MŒURS ET USAGES DES TURCS
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II se fait, à Conslantinople, des patrouilles presque contt- Duelles pour maintenir le bon ordre et faire la police. Elles sont composées d'une vingtaine de janissaires, qui ne portent d'autres armes que leur candgiar ou poignard, et un bâton blanc à la main, dont ils se servent fort adroitement pour arrêter les voleurs qui tenteraient de s*enfuir, et auxquels ils jettent ce bftton dans les jambes; il leur sert aussi à donner la bastonnade. L'officier qui commande ces patrouilles, entre à improviste chez les marchands qui sont soupçonnés de vendre a faux poids ou des objets prohibés ; et lorsqu'ils trouvent iin délinquant, la faute est sur-le-champ jugée et punie, ou pa» la bastonnade, ou bien en clouant, p&r l'oreille, le condamna )^ la porte de sa boutique.
Ces «emples de sévérité ont le grand avantage de rendre les crimes très-rares. On peut marcher la nuit comme le jour
âans Constanlinople, sans crainte des attaques avec préméditation. D'ailleurs, le peuple veille avec soin, à ce qu'il ne se fasse pas de vol, surtout dans les maisons ; car tous les babi^ 1 tants de la rue où il s'en commet, se rendent garants de la valeur de Tobjet volé.
Les harnais ou portefaix, turcs ou arméniens, sont parfaite-i ment sûn, et les Chambra auxquelles ils appartiennent, divisées par rues ou quartiers, répondent de la moralité de leurs coriMlissionnaires ; aussi peut-on envoyer les marchandises les plus précieuses, d'une extrémité de la ville à l'autre, par un de ces porteurs, et il n'y a pas d'exemple qu'on ait été la dupa de sa confiance*
Dans les tribunaux, les Turcs consultent plutôt la loi naturelle, que les faux-fuyants de la chicane, et leurs jugements les plus célèbres sont des espèces de surprises, d'équivoques^ au moyen desquels ils cherchent à faire jaillir la vérité.
Les affaires se traitent au Divan, d'une manière expéditive. Si le Coran ne s'explique pas positivement sur le fait d'une contestation ou d'un procès, le jugement est' prononcé par le Yisir, d'après le sentiment intime de la justice naturelle, plu«» tôt qu'il n'est dû à sa connaissance des lois. On a vu quelques juges subalternes se laisser corrompre; mais les exemples en sont rares, et encore cberche-t-on à les excuser en disant qu'ils ont cédé à des apparences douteuses ou mensongères qu'il n'appartient pas toujours à l'homme de pénétrer, et ils disent, à ce sujet, qu'un mensonge qui fait l'affaire, vaut mieux que la vérité qui l'embrouille.
Les Turcs font plus de cas du simple bon sens que de Tes^ Iprit ; ils affectent de réfléchir longtemps avant de parler. Leuf lait-on une question? Ton croirait que le son qui frappe leur
oreille a de la peine à ébranlpr leur imagination ; ils vous répondent oui ou non, et quelquefois point du tout. Si on réi- . tère la même demande, on finira par tirer d'eux une sentence banale, tirée du Coraa» ou une expression proverbiale et énigmatique.
Aussi ne peuvent-îls être taxés de légèreté dans les affaires. Leur parole suffit, et rien ne les fait revenir d*une première décision, qu*ils ont cru juste et qu'ils ont donnée comme irré« Torable, à moins qu'on ne leur démontre que leur opinion est fausse. Si les preuves qu'on leur en donne sont convaincantes, ils s'y rendent. Bien plus, af&rmez par serment que telle chose est vraie, ils vous croiront, serait-ce la chose la plus extraordinaire, et qui répugne le plus à leur raison et même à leur iniéiêt.
Les Turcs sont extrêmes dans leurs sentiments ; Ils poussent la haine jusqu'au délire, et l'amitié jurqu'à l'héroïsme. Leurs promesses sont sacrées, et l'amour de la vérité donne souvent à leur franchise une sorte d'âprelé, qui s'accorde peu avec les formes de noire politesse. N'employant ni ménagements dans leurs expressions, ni délicatesse dans leurs manières, ils ne les exigent pas chez les autres ; aussi leur susceptibilité est bien moins irritable, et on voit rarement chez eux des disputes, et encore moins des duels. Ils n'ont d'éloignement que oour les actions indécentes et contraires aux mœuis, à la reli« jion et à l'équité.
Leur calme habituel les fait paraître peu susceptibles d'éprouver des passions violentes ; mais s'ils s'y livrent, c'est avec une sorte de délire. Ordinairement, la réflexion modère leur |)remier mouvement ; ils repoussent Tofl^ense par la douceur ou le mépris, Si on les exaspère et qu'on les pousse à
bout, ils deviennent des ennemis irréconciliables; et chez ces peuples, qui ne connaissent pas notre point d'honneur, Tassas* sinat est la seule ^imiliou de Tii^jure, et supplée au silence des lois.
Ils respectent la vieillesse et Tenfance, et portent leur bienveillance jusque sur les animaux. Les cigognes » les hirondelles peuvent faire leurs nids sur leurs maisons sans crainte d'en être chassées : c'est même une faveur du ciel et un préservatif contre tous les malheurs. Les chiens vaguent en trou-* pcs dans les rues, et malheur à celui qui les maltraiterait ! Des honjmes chargés de viandes marchent entourés d'une foule de ces animaux et de chats, auxquels ils donnent à manger lorsqu'un Turc charitable veut payer les frais de cette bonne œuvre. Les tourterelles s'abattent par milliers dans le port, sur les bateaux qui apportent le grain, et y prélèvent un tribut peut-être plus considérable que celui exigé à la douane. Dans la construction des maisons, on ménage des auges pour abreuver les animaux, et on encastre de petits kiosques arabesques dans les murs pour loc^er les oiseaux qui veulent bieo venir y déposer leurs œufs.
Les Turcs estiment tous les sentiments généreux ; ils sont disposés à la bienveillance pour ceux en qui ils reconnaissent de la bravoure, de la témérité même, accompagnée de saugn froid et de présence d'esprit.
Le système de la prédestination est enraciné dans Tesprit des Turcs, et Ton sait qu'ils s'abandonnent aveuglément à cette croyance superstitieuse : souvent elle leur tient lieu de courage, colore leur entêtement, leur fait supporter la mort même avec résignation ; aussi les dangers les plus imminents ne les eûrayent pas; ils se précipitent dans les flammes» sur les
baïonnettes de leurs ennemis, et. percés de mille coups, ils ne désespèrent pas de leur vie, s'ils sont Derguadés que l'heure d^ la mort n'a point encore sonnée.
Un coupable, dont la tète a été mise à prix, cédant à la première impulsion de la crainte, a-t-il fui ou s'est-il caché 7 il arrive souvent que l'idée de la prédestination venant à le frap* per, il se découvre lui-même, croyant qu'il ne peut éviter sa destinée. Il est rare même qu'un sujet ottoman se réfugie dans les pays étrangers pour mettre sa vie à l'abri : il sait que ses jours sont comptés ; il est persuadé que la vengeance du^Sultan l'atteindrait au bout du monde, et les ordres de son maître sont pour lui aussi sacrés que les arrêts du destin ; il présente sa tète au chiaoux qui lui apporte le lacet; il baise la sentence avec le ntènie respect et le même calme qu'il embrasserait son ami mourant de la peste, et qui lui communique la maladie» dont il ne sera victime, dit-il, que si cela est écrit.
Le Sultan lui-même n'est pas à l'abri des effets de cette absurde croyance. Est-il déposé à Sa suite d*une révolution? il se coiilenle de dire, lorsqu'on lui présente le fetfa du Mupbti : «r Que la volonté de Dieu soit faite I » et il descend paisiblement de son trône, et s'achemine de même vers sa prison, oii peut-être il trouvera la mort.
Les Turcs sont très-habiles brodeurs, ciseleurs, tailleurs, etc., t tous les ouvrages qui exigent un goût perfectionné sont exécutés par dea Francs, des Grecs et des Arméniens.
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