I. Rois, XVII
je me permets de dépouiller Kolonia de sa tradition.
Après le pont, nous remontons pendant une heure à peu près le lit d'une autre vallée longue et ennuyeuse, à la naissance de laquelle j'espérais voir de loin Jérusalem. Mais rien encore, rien qu'un plateau pierreux d'une désolante nudité. Dans la direction du nordouest, à deux lieues de distance, un pic isolé, surmonté d'un petit monument, fait saillie hors de la ligne monotone des montagnes :
c'est Néhi'Samuel^ l'ancien Mitspa ou Maspha, lieu d'assembée des Hébreux sous la judicature de Samuel. En face de Maspha est une autre montagne nommée aujourd'hui Ram, emplacement incontestable de Ramathdim'Tsophim.
Pendant une demi-heure encore, nous trébuchons au milieu d'un vrai chaos de pierres calcinées parle soleil, puis nous apercevons à l'horizon une mosquée blanche sur le sommet d'une montagne : c'est la mosquée de l'Ascension sur la montagne des Oliviers. Cent pas encore pour surmonter un pli de terrain, et Jérusalem est devant nous !
A l'entrée de Jérusalem, notre petite caravane se désorganise subitement : le musulman elle juif regagnent leurs quartiers respectifs, et moi, je me dirige vers Casa Nuova, la maison hospitalière des Pères de Terre-Sainte.
TU
JÉRUSALEM. — Voie de la Captivité. — Gethsémani , tombeau de la Vierge. — Cédroçi , vallée de Josaphat , Cénacle. — Les lépreux , le Xystus.
Voici le moment d'expliquer au lecteur le but que je me suis proposé en écrivant ce livre, précédé par tant d'autres traitant le même sujet, mais sous un autre point de vue que le mien. La Terre-Sainte a dû éveiller à la fois Tattention studieuse du chrétien et de rhistorien, comme du littérateur et de l'archéologue. Chacun avait sa visée spéciale, et, après avoir visité le pays en voyageur consciencieux, je l'admets, mais enfin en voyageur, sa
part faite, il l'a emportée à Paris, à Londres ou à Berlin pour lui donner les développements nécessaires. Ce n'est pas en voyageur que j'ai parcouru la Palestine; j'y ai résidé plusieurs années de suite ; historien sédentaire, je n'ai eu dans ce pays pour étude spéciale que le pays lui-même ; j'ai voulu, pas à pas, y conduire avec moi le lecteur et même le pèlerin, qui trop facilement s'y égare au milieu d'un dédale de renseignements contradictoires. Du plan que je me suis tracé , de la division par courses, il pourra résulter quelque sécheresse dans les détails, et n'étant point écrivain le talent me fera défaut sans doute pour déguiser leur aridité sousles pompes du style ; néanmoins mon système m'a semblé le plus sûr pour ne rien omettre d'important, soit sur ce qui touche à la religion, soit sur ce qui touche à l'histoire, et je suis convaincu que si le lecteur a la patience de m'accompagner jusqu'au bout , il aura par mes yeux, vu la Palestine comme s'il y avait passé trois ans.
Ceci dit, pour accomplir notre première
course , à peine entrés dans Jérusalem , bâtons-nous d'en sortir par la porte orientale que les pèlerins appellent porte Saint- Étîenne, et les Arabes porte Notre-Dame- Marie {Bab'Sitti'Mériem) ; nous y ferons retour bientôt; mais, avant d'en passer le seuil, examinons rapidement un grand réservoir, legs précieux de l'antiquité , situé sur le côté droit de la rue, entre la mosquée d'Omar et les masures qui font face à l'église Sainte- Anne. C'est la piscine probatique ou de Béthcsda S le bassin où les victimes de l'holocauste devaient être purifiées» L'ange qui, chaque année, venait agiter la surface des eaux, apportant ainsi la santé aux malades pleins de foi qui se pressaient sur les bords de la vasque, ne trouverait aujourd'hui à exercer son souffle puissant que sur des décombres et des immondices. Le bassin purificateur est devenu le cloaque de tout le quartier. Voilà ce qu'amène la doctrine engourdissante du fatalisme, l'immobilité, la léthargie, la nuorf.