‹ Trois ans en JudéeChapitre 38 sur 119 · Psaume CXIV, 4 et · texte numérisé non relu

Psaume CXIV, 4 et

bien pafée et bien entretenue. Il poUe aussi Tempreinte du pied divin.

Chrétiens de toutes les communions et musulmans de toutes les sectes, sont unanimes pour accorder à ce lieu la plus grande vénération. La petite mosquée est gardée par un vieillard très-complaisant qui habite dans la maison adroite de rentrée; il m'offrit le café de l'hospitalité et me permit de monter au haut de son minaret. De cette position on jouit d'un panorama magnifique : à l'est, un chaos

de montagnes décroissantes , semblables à

des vagues, se précipitent vers la mer Morte; l'étendue azurée de ce lac maudit et la ligne horizontale des montagnes de l'Arabie Pétrée se perdent dans un voile de brume matinale; de l'antre côté , Jérusalem se développe dans toute sa superficie, étalant au premier plan le long carré désert de Haram-Schérif, audessus duquel, un peu plus loin, s'arrondit la lourde calotte de plomb de l'église du Saint- Sépulcre, qui semble se lever péniblement pour jeter un coup d'œil sur son orgueilleuse rivale; et tout en haut, à l'horizon, le plus

antique de tous ces monuments, la vieille tour de David les domine de sa masse carrée que surmonte le pavillon rouge des Ottomans.

Que de fois depuis je suis revenu admirer ce coup d'œil grandiose , examiner patiemment celte énigme indéchiffrable que Ton appelle la topographie de l'ancienne Jérusalem ! Exaspéré par les contradictions perpétuelles de tous les chercheurs, affolé par les discordances des textes, ahuri par les démentis énergiques du terrain lui-même, j'avais le courage fanatique de gravir en plein soleil la montagne sainte, et toujours, après quelques heures d'un patient examen, je revenais plus incertain, chargé de nouveaux doutes, jurant bien d'abandonner cette interminable partie.

Aujourd'hui, je ne veux pas toucher ce sujet épineux; j'ai mon pèlerinage à compléter, ce qui m'oblige à descendre un peu dans la direction du sud pour saluer le tombeau de sainte Pélagie; puis à remonter tout autant, dans la même direction, afin de pouvoir dire que j'ai vu l'endroit où les apôtres composèrent le Credo. J'ai trouvé

aussi ce souvenir du premier symbole sur le mont Sion, ce qui me semble plus raisonnable; mais enfin, la tradition existe Je me croisobligé de la rapporter par acquit de consciçnce.

Je descends encore vers le sud, cette fois pour ne plus remonter. Dieu merci ! et j'arrive devant un bloc de roche percé d'une étroite ouverture , c'est le Tombeau des Prophètes,

Qu'on se figure, après une sorte d'antichambre dont la voûte est effondrée, un trou par où Ton doit passer presque en rampant ; c'est la porte de la Nécropole. La porte donne accès dans un long corridor , traversé à droite et à gauche par deux couloirs qui le coupent à angle droit et aboutissent à une galerie presque demi-circulaire. Cet étroit passage conduit à un réduit carré percé d'alvéoles funéraires. Toutes ces niches, tous ces fours à cercueils sont d'un travail peu soigné, sans ornements et sans traces de sculptures.

Cette grotte curieuse, dont un plan graphique ferait mieux comprendre la disposition que toutes les descriptions du monde, a cela de

particulier que les murs ont été couverts d'un crépissage, ce qui ne se retrouve dans aucune des nombreuses caves sépulcrales dont les environs de Jérusalem sont criblés. Était-ce bien le rocher de Péristéréon^ ou, comme aurait dit un Romain, le Columbarium dont parle Flavius Josèphe? J'ai peine à le croire; si considérable qu'il soit, un monument souterrain que rien ne trahit à l'extérieur serait peu propre à servir de point de repère dans l'indication d'un tracé stratégique ; de plus, par une exception unique , cet hypogée , seul entre tous, ne mérite pas le nom de rocher que l'historien juif donne à son Péristéréon, puisque l'enduit des parois dénonce qu'en certains endroits le roc faisant défaut avait été remplacé par de la maçonnerie, cet enduit étant destiné sans doute à cacher sous une couche uniforme les traces de cette irrégularité.

Quant à l'étiquette menteuse de Tombeau des ProphèteSy je ne la discute pas ; ces hommes inspirés, demi-poëles, demi-tribuns, ces champions de l'Église hébraïque contre le

pouvoir temporel des rois, n'ont jamais reposé dans ces tombes ; les écrivains sacrés désignent même formellement pour les plus célèbres le lieu de leur sépulture ; ainsi Isaïe sous un chêne près de la fontaine Rogel, Jérémie en Egypte, Daniel et Ezécbiel à Babylone, Jonas à Gelh, Amos à Tecoa, etc. Dirat-on que le plus illustre des prophètes, celui dont le souvenir est le plus profondément gravé dans Tesprit du peuple, le grand prophète Élie enfin, aura donné à ce caveau son titre glorieux? Il y a tant de choses qui se disent!... Il y a tant de scribes et de pharisiens de par le monde intéressés à enrichir de traditions certains endroits auxquels ils doivent bien en justice cette réciprocité, gens qui descendent en droite ligne de ceux à qui s'adressait le Maître : « Malheur à vous, scribes et pharisiens, qui élevez des tombeaux aux prophètes et ornez les sépulcres des justes en prétendant valoir mieux que vos pères*!»

En quittant le prétendu tombeau des pro-

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