‹ Trois ans en JudéeChapitre 58 sur 119 · Jérémie, Lament, V, 2t · texte numérisé non relu

Jérémie, Lament, V, 2t

2. M. Bida, après être venu s'inspirer à Jérusalem, a rendu la scène dont je viens de parler avec une vérité et un talent hors ligne.

opérer que sur une petite échelle, deux grandes consolations qui leur manquent. Cependant, il n'est pas un vieillard qui, sur la fin de ses jours, n'aspire à venir s'éteindre au pays de ses pères, dans une des quatre cités saintes, Jérusalem, Hébron, Safifet ou Tibériade. Le rêve le plus ambilieux est de mourir à Jérusalem, la veille d'un sabbat, et d*être enterré aussi près que possible du tombeau de Josaphat; mais, iivQn licet omnibus ire Corinthum, et les meilleures places dans la funèbre vallée sont réservées aux plus puissantes bourses. Le droit d'enterrement compte en première ligne parmi les revenus de la caisse Israélite. Cette caisse, destinée à secourir les familles nécessiteuses, a fort à faire, et ne. parvient à se maintenir qu'au moyen des aumônes recueillies des quatre points de l'horizon. En effet, les pauvres sont nombreux, et la nation juive peut compter pour une bonne moitié dans la population de la ville sainte.

Parquée sur le versant oriental du Monl- Sion, entre les deux grandeurs passées de son histoire, la cité de David et le Temple, elle

végète tristement, se livrant aux industries équivoques, aux trafics douteux que les autres dédaignent, aussi habile à faire argent de tout qu'à déguiser le bénéfice acquis sous les apparences de l'indigence. Tous l«s juifs ont l'extérieur également misérable, la même allure nécessiteuse; pourtant, bon nombre d'entre eux, dans leur sombre et malsaine retraite, ont quelque vieux sac caché dans un vieux coffre où les écus n'attendent qu'une occasion favorable de croître et de multiplier. Malgré leur utilité, malgré leur souplesse et leur habileté à se plier à tout, peut-être même à cause de ces qualités inhérentes à leur race , les fils d'Israël sont ici l'objet de l'antipathie et du dédain des autres communautés.

Dissimulés, obséquieux, craintifs à l'excès, par leur pusillanimité ils excitent plutôt qu'ils ne désarment les sentiments hostiles des chrétiens, heureux de se venger, en les taquinant, de leur avilissement volontaire vis-à-vis des musulmans. Je ne parle pas des juifs qui s'abritent sous le pavillon de quelque consul européen, ceux-là sont presque des hommes,

190 nous ANS BN JUDÉE.

el Ton pourrait plutôt leur reprocher trop d'insolence, défautordinaire des peureux rassurés. Mais, en thèse générale, à Jérusalem plus que partout ailleurs, la malédiction de Moïse s'est accomplie ^u pied de la lettre : ils restent en petit nombre là où ils furent nombreux couune les étoiles ; TÉtemel, qui les a dispersés parmi tous les peuples, les y fait vivre comme des étrangers, avec un cœur tremblant ^

Quand j'eus pris place sur le divan du £hakham Mardochaî, mon rabbin, il s'excusa de ne point m'ofirir la pipe à cause du sabbat commencé ; la lampe fumeuse suspendue à la voûte brûlait depuis trois heures après midi ; sans cette précaution, il faudrait se résou* dre à passer la soirée et la nuit dans les ténèbres, à cause de la défense d'allumer aucun feu pendant le jour du repos '. Et le jour se compte encore en Orient entre deux couchers de soleil, comme dans les temps anciens : « M fut soir, il fut matin, un jour. > Quoique privé de l'auxiliaire normal de toute conversation,

Page 1