HISTOIRE DE MARSEILLE
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k Ce fut Tan 600 avant Jésus-Christ» que le premier ralsseau phocéen jeta Tancre sur la côte gauloise, à Test du Rhône ; il était conduit par un marchand nommé Euxène, occupé d'un voyage de découvertes. Le golfe où il aborda dépendait du ter« ritoire des Ségobriges, une des tribus galliques qui s'étaient maintenues libres au milieu de la population ligurienne. Le chef ou roi des Ségobriges» que les historiens appellent Nann, ao cueillit avec aménité ces étrangers, et les emmepa dans sa mai son» cil un grand repas était préparé, car ce jour-là il mariai Ba fille. Môles parmi les prétendants galls et ligures, les Greci .prirent place au festin, qui se composait, selon l'usage^ de ve< niaison et d'herbes cuites.
«.La jeune femme, nommée Gyptis, selon ù^uns, et Petta, suivant les autres, ne parut point pendant le repas. La cou-
tu me ibérienne, conservée chez les Ligures et adoptée par les Ségobriges, voulait qu'elle ne se montrât qu'à la fin, portant à la main un vase rempli de quelque boisson, et celui à qui elle présentait ^ boire devait être réputé Tépoux de son choix. Au moment où le festin s^achevait, elle entra donc, et, soit hasard, soit toute autre cause, dit un ancien narrateur, elle s*arrèta eu face d^Euxène et lui tendit la coupe. Ce choix imprévu frappa de surprise tous les convives. Nann, croyant y reconnaître une inspiration supérieure et un ordre de ses dieux, appela le Phocéen son gendre, et lui concéda pour dot le golfe où il avait pris terre, j»
Les Grecs jel^rent paisiblement les fondements de Marseille;^ mais celle ville prit un si rapide développement que ceux-là mêmes qui avaient cédé le terrain pour la balir en furent effrayés.
c Après la mort du roi Nannus, qui avait donné aux Pho« céens le sol de leur ville, dit en eflet l'historien Justin, un Ligurien vint annoncer à Comanus, son Gis et son successeur, que Marseille renverserait un jour ses voisins, et qu'il fallait l'écraser imniédialement, de peur que bientôt, plus forte, elle ne le détruisît lui-méuie. »
Le Ligurien, pour donner plus de force à son conseil, ajoute cet apologue, relaie par tous les auteurs :
c Un jour, une chienne pria un berger de lui prêter quelque coin de sa cabane pour y faire ses ptlils; le berger y consentit. Alors la chienne demanda qu'il lui fût permis de les y nourrir, et elle Tobtint. Les petits grandirent, et, forte de leur secours, la mère se déclara seule maîtresse du logis. roi, voilà ton his-
toire T Ces étrangers qui te paraissent aujourd'hui fiiibles et méprisables, deoiain te feront la loi, et opprimeront notre pays, j»
Coman applaudit à la sagesse de ce discours et promet do ^ppersans délai sur les lUassalioles un coup aussi tsùr qu'iiu^ prévu.
Le jour de la fîte des Florales, le roi envoie dans la ville des Massaliotes un grand nombre d'hommes bravos et résolus qui Tiennent y réclamer l'hospitalité; d*autres y sont transportés dans des chariots couverts de joncs et de ftMiilhiii^e. Le roi luimême se porte avec son armée dans des montnf^nes voisines» afin de se trouver devant la ville à Theure même où ses émis-» saires lui en ouvriraient les portes, et de fondre à main armée sur les citoyens plongés dans le vin et le sommeil.
Mais une femme, parente du roi, trahit le secret do cette conspiration. Elle révèle le péril à un jeune Grec en le pres-« •fiant de s*y soustraire.
Celui-ci court aussitôt avertir les magistrats. Le pît'»so, ainsi découvert, on arrête les Liguriens épars dans la ville, on va saisir les autres sous les joncs qui les cachent. Tous sont égorgés, et au piège du roi on oppose d*auires embûches. Il y périt avec sept mille des siens.
La fortune ne tarda pas à susciter aux Marseillais do non-* veaux troubles sur d'autres points. Les Carth;iginois qui depuis) longtemps voyaient d*un œil jaloux ces audacieux navigateurs courir sur des mers qu'ils croyaient leur ap[)arlenir, leur enle^^ Tèrent plusieurs barques de pêcheurs qu'ils s'obstinèrent à ga^ der. La guerre s'allume entre ces deux nations, les JUarseillaiii
tneltent souvent tes Cailhai^iDois en déroute, ^t ne leur accordent 'a paix qu'après les avoir Taiacus.
Les Taisseaux de Marseille, protégés par la puissance des naltres du monde, qui dédaignaient le commerce, pénétr^rcni vers tous les rivages où brillaient les armes romaines; sillonnant toutes les mers pour porter au Nord les produits du Midi, à l'Occident ceux de t'Oricnt. ils revenaient chargés de parfuioa et de pelleteries du Levant, des marchandises de l'Inde qui arrivaient à Alexandrie par la mer Rouge, des tissus de Tripoli, du papier de l'Egypte, des Mes de l'Afrique, des chevaux des Asluries el de l'Andalousie, dt des riches élolTes de soie de la Perso.
Telle fut la position de Klarseille depuis Iules-César jusqu'à Constantin.
L'irruption des Barhares, la fondation de Constantinople, nuisirent au commerce marseillais. U languisait, lorsque Théodoric, devenu paisible possesseur de la Provence, nomma Marabadus, gouverneur de Marseille. — Sous son administration, de nombreuses améliorations furent tentées, le commerce reprit son activité, et Tiodépeadance du gouvernement municipal dont elle jouissait, fut respectée.
Bientôt, sous Justinieo, les Goths furent expulsés, puis M.>i seille passa sous la domination des Francks. Cette nouvelle r> votution exerça peu d'influence sur ses relations maritimes; mai.s -es rapports avec l'iotérieur souffrirent des fréquentes invasioas des Sarrasins, - —
Aprrs la mort de Charlemacne, la France demeura livrée à flaQ loulc de tyrans l'eoauux. qui, Irappatii les marctiaiuli^ses do
foUFe taxes à chaque pas, persécutant et pillant les marchands, altérant les monnaies, rendirent tout commerce impossible, ice n'est à quelques juifs qui voyaient, dans d*énormes gains, d suffisantes compensations aux dangers qu'ils couraient.
Le commerce et l'industrie ne reprirent leur ancienne activité qu'à l'époque des croisades. Il fallut fournir des vaisseaux, des provisions, des armes à cette multitude de croisés qui venaient s'embarquer à Marseille.^
liCS avantages que les croisades procurèrent à Marseille se prolongèrent au-delà du temps de leur durée. Aux pèlerinages armés succédèrent de paisibles pèlerinages de piété et de dévotion. Le transport des pèlerins fut longtemps pour la marine marseillaise une source abondante de profits.
La ville de Marseille, possédée par des vicomtes pendant deux siècles, racheta sa liberté en 1214, et se reconstitua en république. Mais 9 trop faible pour résister à l'ambition d'un voisin puissant, elle succomba et dut traiter avec Charles d'Ân«> jou, comte de Provence, en 1257. Elle conserva néanmoins presque toutes ses prérogatives, notamment le droit de paix et (ie guerre, celui de ne payer aucun impôt ni taille sans son consentement, et celui d'envoyer dans les pays étrangers de> consuls exclusivement soumis à l'autorité des magistrats mun. cipaux.^
Lorsque, en 1481» Marseille passa avec le reste de la Provence sous la domination des rois de France, ceux-ci confirmèrent ses franchises commerciales et municipales. Elle put, sous le règne de Charles VIII, signer un traité de commerce avec la république du Gênes. — Sous Louis XII, elle arma contre Ye*
Dise et porta un véritable dommage au commerce de sa rivale^ Elle établit des relations directes par mer avec les ports français de l'Océan.
Françr '^ p' favorisa de tout son pouvoir le commi^rcé marsaillais, mais ses guerres avec Charles-K^uint apportèrent un grand trouble dans les affaires»
Ce fut d*abord le siège de 1524, illustré par la conduite h&^
roTque des dames marseillaises.
Deux femmes qui avaient fait leur noviciat des périls de la guerre, Gabrielle et Claire de Laval, descendirent sur la place de Lenche et se firent ouvrir toutes les portes des maisons voisines; elles arrachèrent à leur solitude beaucoup de nobles dames, qui déjà pleuraient sur elles et sur le sort delà ville ouverte à cette armée de démons. Elles allèrent à travers les quartiers populeux, prêchant une mission héroïque de résistance et de mort, et. Dieu aidant ces courageuses femmes, elles entraînèrent sur leurs pas les épouses, les filles, les sœurs des combattants.'
On vit passer devant la porte de Jules-César celle armée d'amazones qui devait sauver la ville. Gabrielle et Claire avaient donné leur courage à toutes, et toutes défilèrent sur le rempart jusqu'à la brèche. Là, elles accomplirent un devoir sublime. Leurs nobles et blanches mains ne dédaignèrent pas de s'abaisser aux outils et aux travaux des mineurs. Elles apportèrent sur le gouiïre menaçant ouvert devant la ville, d'immense.» matériaux qu'elles allaient chercher au loin; elles jetèrent à U brèche, pour la combler, tous les trésors de marchandises qub les vaisseaux des deux Indes avaient apportés aux entrepôts de
Marseille; et lorsque le soleil du 28 septembre se leva^ SI éclaira un spectacle qu*il n'avait pas vu depuis les rois d*Orient : Marseille semblait, comme Sardanapale, et dans un noble but , avoir amoncelé ses femmes et ses richesses sur son lit de mort.
L'assaut recommença sur le champ de bataille de la veille ;? mais cette fois le désavantage était du côté des assiégeants. Les Espagnols, nés dans les montagnes où s*exerce leur agilité merveilleuse, escaladaient en trois bons ce rempart artificiel oii leurs pieds nus se cramponnaient comme des griffés d'aigles; mais, arrivés au sommet, ils trouvaient des ennemis formidables que rendaient invincibles les cris d'enthousiasme poussés par leurs femmes et leurs sœurs, combattant à leurs côtés.
 la nuit suivante, le connétable effectua sa retraita en so
dirigeant vers Gardanne et Tretz, et le lendemaint Marseillo n'avait plus d'ennemis devant ses remparts.
Frauçois P' dit auK consuls, en les félicitant de leur courageuse résistance : c Votre loyauté a été cause que j*ai recouvert mon pays de Provence, de quoi vous en remercie et Vous en demeure votre obligé, »
En 1564, lorsque Charles IX se rendit à Marseille, la municipalité lui fit grand accueil. Pierre de Vento, assesseur» porta la parole au nom du corps de ville, et, sa harangue fl* nie^ on vit paraître sa fille sur un chariot traîné par treize garçons richement vêtus et couronnés de lauriers. La demoiselle de Vento descendit de son chariot et présenta au roi les clefs de la ville. C'était sans doute pour rappeler au roi de Franche que le dévoôment des dames marseillaises avait sauvé (on royaume de l'invasion étrangère.
Trois An$ d'Ei^lavage^ **^
Peu de temps après, Charles IX fit expédier des lettres patentes, portant que les gentilshommes pourraient faire à âUarseille le commerce sans déroger à la noblesseï^
Catherine de Médicis vint également à Marseille. La ville était alors livrée à toutes les horreurs de la guerre civile. La reine réconcilia les deux partis qui étaient en présence (30 juin 1579) : «c ]\Iais, ajoute un historien, la grande peste qui survint en 1580, assoupit les discordes civiles bien mieux que les ordres souverains. »
Pendant ces malheurs, les Vénitiens et surtout les Anglais, qui commençaient au seizième siècle à paraître dans le Le-* Vant, supplaTUèrent les négociants marseillais et leur enlevèrent celte prépouiJérance que François P' leur avait procurée en 1535, en leur assurant de nombreux privilèges.
Henri IV s'efTorça de leur rendre les mêmes avantages par un traité conclu avec la Porte ottomane en 1604; mais pendant le reloue de Louis XllI, et pendant les premières années (lu rèii;ne de Louis XIV, le commerce marseillais souffrit encore beaucoup des guerres civiles qu agitèrent la France. Il ne se releva que lor:sque Louis XIV eut appelé Colbert au pou« voir.
En 1669, Colbert fît rendre le fameux édit constitutif de la franchise du port de Marseille. La prospérité du commerce eut pour conséquence d'augmenter le chiffre de la population de Marseille, et rancienne enceinte étant devenue insuffisante, on agrandit la ville. De vastes quartiers furent créés, entre autres le Cours, la Cancbière, les Allées. La ville, bornée jusqu'alors î( la porto !• )yalc, qui était à la place Maronne, franchît ler
remparts et s*étendit jusqu'à la plaine Saint-Michel, aux Allées» aux portes de Rome et de Paradis. Le génie du Puget se plut à embellir la ville natale de magnifiques constructions»»
Mais ces agrandissements» ces embellissements ne se firenft >as sans soulever de nombreuses réclamations, et ce ne fut pa^ le gaieté de cœur que l'administration municipale se mit à • œuvre*
Cette vive Impulsion fut malheureusement arrêtée sous la mi« Qonié de Louis XY, par la terrible peste de 1720«, *
Le 25 mai 1720, date néfaste daus les annales de Mar-^ seille, la cloche de la Consigne sonna l'arrivée d'un navire, le Grand-Saivt- Antoine 9 capitaine Chataud. Il était parti de Syrie avant qu'on se fût aperçu de la peste ; mais le journal du bord constatait que deux hommes étaient morts pendant la traver* sée. Un troisième matelot succomba le jour même de l'arrivée ; le médecin du Lazaret déclara qu'il n^y avait pas trace de maladie contagieuse, et le navire fut admis dans le port.
Quelques jours après, ce médecin mourut subitement, et un autre médecin déclara qu'il avait traité, à la place du Linche, un marin mort avec tous les symptômes de la peste orien* taie*
On était arrivé au 15 juillet, les premières craintes des maf^istrats de Marseille s'étaient calmées ; on n'avait constaté aut nouvel accident de peste, déjà même on adressait quelqu. -^ reproches aux âmes pusillanimes qui avaient jeté la terreur dans la ville, et empêché par ce moyen les transactions com« merciales. Dans la nuit du 25 au 26 juillet, après une journée étouffante, un orage épouvantable éclata, et le lendemain, d^/
l'aurore, on vtnt déclarer à l'HAtel-de-VilIe que, dans la ne de l'Echelle, douze persoûoei avaient iuccuiubé avec loui les ijaiplAmei de la pesle,
H n'y ■ plus de doute, la pesto est h Mflrxeille; elle panitt d'abord se coacentrer dans la rue de rEch«lle; tuais, hëlasl celte barrière est bientôt franchie et de uootbreux cas se dOflareDldans tous les quartiers de la ville..
Celte nouvelle consterna la popnlalîon. Comme toiit«8 les Villes franches et commerciales, Slarseille servait d'abn à une multitude de mendiants qui se réfuginienl sous ses privili^gcs} ■es corporations de portefaix, de métiers, étaient parlaitemont organisées ; mais, dès la première uuuvelle de la jit^lef le iratail avait ce^sé.
Lieu d'entrepôt et de commerce, Marseille n'aTait pas de téeerve ; elle était sAre d'avoir toujours à sa disposition les falines de Barbarie, les blés de la Sicile, toutes les di^tirées de l'Espagne, du Levant et de l'Aniérique. Mais lorsque le drapeau noir, symbole d'une cité en contagion, fut arboré sur la tour du fort Saint-Jean, lea arrivages diminuèrent; oa fuyait la peste. Les villes voisines prenaient leurs précautions ; Aix et Arles repoussaient les fugitifs, tandis que les riches luar- Beillais se bâtaient de gagner leurs maisons de campagne.
L'administration municipale se montrait admirable d'ordre et de prudence; elle avait employé, mais sans succès, le re- (nède indiqué par le médecin Sicaid. Par la soirée brûlante du il" août, Marseille parut subitement illuminée de mille feux alluinéi^ pour purifier l'air; tous les baliitants étaient allés chercher sur la moiUagne des fagots de bois et des arbres envers. Oa avait tout jeté au feu afin de chasser les uiatiuies
pentilsntiels ; le peuple, ivre d'espéraaces, «ntonraît ces feus ea dansant. Le 3 anùl. le réveil fut terrible; les oiuiades s'accrurent et le conseil municipal se vit forcé de prendre det me- Bures plus eliicares. Des corps-de-garde furent posés dans les rues les plus envahies par le fléau ; loua les médecins furen(. mis au\ giiges de la ville, et on Dorama des commissaires pour distribuer des aumôues el des secours.
Le 31 août fut le jour terrible oii la peste St Te plus de trxanfàùel Jusi|u'au 80 septembre, ou coupta jouruelleiiieat tes Diorts pur milliers.
Dès le début de r^pidf^rate, monspignciir de Celsunce, évgqu<' de Qidrseille, evail montré son zèle évangélique. Il courait de rue en rue pour porter les secours spirituels et temporels à ses ouailles en proie au désespoir, II vendit toute sa vaisselle d'argent pour donner du paiu aux malbeureux décimés par la peste el la famines
Tous les corps religieun siiîvnîent l'exemple de leur pieux évè<)Ue ; ils s'ulTrireut pour le service des malades, la eépul-r ture des morts et la distribution des secours, aveo tout lo dévuûmeut qu'une pareille catastrophe exigeait.
Après plusieurs mois do ravages, le fléau continuait h sévir d'une manière alTreuse : persuadé que Dîeu seul pouvait le fairi> cesser, le saint prélat résolut de lui conFacrer sa personne et son troupeau. Il fallait aussi relever te moral de la population ; une cérémonie religieuiàe était bien faite pour fortilier le courage et apprendre à muuiir.
Depuis le commencement de la peste, les églises aralent été fermées; on craignait que les communications des masses eo* tre elles ne favorisassent le développement du mal*
Le vénérable évêque ordonna que des autels seraient élevas BUT lea places publiques pour y célébrer les saints mysièrfs Le jour de la Toussaint, 1" noveiubre 1720. fui choisi poui rette auguste cérémonie. Dès le matin, les cloches s'étan-i" mises en branle; Belsunce, la tête et les pieds nus, la o.ri au cou et la croix enire les bras, arriva, suivi des débri- ' son cleri;é. au haut du Cours, à l'eiidroit môme ou s'éièvc « jourd'hui ea statue^
Il célébra la sainte messe sur l'autel proTÎsoire élerMt en cet endroit ; puis, élevant la croîs sur la villa désolée, il implora la pitié du Sauveui^
En même temps les échevins Taisaient vœu de consacrer chaque anuée deuK mille livres pour doter de pauvres tilles orphelines^
A partir de ce moment, la maladie diminua et disparut complètement avec les derniers vents d'automne.
Le souvenir du dévoûment héroïque et de la charité de moDFei^neur de Beisuuce ne pouvait rester sans une expressioQ publique de la reconnaissance di-s Marseillais. Une statue fut votée et l'inauguration solennelle en a été fuite le 28 mars 1852.
Après avoir cité monseigneur de Belsunce comme s'étant le plus distingué pendant la peste de Marseille, il est juste de ne pas oublier un autre citoyen, dont le courage contribua puissiiia< Dient à améliorer le triste état des habitants.
Je veux parler du chevalier Bose, qui établît h ses frais im bApital dans ta Rive-Neuve, et qui, à la tâte des galériens, ëv dévoua à l'ensevelissement des morts.
Après UD si grand désastre, Marseille ne semblait plus de-
V3îr «e relever. Cependant, que ne peut le commerce! Quelques années après, il ne restait plus de traces de ce fléau destruo* leur. L'arsenal, mal placé dans un port de ^^ommerce, fui transféré à Toulon. L'industrie absorbait tout, et la ville gran« dissait en même temps que la population croissait et prospérait.
Telle était la situation de Marseille, lorsque la Révolution Vint agiter la France et entraîner dans son tourbilloo Marseille
et son commerce; .'A Le'jpbrt de Marseille recevait ou expédiait, à cette époque»
année moyenne, 5,059 navires. — L'enceinte de la ville contenait 8,000 maisons, et le chiffre de sa population s'élevait à 106,585 habitants.
De 1792 à 1852, le chiffre de la population de Marseille 6*est élevé de 106.000 à 195,000; le nombre de ses. maisons a été porté de 8,000 à 15,537.
Ces chiffres témoignent d*un très-rapide développement; mais combien plus rapide a été Taccroissement constaté pendant les quinze années qui se sont écoulées depuis 1852.
La ville de Marseille a acquis, pendant cette dernière pé* riôde, 105,000 habitants, elle a bâti .15,000 maisons, et son commerce annuel s'est accru de 1 milliard 842 millions de francs.
L'histoire de cette prodigieuse fortune de Marseille est ren^ plie d'intérêt. Je vais la résumer en qodlques lignes^
En 1852. I, por, de Marseille, récemment .graDdl el lo*
"'"'""■ f" «»•»'•««. de, d„, partie, du a^oZ L'«.« ne circulait plu, dans ce port eucouibré de talcau, »
Vapeur et de navires à voiles; les immondices de la ville, infr^ * lées à celles des équipages» y formaient un immense foyer d'in^ fection, et Mar^seille, qui recueillait cet air vicié dans ses Tue9y étroites et mal percées» oilrait un facile élément à toutes le| épidémies.
L^antlquô Phocée, tout occupée 69 son commerce et du soin 4'approvisiouner la France entière, se laissait entraîner par le jourant des affaires et ne s'apercevait pas qu*elle vivait dans une atmosphère dangereuse, ou du moins, si elle le remrfteiait, si elle en 8oul^rai^* «^lle n'avait point le temps d y porter remède*
Le dimanche, |onr de repos, les rîches négociants allaient respirer un air plus pur dans leurs magniûques villas du Prado. Le peuple, qui n'a point de villas, demeurait dans les rues de Marseille, cherchant un peu d'onihre sous les Allées-de-Meilhan, seule promenade qui fût à sa portée, et encore lui fallait-il traverser l'étroite rue de Noailles, qui ne pouvait contenir la foule des passants, exposés vingt fois par jour à être écrasés par les voitures. j. ;
Du reste, point de monumenis à visiter ou « ...ontr^r aux étrangers. Dt» églises trop petites, une bibliothèque reléguée dans une dépendance du lycée, un palais de justice indigne de ce nom. un UAtel-Dieu misérable, les services départementaux disséminés dans cinq ou six maisons, et la Bourse elle-même (ce champ de bataille du commerce), provisoirement installée.., depuis cinquante ans... dans une chétive baraque.
Telle était la situation de .Urseille en 1852, lorsque le prince Louis-Napoléon, présiilent de la République, vint y passer les journées des 25 et 26 septembre.
De ces journées mémorables daie la rénovation éblouissaota t laquelle nous assisloas.
Le 25 septembre, le prince Louis-Napoléon accorde è la ville de Marseille 2,500.000 francs, pour l'aider à élever à Dieu uu temple vraiment digne de la ricite et populeuse capitale du Midi. — Le lendemain, Sun Allesse Impériale pose la première pierre de la future Bimrse, et visite ensuiie le pnrt de la Juliette, où elle décide, en principe, les diverci agraudiaijeuicuts de uQ^ établissements marilimes.
Afarseille peut aujourd'hui montrer avec orgueil à l'étranger qui vient la visiter, otiire ses 10 ou 12 kilomètres de quais, encombrés de marchandises, et ses vastes bassins où fourmillent des milliers de navires, bou nombre de monuments achevés ou en cours d'exécution.
Le Palais Impérial, la Bourse. le Palais de Justice et l'Hôtel de la Préfecture, peuvent hardiment soutenir la comparaison avec les éditices les plus admirés deti villes de premier ordre et de Paris lui-même.
La nouvelle cathédrale sera sans contredit un des pins beaux monuments de ce genre qui existent dans le moude chrétien^
Le château Borelly s'est enrichi d'un parc splendide;
L'nôtel-Dieu est aujourd'hui un monument vraiment digne de la grande cité commerçante qui ne jiuuvait olTrir qu'un ^lie indufûtiant à la classe malheureuse.
Un vaste édifice, destiné à recevoir le dépôt de nos richesspg historiques et littéraires, s'élève près du lycée impérial, auquut ou restitua tea anciens locaux de la bibliothèque.
Le mui4tfie peinture et le muséum d'histoire naturelle ont un
roacrninque palais à Longchamp, monument d'une rare élégance et du plus grand effet artistique.*
Enfin, le Prado, prolongé par le chemin de la Corniche qui ^uit les contours du rivage de la mer, est complètement livré a la circulation et constitue une promenade incomparable, d*une étendue de il kilomètres.