent, et chacun a le droit de prendre part à ce repas, à la seule condition de consommer, en le payant, un verre d'une boisson quelconque d'un prix fort modéré. Ainsi, pour trente centimes par exemple, que coûte un verre de bière, on peut faire un excellent repas, comfortablement servi et en bonne compagnie.

L'eau-de-vie coûte cher aux Etats-Unis, mais quand on entre dans un bar-room et qu'on demande de l'eau-devie, le garçon vous en apporte une bouteille entière avec un grand verre ; vous vous servez vous-même à votre guise sans jamais payer plus cher ni meilleur marché que le prix fixé d'avance d'après la moyenne d'une consommation ordinaire. En outre, dans les bar-rooms, il y a toujours à la disposition des buveurs, et gratis, du fromage, des biscuits et du tabac à fumer. Mais tel est le salutaire effet de la liberté, qu'en laissant aux hommes toute leur dignité, elle leur inspire des sentiments de délicatesse et de discrétion. Personne, en Amérique, pas même les ivrognes, n'abusent de la liberté qui leur est offerte de se servir outre mesure des vins et des liqueurs misa leur disposition; ils savent à peu près ce qu'il convient d'en prendre pour le prix fixé et n'en prennent pas davantage. Il en est de même du fromage, des biscuits et du tabac, dont personne ne fait abus.

Le comfortable américain s'étend jusque dans les temples et dans les églises disposés en stalles, avec une galerie qui fait tout le tour de l'édifice. Des tapis sont tendus par terre et des calorifères entretiennent en hiver une douce chaleur.

Les barbiers ont fait des progrès dans la science du comfortable depuis Figaro, qui se rendait d'un pied leste chez Bartholo, une savonnette sous le bras, des rasoirs et une lancette dans sa poche.

Les barbiers de nos jours, mais surtout les barbiers américains, que je place bien au-dessus de tous les autres, ont des établissements magnifiques et véritablement curieux. C'est presque un plaisir que de se faire rasera New- York, tant les barbiers sont excellents et tant leurs boutiques, sont comfortables, somptueuses et vastes. Le fauteuil sur lequel on s'assied vaut seul l'argent, comme on dit vulgairement. Tout le corps y est délicieusement calé, depuis les pieds jusqu'à la tête que le barbier, pour la mettre à sa main, monte ou descend à volonté au moyen d'un simple ressort. C'est avec de larges pinceaux à barbe trois ou quatre fois plus volumineux que ceux dont on fait usage en France que les barbiers américains vous barbouillent le visage. Après les premiers coups de rasoir, le barbier vous barbouille de nouveau et vous rase de trèsprès, très-légèrement et très-vite. Ce n'est pas des barbiers américains qu'on pourrait dire :

Lambin, mon barbier et le vôtre, Rase avec tant de gravité Que, tandis qu'il rase un côté, La barbe repousse de l'autre.

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Mais quand la barbe est faite, l'opération n'est pas terminée, tant s'en faut. Le barbier vous demande si vous désirez avoir la tête savonnée. Si vous dites oui, en un instant votre tête est enduite de savon, et les mains actives et intelligentes de l'artiste passent et repassent dans vos cheveux et sur le cuir chevelu, de manière à vous rendre la peau plus blanche que la blanche hermine, comme dit la romance, et les cheveux irréprochables de pureté. D'abondantesablutionsd'eaufroideetd'eau chaude enlèvent jusqu'au dernier vestige de savon, de larges serviettes vous sèchent ensuite la tête, que le fer, le peigne, la;brosse et la pommade achèvent d'embellir. Mais si vous ne voulez pas avoir la tête savonnée, le barbier se contente de vous asperger les cheveux d'une eau odoriférante qui rafraîchit agréablement la tête et maintient parfaitement les cheveux dans la position qu'on veut leur donner.

Ce serait, j'en suis sûr, une excellente spéculation que de monter dans un des beaux quartiers de Paris un établissement de barbier entièrement à l'américaine et desservi par des Américains. Les Français , que certains étrangers se plaisent à qualifier de coiffeurs, pour les molester, sont très-certainement surpassés par les Américains dans l'art fameux de Figaro, pour la barbe du moins.

Si jamais un barbier américain lit ces lignes et qu'il se décide à venir à Paris tenter la fortune, il pourra me compter au nombre de ses pratiques les plus assidues, et je le prie dès à présent de recevoir l'expression de mon admiration reconnaissante.

Les architecles américains ont la manie des constructions grecques pour les maisons de campagne. Ces maisons, en bois pour la plupart et peintes en blanc, présentent toutes une façade à colonnes, surmontée de chapiteaux corinthiens, et dont la Bourse et la Madeleine de Paris peuvent donner une idée. Il résulte de toutes ces constructions uniformes, entièrement blanches partout et entourées de beaux jardins, un fort joli et fort riant coup d'œil, et avec un peu d'imagination on pourrait prendre les rives du Staten Island pour une des anciennes îles de la mer Egée.

Les maisons de campagne dans le nord de l'Amérique, sans être en tous points aussi comfortables que les maisons de ville, sont néanmoins généralement bien meublées Des nattes chinoises recouvrent le parquet, du reste fort laid, de toutes les chambres, et il n'est pas de salon sans un lourd et large piano carré, aux pieds de mastodonte. Parmi les chaises et les fauteuils de forme ordinaire se mêle l'indispensable rocking- chair. Le rocking-chair (chaise-berceuse) est une espèce de fauteuil de crin dont les pieds reposent de chaque côté sur des demi-cercles de bois relevés par derrière, ce qui permet de se balancer agréablement et sans fatigue aucune. Il y en a de toutes les dimensions, et on en fait même pour les petits enfants. J'avoue qu'il est très-agréable, en été surtout, de se balancer ainsi sur ces fauteuils où le corps se trouve appuyé de toutes parts.

Les chambres à coucher des maisons de campagne en Amérique sont garnies d'une façon charmante et originale de meubles en bois peints. Sur un fond qui varie du

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blanc au vert-pomme, au jaune citron, au bleu de ciel, se détachent des fleurs isolées et des bouquets des couleurs les plus vives et les plus diverses. Cela est frais, léger, coquet et parfaitement approprié à l'ameublement d'une maison de campagne.

Les Américains, chez qui le comfortable perce à peu près partout, ont pour l'usage de la toilette des vases plus grands et généralement plus commodes que les nôtres, bien que moins élégants. Mais, à des lits de cinq pieds et demi de large, ils mettent des draps de lits d'enfants, et leurs serviettes de toilette et de table couvrent à peine le visage ou les genoux. Encore dans beaucoup de boarding houses, à la campagne comme à la ville, ne donne-l-on pas de serviettes à table. Chacun s'essuie comme il peut, à la nappe, avec son mouchoir, ou pas du tout.

De vastes hôtels construits en bois reçoivent l'été, aux environs de toutes les grandes villes, et jusqu'à vingt et vingt-cinq lieues à la ronde, les familles très-nombreuses qui, n'ayant pas en propriété de maisons de campagne, veulent néanmoins goûter les plaisirs de la villégiature, et fuir la ville pendant les horribles chaleurs des mois de juin, juillet et août. Beaucoup d'Américains prolongent leur séjour à la campagne jusqu'au mois de septembre, d'octobre et même de novembre.

Mais le temps qu'on passe à la campagne n'est un temps de vacance que pour les femmes et les enfants. La chaleur n'arrête pas chez les hommes l'ardeur indomptable des affaires. Ils partent tous les matins ^ar les railroads ou les steamboats, et se rendent en ville à leur office^» qu'ils ne quittent que le soir, pour venir coucher à la campagne.

Maintenant est-il nécessaire de dire ce que font, en l'absence de leurs maris et durant les longues heures du jour, bon nombre de jeunes et tendres ladies? Elles flirtent^ mon Dieu 1 elles flirtent dans les sombres allées, elles flirtent dans le parlor de l'hôtel, elles flirtent sur les bords de la mer, dans quelque grotte à l'abri du soleil, et au murmure mystérieux des vagues dont les plaintes monotones éveillent dans l'âme de douces pensées d'amour, des sentiments poétiques.

Je ne crois pas qu'un jeune homme puisse passer son temps plus agréablement que l'été en Amérique dans un hôtel, et il n'est aucun étranger qui ne parle avec une sorte d'enthousiasme du séjour de la campagne aux Etats- Unis, et qui ne vante très-justement le caractère enjoué des Américaines, leur mélange de ruse et de naïveté, la fraîcheur et la blancheur de leur teint, la finesse et l'harmonie de leurs traits délicats.

Dans quelques endroits plus à la mode, le luxe de la toilette y est vraiment excessif. On peut dire que quand ces dames ne flirtent pas, elles sont dans leur chambre, occupées à se déshabiller et à s'habiller de nouveau. La toilette des enfants est surtout remarquable par l'élégance, le bon goût et l'originalité. Les femmes américaines, qui, entre toutes les femmes, aiment et gâtent leurs enfants, les élèvent d'une façon toute particulière, qui paraîtrait et qui serait peut-être très-dangereuse en France, oii le climat est généralement beaucoup plus humide que presque partout aux Etats-Unis.

Dès les premiers jours de leur naissance et quelle que soit la saison, les enfants sont laissés tête nue et entière-

ment libres dans leur berceau. Des bandes de flanelle leur soutiennent seules le corps pendant les cinq ou six premières semaines. L'horrible maillot dont on emprisonne encore chez nous les enfants, malgré les remontrances des médecins, est inconnu en Amérique comme en Angleterre. Dans certaines provinces en France on ficelle littéralement les enfants en bas âge en leur liant étroitement, comme à des momies d'Egypte, les jambes et les bras, incapables du moindre mouvement. Cela est stupide, contraire en tous points au développement de l'enfant, lequel souffre d'un régime qui est une torture ; aussi cela a-t-il de grandes chances de se conserver longtemps encore dans les usages d'un peuple qu'on appelle le plus inconstant et le plus éclairé de tous les peuples.

Jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans, les petits garçons sont habillés de robes décolletées et les bras nus. Les petites filles, jusqu'à l'âge de dix et douze ans, sont mises de la manière la plus charmante, en robes courtes et décolletées, et les bras nus en toute saison. On a pu contester les avantages d'un pareil régime; quoi qu'il en soit, je ne crois pas que nulle part au monde il y ait de plus jolis et de plus beaux enfants que dans le nord des Etals- Unis.

Nous avons dit déjà quelques mots de la cuisine américaine, si peu variée et généralement très-médiocre. Nous n'y reviendrons pas. Seulement, nous ajouterons que la viande de boucherie, le gibier, la volaille, le poisson, les fruits et les légumes, d'une apparence fort belle, sont loin de valoir, comme saveur et comme délicatesse, les produits de même nature que nous avons si parfaits en

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France. Les Américains dédaignent en outre certains produits que nous estimons beaucoup en Europe. Ainsi, parmi les poissons, ils ne mangent ni la raie ni les jeunes requins, qui sont pourtant fort bons, ni un autre poisson blanc très-délicat, mais trop rempli d'arêtes; enfin, ils se bornent à tuer, pour le rejeter à la mer, une sorte de monstre marin, hideux de forme, j'en conviens, et plus propre à inspirer l'effroi qu'à développer l'appétit, mais dont la chair, blanche et ferme comme celle du turbot, en a toute la saveur délicate. Les Américains du Nord dédaignent en outre l'oseille, et commencent à peine aujourd'hui à manger les rognons de mouton et le foie de veau. En revanche ils se régalent à manger rôtis des écureuils qui ont toute l'apparence de gros rats de gouttière. Au reste, les rats sont considérés comme un mets excellent par tous les Chinois qui habitent les États-Unis, et particulièrement la Californie, où ils sont en très-grand nombre. Mais que ne mangent pas les Chinois I Voici ce que m'a raconté un Français, mineur en Californie : une fois, il vit un Chinois armé d'un long couteau pointu avec lequel il fouillait la terre. Il cherchait ainsi des vers de terre, qu'il plaçait, au fur et à mesure qu'il les trouvait, dans une large boîte de fer-blanc suspendue à son cou. « C'est un pêcheur sans doute, se dit notre Français, et je veux voir comment pèchent les Chinois, qui font tout différemment que les autres hommes. » Et il suivit des yeux le Chinois, qui ne cessa de fouiller le sol que pour se diriger, sa boîte pleine de vers, dans une petite cahute en bois où il demeurait avec sa femme et ses enfants. Le Chinois lava les vers avec le plus grand soin, un à un, et les réunit en-

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suile dans une casserole, où ils bouillirent environ vingt minutes. « Les poissons, déjà si friands des vers crus, les préfèrent cuits sansdoule, » se dit notre compatriote, bien décidé à suivre jusqu'au bout le pêcheur chinois. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand, ayant retiré les vers du feu, le Chinois et sa famille en firent un repas délicieux !

En Californie, du reste, on mange beaucoup de choses qu'il serait bien difficile de se procurer ailleurs, telles que perroquets qu'on accommode au riz, certains singes qu'on mange à la broche, oiseaux divers parmi lesquels figurent souvent des brochettes de bengalis. L'ours, sur les marchés de toutes les villes de la Californie, est très-abondant, et il paraît certain que c'est une viande excellente quand on la sait bien préparer.

Disons, puisque nous venons de parler des marchés, que ce sont les hommes, dans tous les États-Unis, qui vont eux-mêmes, un panier sous le bras, faire les provisions nécessaires à la consommation journalière de la maison. Cette coutume, à la vérité, commence à se perdre-dans certaines villes, mais elle se maintient ailleurs dans toute sa force, et il n'est pas rare, même à New- York, de voir à Washington-Market des gentlemen très-estimables et en très-grand nombre, faire leur provision de beurre, débattre le prix d'une volaille, acheter un gigot et se faire peser du poisson, qu'on vend à la livre.

Mais ce qui étonne le plus les étrangers, c'est le costume des maraîchers, d'une propreté et d'une coupe irréprochables. Les bouchers, par exemple, sont, dans leur étal, habillés comme de véritables gentlemen, en habit ou

en redingote de drap noir, en pantalon de belle étoffe, en gilet bien taillé, en chemise fraîchement empesée, en faux- col roi de comme du carton, soutenu par une cravate à l'américaine élégamment nouée. Un tablier toujours blanc les garantit du contact de la viande, et c'est le chapeau sur la tête qu'ils coupent, taillent, scient et servent les acheteurs, envers lesquels ils sont polis et complaisants.

Les ouvriers qu'on appelle chez soi pour les petits travaux, tels que réparer une cheminée, remettre en place un bec de gaz, ou pour arranger les fragiles, laides et incommodes croisées à guillotine que les Américains ont héritées des Anglais ; ces ouvriers, vêtus d'un habit noir ou d'une redingote de drap , travaillent le plus souvent sans rien déranger à leur toilette et en conservant leur chapeau sur la tête. Conserver le chapeau sur la tête n'est considéré, en Amérique, ni comme un manque d'éducation ni comme une impolitesse, et il est à remarquer que les ouvriers américains,, bien que très-indépendants, sont très-convenables et toujours polis, de cette politesse vraie qui consiste à prévenir les désirs en se rendant utiles, sans grimaces et sans fausse obséquiosité.

La garde-robe d'un Américain, même d'un riche Américain, est tres-bornée, et les maisons les plus comfortablés n'ont de linge que le strict nécessaire. Ce n'est pas comme dans certaines villes de France, particulièrement dans le Midi, où le luxe consiste à avoir toujours bien garnies d'immenses armoires remplies de linge inutile, et à ne faire la lessive qu'une fois l'an.

En voyage, l'Américain n'apporte de bagage qu'une petite malle ou une simple valise. Il achète dans chaque

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ville le linge et les habits qui lui sont nécessaires et abandonne à l'hôlel le linge qu'il a porté. Les femmes en voyage ne font guère autrement que les hommes, et il n'est pas rare d'en voir, avec une simple malle, entreprendre des voyages de plusieurs centaines de lieues.

M. Jobard, le fameux savant de Bruxelles, a dernièrement combattu, dans un spirituel rapport, l'usage des brosses qui usent et nettoient mal les habits, pour préconiser l'usage des éponger, humides, qui, beaucoup mieux que les brosses de crin, enlèvent la poussière et les taches sur le drap. « Ce que je dis, écrit M. Jobard, ne fera pas plaisir aux marchands de brosses, mais fera sourire de contentement les marchands d'épongés. » Ce que j'ai à dire à mon tour sur la manière dont on nettoie les habits en Amérique ne fera pas plus de plaisir aux marchands de brosses qu'aux marchands d'épongés ; mais il égayera trèsfort les marchands de balais. En Amérique, en effet, on ne brosse pas plus les habits qu'on ne les éponge : on les balaye. C'est avec un petit balais de paille, plat, en forme d'éventail, qu'on enlève la poussière sur tous les vêlements des hommes, et ce mode de nettoyage est excellent.

A la porte du vestibule de tous les hôtels, des nègres balayeurs d'habits, un petit balai à la main, attendent les voyageurs et les épousseltent rapidement partout, depuis le collet de l'habit jusqu'au bas du pantalon, sans demander la permission, sans dire un seul mot, et avec une gravité toujours plaisante chez les nègres.

Les Américains n'ont pas hérité des Anglais le goût des courses de chevaux. Il n'y a que fort peu de steeple chases aux Etats-Unis, mais en revanche il y a beaucoup de

courses en cabriolet par des chevaux trotteurs. Les Américains, à tort ou à raison, ont la prétention d'avoir les meilleurs trotteurs du monde entier. Us ont souvent envoyé de leurs chevaux sur les lurfs anglais, mais les Anglais ne les ont jamais voulu admettre par la raison qu'ils galopent avec les jambes de derrière, accusation grave que les Américains ont vivement repoussée, mais que les Anglais ont toujours maintenue. Les Américains prétendent que les Anglais n'ont imaginé celle odieuse calomnie que pour échapper à l'humiliation d'être battus par eux. Cela pourrait bien être, et je m'en informerai auprès de mon ami Léon Galayes, qui doit le savoir.

En Amérique, où l'on mange généralement mauvais, on boit des breuvages excellents. On n'a pas l'idée en France du genre et de la variété de ces boissons, qu'on prend, ou chaudes ou à la glace, et dans ce dernier cas avec un chalumeau de paille ou de jonc. Le chalumeau, en répandant petit à petit le breuvage dans la bouche, rafraîchit mieux et fait aussi mieux savourer les parfums. Je ne sais pas ce que pouvaient être l'ambroisie et le nectar, mais je doute que ces breuvages des dieux pussent paraître plus agréables que certaines boissons américaines dont on ne fait guère à Paris que de mauvaises imitations. Comment se fait-il que Brillât-Savarin, le célèbre auteur de la Physiologie. du goût, et qui a séjourné quelques années en Amérique, n'ait pas parlé dans son ouvrage des boissons américaines? Sans chercher à pénétrer le secret de cette omission, nous allons tâcher d'y remédier en donnant ici les noms des principales boissons américaines et la recette pour la composition de quelques-unes.

Je ne serais pas surpris qu'à la suite de ces recettes, les limonadiers de Paris ne m'élevassenl un temple; mais Dieu m'est témoin que, cet honneur, je ne l'aurai pas désiré.

Le MINT JULEP se fait en mettant dans un fond convenable de vin de Madère un peu de glace concassée, du sucre en poudre et de la noix muscade râpée. Le tout se mélange en transvasant rapidement cette boisson dans deux gobelets qu'on tient à une certaine distance l'un de l'autre. Les limonadiers américains opèrent ce mélange avec une adresse et une promptitude remarquables. Le mint julep se verse dans un grand verre qu'on couronne de feuilles de menthe verte, de quelques fraises et d'une douzaine environ de petits morceaux d'ananas. On hume ensuite cette boisson fraîche, tonique et agréablement parfumée, au moyen d'un chalumeau de paille ou de jonc, comme nous l'avons dit.

Le SHERRY COBRLER, d'uu goût tout difîérent, n'est pas moins agréable, et beaucoup de personnes le préfèrent même au mint julep. Le sherry cobbler se compose de vin de Sherry, d'un peu d'eau-de-vie, d'un peu de sucre en poudre, d'un peu de noix muscade râpée et de morceaux déglaces concassés; le tout mélangé au moyen de deux gobelets, comme on fait pour le mint julep. Le sherry cobbler se boit généralement aussi au moyen d'un chalumeau.

Le cocK TAiL, WiléTàhmeTil queue de coq, se fait avec du bitter, de l'eau-de-vie, de la noix muscade râpée et de petits morceaux de glace. Le cock tail est considéré comme

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une liqueur tonique, et on n'en boit guère qu'un quart de grand verre à la fois.

Il y a plusieurs espèces de cock tails, parmi lesquels avec le bran y cock tail, nous avons remarqué ^/ies^in^/ d'un goût très-fin.

Lé GIN TODDLY so boil Ordinairement chaud et se fait avec du gin, de l'eau très-chaude, du sucre râpé et du citron.

Viennent ensuite :

TBE MOUNTAIN DEw (la roséc de la montagne.)

HALF AND HALF (moitié par moitié; c'est-à-dire moitié eau et moitié eau-de-vie.)

THE WHISKY PUNCH (puuch au wisky.)

THE THOROUGH KNOCK ME DOWN (littéralement casse poitrine.)

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