‹ Trois ans en JudéeChapitre 17 sur 119 · Jean, V · texte numérisé non relu

Jean, V

Appuyons un peu à gauche, nous en aurons une preuve nouvelle. En effet, trente pas plus loin en dehors de la ville est un autre réservoir plus petit et un peu moins délabré que le premier, mais devenu presque aussi inutile. Il porte le nom de piscine Natatoria.

N'y a-t-il pas dans cet aveuglement des populations de la Palestine, plus insoucieuses que les brutes même de leurs besoins les plus impérieux, un miracle perpétuel, une conséquence fatale de Tarrèt qui les a maudites depuis lé jour du grand sacrifice ? Ainsi que le sang d'Abel a fait germer les ronces et les épines, le sang régénérateur qui, par tout le monde, a fécondé l'humanité, brûle ici la terre du peuple déicide et obscurcit de vapeurs mortelles rintelligence de ceux qui l'habitent. Chaque pierre proclame l'éternelle malédiction de Dieu ; c'est que chaque pierre a bu le sang d'un saint ou d'un prophète. Ce rocher, sur lequel nous passons, est la couche funèbre du premier martyr de la foi chrétienne.

C'est ici, dit-on , que saint Etienne a été la-

pidé*. Là-bas, devantnous, le Sauveur a sué du sang ; plus loin, c'est le lieu de la trahison, puis le monument d'Absalon le parricide, et le mont du Scandale, et Tendroit où Isaïe subit une mort cruelle. A chaque pas, vous trouvez le souvenir d'un crime. Mais, comme le plus grand de tous a eu pour effet de racheter le monde, au lieu de condamner les criminels, plaignons-les d'avoir été les instruments aveugles des éternels décrets. Leur victime ellemême priait pour eux, « car ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. » Et comme nous avons achevé de descendre la pente rapide qui mène au fond de la vallée de Josaphat, entrons dans la chapelle de l'Agonie.

Cette sombre grotte, avec son pavé de granit, ses murailles de roche nue, son autel sévère de marbre blanc, est cent fois plus inspiratrice , plus touchante que les riches et somptueuses chapelles , aussi est-ce avec une profonde émotion que j'y entendis hre le récit de l'Évangile, cette page sublime où corn-

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