Matt., XXVI, 36. — Marc, XIV
peut-être ont-ils repoussé des mêmes souches, après que Titus eut fait couper tous les arbres aux environs de Jérusalem. La petite porte en fer qui donne accès dans Tenclos s'ouvre à l'orient; devant cette porte 'on montre un rocher sur lequel les apôtres s'endormirent' ; un peu plus au sud une impasse entourée de murs en pierres sèches marque l'endroit maudit où Judas donna à son maître le baiser de trahison *.
Nous continuerons à descendre la vallée en suivant le cours ordinaire du Cédron. Sur notre droite, le lit toujours sec du prétendu torrent expose au soleil ses cailloux brûlés ; devant nous, ce monument bizarre qui, sur un rocher taillé en cube, élève un cône évasé surmonté d'un arbuste en guise de panache, passe pour être le cénotaphe d'Absalon. Il ressemble peu, je l'avoue, à la colonne de marbre blanc^ que, d'après Josèphe, ce prince s'était élevée pour perpétuer son nom, en
1. SanuUis in secretîs, livre III, § 14, chap. ix. — 2. Hen. Canisius, t. VI, Ànt, lect.— 3. IL Rois, XVIII, 18. — Jos. Ant., hébr., livre VII, chap. ix.
rappelant la main d*Absalon. Les musulmans, frappés de sa forme baroque, le nomment le chapeau de Pharaon (tantoura Féraoun); mais pour les chrétiens, tombeau d'Absalon il a été baptisé, et tombeau d'Absalon il restera ; aussi nul pèlerin n'oublie d'y jeter une pierre pour maudire le fils rebelle, usage ancien dont pourrait à bon droit se plaindre le roi Josaphat qui, placé derrière, reçoit souvent les éclaboussures de l'indignation traditionnelle. Les cailloux ainsi amoncelés cachent toute la partie inférieure de son sépulcre, et n'en laissent paraître que le fronton.
La vallée devient un véritable champ de pierres tumulaires : tous les juifs ont pour suprême ambition de se faire enterrer ici.
Jetons en passant un coup d'œil sur le tombeau de saint Jacques, reconnaissable à son portique, soutenu par deux colonnes, et sur celui de Zacharie, monolithe inachevé qui fait le digne pendant de celui d'Absalon, remplaçant le cône par une pyramide quadrangulaire fort peu élégante; et sans chercher à justifier ces dénominations dues au caprice,
mais consacrées par Tusage, franchissons, sans nous mouiller, le Cédron à Tendroit où le Christ Ta franchi, brutalement entraîné par les suppôts du grand prêtre On montre sur un rocher la trace de ses genoux, l'empreinte qu'il y laissa en tombant*.
Pour arriver au pied des murs de la ville, la montée est rude, et Ton est heureux de se reposer un instant, sous prétexte d'admirer à loisir la Porte Dorée, Cette porte à double baie, aujourd'hui murée, s'ouvrait au temps d'Hérode sur le portique oriental du temple. Une ancienne prédiction annonce que les chrétiens, vainqueurs, doivent un jour entrer par là dans la ville sainte, comme autrefois le Christ y entra triomphalement. Aussi les musulmans, malgré leur fatalisme, ont cru pouvoir détourner le sort en murant cette porte. Dans presque toute sa longueur, la muraille orientale de la ville est composée de blocs énormes, longs de 4 à 5 mètres. C'est évidemment un reste de l'ancienne enceinte du temple.