Exode III, 1; XVIII
Courses à l'extérieur, au nord et à l'ouest des murs
. d'enceinte. — Cavernes royales, grottes de Jérémie. —
Discussion topographique. — Traditions sur l'arbre ou
la vigne du Cheikh et la grotte du Foulon. — Tombeaux
• des Rois , des Juges.
L'aiguille du cadran solaire marquait une ombre double de sa longueur, le muezzinn, du haut des minarets, annonçait aux croyants l'heure du salath Assr * ; c'était le signal convenu, le moment que je m'étais fixé pour aller
1. Les musulmans font la prière (Namaz) à cinq heures différentes du jour : 1» celle de l'Aurore (salath Souhh) elle a été composée par Adam lorsqu'après avoir été expulsé du Paradis terrestre il vit pour la première fois la lumière du jour; 2° celle de Midi (salath Dhohor) récitée par Abraham à l'occasion du sacrifice de son fils; 3* celle
explorer la partie extérieure nord de la ville. Comme une portion de cette course devait être souterraine, j'avais envoyé d'avance quelques Arabes munis de ce qu'il fallait pour m'éclairer dans les grottes. Je me dirigeai donc vers la porte de Damas ou de la Colonne (Bab-eU Aamoud) , dont l'intérieur comme l'extérieur mérite un examen particulier. Ici on retrouve pour assises des pierres dont les dimensions attestent Tantiquité de cette partie de l'enceinte; là, les moucharabié , les créneaux et les arabesques artistement enlacées rappellent la belle époque de l'architectuFe moresque.
Une inscription koufique, placée au-dessus dn corps de garde, contient la profession de foi musulmane : // n*y a de Dieu que Dieu et
du milieu du jour {saïath Assr) expression de la reconnaissance de JonaS; sorti du ventre de la baleine; 4° la prière du Soir {salath Moghreh) fut dite, vers le crépuscule, par Jésus-Christ, pour assurer TËternel de sa soumission et de celle de la Vierge; enfin, 5° celle de la Nuit (salath Escha) a pour auteur Moïse. Ce prophète s'étant égaré au sortir de Madian, se trouva, à l'entrée de la nuit, dans la plaine Ouady-Eymen ; consolé par une voix du ciel, il fit ce Namaz en action de grâces. (Voy. le Moultakaj recueil des lois canoniques musulmanes.)
Mahomet est son prophète. J'escalade, pour longer le pied des murailles, le pelil tertre à drolfe formé des immondices et des décombres rejetécs hors de la ville ; et après avoir fait environ deux cent cinquante pas, je trouve mon monde qui m'attendait devant une petite ouverture demi-circulaire regardant la grotte dite de Jérémie.
Un machelak mis sur le sol me permit «le franchir cette entrée difficile sans trop me salir, et bientôt je me trouvai au milieu d'une vaste chambre, dont on ne peut voir la fin, malgré l'éclat des torches. Rien de plus saisissant que ces grottes ; les vieilles générations, en les creusant, semblent avoir voulu porter un défi aux siècles à venir. Des salles immenses, soutenues par des colonnes naturelles, laissent s'ouvrir dans leurs parois des percées sombres et béantes qui pénètrent dans d'autres chambres non moins grandes. A gauche, c'est un amas confus, désordonné, de roches entassées, un chaos d'énormes blocs de calcaire, soutenus par d'autres blocs, roulés pêle-mêle. Mes éclaireurs, parmi lesquels se
trouvent quelques nègres, paraissent et disparaissent en sautant au milieu de ce dédale de rochers dont la surface humide réfléchit les rouges lueurs des flammes résineuses, et le caprice de leur marche donne au tableau une physionomie fantastique et imposante à la fois. Devant moi, d'autres blocs immenses qui pendent perpendiculairement semblent me reprocher mon audace et me menacer de leur chute. Partout la trace de Tindustrie humaine, la preuve évidente d'un grand génie constructeur.
Sans nul doute on est ici dans des carrières. Uni les a exploitées, et pour quel ouvrage l'ont-elles été? Ces deux questions, je vais essayer de les résoudre. La manière dont sont taillées les pierres, encore aujourd'hui en place, me permet déjà de faire remonter cet ouvrage plus haut que l'ère chrétienne ; on retrouve, en effet, dans la coupe du calcaire le même procédé dont on s'est servi pour creuser la plupart des excavations des vallées de Hinnom et du Cédron ; les pierres séparées du rocher par des entailles verticales
d'un décimètre de largeur, affectent dans leur concavité la courbe d'un quart de cercle ; je crois ces coupes pratiquées avec une scie ou plutôt un disque circulaire qui, mis en mouvement par un archet, opérait une demi-évolution. Aujourd'hui encore les maçons arabes qui veulent percer un mur emploient un instrument de ce genre. L'entaille faite, et suffisamment profonde pour l'épaisseur qu'on désirait conserver à la pierre, on en détachait avec un pic ou un levier la face postérieure adhérente au roc, ce qui explique la grande largeur des entailles ; ainsi la pierre se trouvait , par l'opération même de l'extraction , taillée sur trois de ses surfaces.
Si nous prenons maintenant la mesure du vide laissé par les j)ierres enlevées, nous trouvons qu'elle coïncide parfaitement avec la grandeur des blocs soi-disant salomoniens, qui forment dans certaines parties le soubassement des murailles actuelles de la ville et du temple. En outre, la composition du calcaire est la même et l'épilhète dont se sert
Josèphe Flavius*, pierre d'une extrême blancheur, s'applique parfaitement ici. Je fais donc remonter, sans craindre la critique, l'ouverture de ces carrières au moins au temps d'Hérode. Ce monarque, surnommé le Grand, et qui, certes, avait le sentiment de la grandeur, aurait donné l'ordre de les exploiter pour la reconstruction du mur d'enceinte, et pour les nombreux travaux d'embellissement ou de défense dont il enrichit la ville.
De ce fait je lire une conclusion qui nous servira tout à l'heure, lorsque nous visiterons le tombeau des Rois, et plus tard lorsque nous étudierons les différents tracés des enceintes anciennes de Jérusalem. Selon mon hypothèse, ce sont là des cavernes royales, que l'on peut appeler en grec <ncT5Xa(a paci- Xtxa. Or, FI. Josèphe dit que le mur d'Hérode- Agrippa passait par les cavernes royales*, B\k ffTT/iXatwv paîiAixwv; nul doute alors quel'his-