Lévit., XXV, 23.- 2. Lévit., XXV
seul morceau remarquable du Mekhémé ou tribunal, et, traversant par des ruelles infectes une grande partie du quartier juif, nous voici arrivés devant le mur des Lamentations.
C'est une espèce de corridor à ciel ouvert dont le côté oriental est formé par l'enceinte de la mosquée d'Omar. Je retrouve la maçonnerie grandiose qui m'a frappé dans ma course autour des murailles de la ville , échantillon bien conservé des constructions du Temple de Jéhovah. Ces antiques pierres ont des dimensions imposantes, et l'assise inférieure surtout se compose de blocs cubiques taillés avec un soin particulier. Tout le long règne un pavé entretenu avec beaucoup de soins, dans un état de rare propreté ; c'est, pour ainsi dire, une synagogue sans toit, lieu sacré de prières d'un peuple sans patrie dans sa patrie même. Une cinquantaine de juifs en haillons, vieillards et jeuiies gens, sont en prières devant ■ces restes impassibles de leur nationalité détruite ; les uns venus du fond de l'Allemagne avec leur toque de fourrure, les autres des
provinces russes et polonaises avec leur longue robe graisseuse et leur feutre indescriptible; ceux-ci arrivant du Maroc et de TAlgérie couverts d'un burnous en lambeaux, ceux-là des pays orientaux où ils portent le turban bleu surmonté d'une excroissance conique; tous, ridicules partout ailleurs à cause de leurs fantastiques costumes, ont ici un caractère commun de tristesse et de proscription qui les rend intéressants. Le front collé sur les pierres saintes qu'ils baisent de temps en temps, en les arrosant de pleurs véritables, ceux-ci récitent, dans leur antique idiome, de longues et ferventes prières ; ceux-là, une vieille Bible à la main, le pied droit étendu, psalmodient d'une voix dolente les sublimes Echa (Lamentations) du prophète de malheur, tout en se balançant d'avant en arrière comme des gens ivres de douleur « Ramène-nous, ô Jéhovah! vers toi, et nous reviendrons ^ renouvelle nos jours comme autrefois ! car, si tu nous as tout à fait rejetés, si ta colère s'est enflammée contre nous violente, ramène-nous , ô Jéhovah ! vers toi , et nous
reviendrons , renouvelle nos jours comme autrefois * !
Je restai jusqu'à la fin dç la prière silencieux et réfléchi, sous l'impression de ce spectacle émouvant*. Gomme je m'éloignais, marchant dans la môme direction que les juifs qui avaient terminé leur oraison « Passerez-vous devant ma maison sans vous y reposer ? » dit derrière moi une voix connue. Je me retournai tout surpris et j'aperçus le rabbin avec le-
* quel j'avais fait connaissance sur le paquebot. Bien que le soleil fût couché et que l'entrée de la demeure n'eût rien d'attrayant, j'acceptai son invitation. La vue du désespoir d'Israél avait rendu nion cœur accessible aux senti-
. ments sympathiques.
Pauvres juifs! ils sont plus malheureux en Judée que partout ailleurs, car ils n'y ont pas les ressources que leur offrent les autres pays : le commerce y est nul , l'usure ne trouve à