‹ Trois ans en JudéeChapitre 99 sur 119 · Jean II · texte numérisé non relu

Jean II

pauvres et des malheureux , Naïm avec son touchant souvenir de J*orphelin ressuscité, Tibériade assise au bord d'un lac bleu qui baigne les débris ignorés de Betsaïde, de Corozaïm. de Gapharnaûm, enfin Nazareth, la reine de la contrée pour tout cœur religieux, Nazareth dont le. nom glorieux fermera cette énumération déjà si longue.

Bâtie en gradins dans un amphithéâtre de montagnes , au milieu de roches blanchâtres jqui font mieux ressortir la verdure naissante de ses figuiers, Nazareth est le sanctuaire où commença le rachat de Thumanité ; c'est là que rÉternel descendit dans le sein d'une vierge pour guérir nos misères en les partageant, et tout voyageur qui lit sous l'autel de l'église , ces mots ineffables : « Ici le Verbe s'est fait cliair, » s'abîme dans la grandeur du mystère de la clémence divine, et reste anéanti entre les crimes du passé et les espérances de l'avenir.

Topographie de Tancienne Jérusalem.

A Jérusalem, dans l'église du Saint-Sépulcre , on montre un morceau de marbre indiquant l'axe central de la terre : Jérusalem en effet est bien le centre du monde. Vers cet endroit, si grand dans l'histoire morale de l'humanité, convergent, comme autant de rayons, les longues files de pèlerins qu'y envoient tous les points de l'horizon.

La ville sainte est saluée de ce titre glorieux

par toutes les nations : chrétiens, juifs, musulmans en font le but de leur pèlerinage ; les peuples les plus divers , le!^ sectes les plus opposées s'y donnent rendez-vous, préludant à la grande assemblée qui doit un jour réunir tous les fils d'Adam à la vallée de Josaphat.

Lorsqu'on y séjourne quelques mois, on cherche donc naturellement à rétablir la topographie de l'ancienne ville, à en reconstruire les enceintes, à replacer les monuments sur leurs bases, espérant, par ce travail, rendre plus saisissants encore ses vicissitudes et ses malheurs. La tâche est difficile; beaucoup ont échoué ; quelques-uns, le célèbre d'Anville, le docteur Schultz et M. de Saulcy, ont eu le bonheur de faire des découvertes importantes. Nous avons essayé aussi, mon savant collaborateur Lequeux et moi, de diriger un nouveau rayon de lumière sur ce point, et, sans imposer notre système, nous le soumettons à l'appréciation dulecteur comme étant le résultat d'études consciencieuses et d'un séjour prolongé en terre sainte.

Plaçons-nous au nord de Jérusalem, sur

un tertre isolé qui couronne le versant gauche de la vallée naissante du Cédron, en venant de Naplouse. C'est le Scopus, l'observatoire où s'arrêta Titus pour prendre ses premières dispositions et fixer son plan d'attaque. Ouvrons Tacite au livre V de ses Histoires, paragraphe 3 : « Deux collines très-élevées, barrées par des murs tirés obliquement, et intérieurement sinueux, en ligne brisée.... » La description est exacte ; devant nous deux collines s'allongent dans le sens du méridien ; celle de gauche ayant son point culminant au nord , va en déclinant vers le sud ; celle de droite, à peu près parallèle à la première, suit une pente opposée du sud au nord. Entre les deux s'ouvre une large vallée que traversaient les murs des trois enceintes, semblables à des échelons qui réuniraient les deux montants d'une échelle double, représentée ici par les levées des deux collines.

Tout cet ensemble, collines et vallées, forme une sorte de presqu'île dont l'isthme serait au nord, et que, des trois autres côtés, cerneraient des vallées profondes ; à notre gauche,

c'esl-à-dire dans Test , la vallée du Cédron ; à notre droite et au sud, la vallée de Beni-

Hinnom.

La colline la plus haute, celle de Touest, a son point culminant au sud, et, après un ressaut sensible vers le tiers de sa hauteur, va en s*abaissant vers le point opposé. Tout au contraire, l'autre colline, comme nous l'avons déjà dit, a son faîte le plus élevé vers le nord, et forme trois plateaux diminuant de hauteur et allant vers le sud.

Commençons par celle-ci. La partie la plus haute à la droite d'un observateur placé sur le mont des Oliviers est la colline de Bézètha; elle domine un quartier d'une surface presque plane , où se trouvent Téglise de Sainte-Anne et celle de la Flagellation ; tout ce quartier, le dernier réuni à la ville, est ce que Josèphe appelle la ville neuve, Cœnopolis^,

Moins haut que la colline de Bézétha, le large plateau qui sert d'esplanade à la mos-

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