‹ Trois ans en JudéeChapitre 86 sur 119 · II, Parai., XXV, 12.— 2. IIL Rois, XVH · texte numérisé non relu

II, Parai., XXV, 12.— 2. IIL Rois, XVH

raOIS ANS EN JUDÉE. 291

Aaly, qui m*a suivi malgré ses soixante ans avec Tagilité d*un jeune bonune, le grand prophète Jésus, TEsprit de Dieu (que le salut et la bénédiction soient sur lui!) vint avec ses disciples célébrer, loin du tumulte du monde, le saint mois de ramadban. Gomme les montagnes de Jérusalem bornent la vue du côté de Toccident, et qu'il lui était impossible d'apercevoir, pour faire Viftar (rompre le jeûne), le soleil à son coucher, il fit, avec la permission de Dieu, une image en argile représentant un oiseau, et, après une invocation au Tout-Puissant , il souffla sur ce simulacre ; aussitôt Toiseau agita ses ailes massives et s'envola dans une de ces obscures cavernes.

Cet oiseau, c'est le khofasch (chauve-souris), qui ne sort de sa retraite qu'au moment où le soleil se couche. Chaque nuit, au Moghreb , le khofasch venait voltiger devant le Seigneur Jésus , qui se préparait alors , avec ses disciples, à la prière ; dès qu'il s'était acquitté de ce pieux devoir, le Miséricordieux faisait descendre du ciel une table d'argent, garnie d'im linge d'une blancheur

({ui éclairait les ténèbres; sur cette table se trouvait un grand poisson rôti, cinq pains, du sel et du vinaigre, des olives, des grenades, des dattes et de la salade fraîche, cueillie dans les jardins du ciel. Le prophète se rassasiait, et les anges de Dieu le servaient à table. »

Au bas de la montagne, où nous parvînmes sans accident, sinon sans émotions, nous retrouvâmes nos chevaux qui patientaient en broutant l'herbe au bord du torrent : pressés de suivre un si bon exemple, nous étions, un quart d'heure après, installés au bord de la fontaine d'Elisée, dans un site sauvage et charmant.

Une source abondante et limpide, assez considérable pour donner naissance à un petit ruisseau, a créé là, au milieu de l'aridité du désert, un îlot de végétation vivace. Les chênes ilex et iEgilops, les tamarix flexibles, les buissons du nebka entremêlent les tons variés de leur verdure, et servent d'asile à une multitude gazouillante ; le sanglier et la gazelle s'agitent dans les fourrés, efTarouchant les

perdrix rouges et les geais d'azur; partout la vie déborde en fleurs odorantes, en bourdonnements harmonieux. Et cependant cette source fécondante, dont Feau délicieuse coule le long de mon tapis et arrose mon repas du soir, était jadis une onde amère et corrosive qui portait partout la stérilité et la mort. Le prophète Elisée eut pitié deà habitants de Jéricho, et, usant en leur faveur de la puissance miraculeuse qu'il venait d'hériter de son maître, il guérit ces eaux en y jetant une poignée de sel*. Profitant des suites du miracle, je me joignis au concert de reconnaissance qui s'élevait de chaque arbre, de chaque buisson, de chaque touffe d'herbe, pour saluer le soleil couchant, et, après une excellente tasse de café que mon escorte me fit au feu du bivouac, je me reposai, sous un ciel tout ardent d'étoiles, d'une journée longue et rudement employée.

Au petit jour je quittais l'oasis, tournant le dos à l'horizon blanchissant, pour remonter à Jérusalem. A quelques pas de la fontaine,

Page 1