Deut., XXXIV
lai que quand il serait Tcdontairement descendu dans son sépulcre. Gomme Moise savait que son peuple , après sa mort , se détournerait de la voie droite et exciterait la colère divine, il ne se pressait pas de mourir, et avec le plus grand soin évitait d'approcher d'aucun tombeau. Cependant le temps était venu de lui donner Tétemel repos. Un jour qu'il se promenait dans ks montagnes, il aperçut sur une colline Manche comme la neige quatre hommes qui , avec de grmàs efforts , creusaient une salle dans les flancs du rocher. Ces hommes étalait quatre aages envoyés par Dieu, et revêtus d'une envdoppc grossière pour mieux tromper le pn^èle :
« Que faites-vous dans ce lieu soBaire ? dec manda Moïse aux travailleurs. — Noos pré- « parons une retraite où notre roi veut enfer- « mer le plus précieux de ses trésors, lépon- « dirent-ils ; c'est pour cela que sons nous c sommes écartés dans le désert. Notre tâdie c est à peu près finie, nous allons att^idre « ici l'arrivée du précieux dépôt qui ne peut « tarder beaucoup. ••
« Le soleil était ardent, et nul endroit aux environs n'offrait le mcundre abri contre ses rayons. La caverne seule présentait une onH bre délicieuse et une fraîcheur séduisante ; Moïse , accablé de fatipie , entra pour se reposer un instant sur le banc de pierre placé au fond, et qui semblait Tinviter au repos.
« Dès qu'il s'y est assis, un des quatre ou- XTiers s'approche et lui offre, avec le plus grand respect, une pomune à la couleur appétissante, au parfum rafraîchissant, que le prophète accepte pour se désaltérer. Mais, à peine en a-t-il respiré l'odeur qu'il tombe dans le sommeil de Pétemité K Son âme, recueillie par les anges , ministres des ordres du Très- Haut, est portée sur leurs ailes devant le trône de Dieu , et son corps demeure étendu dans la grotte, où il repose encore depuis ce jour. Depuis lors cette roche , qui trompa la prudence de l'homme divin, a conservé sa
1. Ayant vu Allah, ayant entendu sa voix, lui ayant parlé, Moïse ne pouvait plus recevoir la mort par Pœil, par l'oreille ou par la bouche.
blancheur apparente à Textérieur ; mais, dès qu'on la fouille, on la trouve, sous sa couche superflcielle , plus noire que les anges de la mort. Vous autres Prandji , qui êtes si savants, vous devez reconnaître que ce n'est pas une chose naturelle; sans un miracle pourriezvous expliquer cela ? »
Je me gardai bien de lutter contre la foi robuste de mon guide ; il était convaincu, je respectai sa conviction ; et , après l'avoir remercié de sa nouvelle légende , après avoir témoigné par un léger cadeau ma gratitude à rhôte de la tour, je me résignai à quitter l'ombre pour le soleil.
Il fallait à tout prix se hâter pour aller yisitcr le mont de la Quarantaine , à une lieue de Jéricho ; nous avions projeté de faire le repas du soir et d'étendre les tapis à la fontaine d'Elisée. Nous marchons donc rapidement, jetant en passant un coup d'œil à cette jolie source que j'aurai tout le temps d'admirer plus tard, et nous continuons d'avancer vers le nord. Bientôt une haute montagne se dresse à pic devant nous. Pas moyen
de songer à la franchir à cheval. Devenus fantassins , nous voilà escaladant par un chemin de chamois les roches escarpées. A notre gauche un véritable précipice, profond de trois cents pieds pour le moins, ouvre son gouffre béant, où roulent en retentissant les pierres qui se détachent sous nos pas. Quelques passages offrent à peine aux pieds la place nécessaire pour s'appuyer sur une corniche en saillie au-dessus de Tabîme.
Devant un danger réel, nous hésitons un moment à continuer notre aventureuse ascension. Enfin , nous atteignons le but, nous entrons dans une petite chapelle en ruines , suspendue comme un nid d'aigle au flanc du rocher ; quelques grottes y aboutissent , cellules maintenant désertes des anachorètes qui avaient choisi cet inaccessible ermitage. Des restes de peintures murales de style byzantin en témoignent, nous sommes dans un lieu de prière; la piété des premiers siècles d voulu consacrer l'endroit où, selon la tradition , le Christ a jeûné pendant quarante jours. Ce souvenir a laissé trace dans
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le nom de Qorontoul que porte actuellement la montagne ; les pèlerins l'appellent mont de la Quarantaine, ce qui, au premier aspect, éveille Fidée fausse d'un isolement sanitaire.
Peut-être les grottes qui nous entourent sont-elles les cavernes des sept vierges que mentionne l'Itinéraire d'Antonin; peut-être le précipice ouvert devant nous a-tnl reçu dans ses profondeurs les dix mille prisonniers iduméens qu'Amasias précipita dans un gouffre après sa victoire*; peut-être Élie, lorsqu'il s'était réfugié au désert, sur les bords du torrent de Cariih% Qui coule au bas de cette montagne, vint-il plus d'une fois prier sur l'étroite plate-forme où nous sommes, attendant dans cette affreuse solitude la nourriture que lui apportaient les corbeaux célestes. Mals^ certes, le souvenir qui absorbe ici tous les autres, c'est la retraite et le jeûne du Sauveur : les musulmans eux-mêmes en ont conservé la tradition.
« En cet endroit sauvage, me ditKutchuk-