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Trois apôtres de la Nouvelle France

Cojiforvihneni aux décrets du Pape Urbain VJII, nous dêcIaro?is qîie vous ne prétendons attribuer à aucun des faits ou des appréciations et qualificatioJis contefius dans c^tte notice plus d^ autorité que ne lui en donne r Eglise^ à laquelle nous soumettons filialeine7it tiotre juge?nent.

Jlt ©ère "Jean De Btétieuf.

Ee fi. tjean îrc Brétieuf.

H!?.'EST la belle fête de TAnnonciation de Tan de grâce 1593

^ (25 mars), qui donna à l'Église et à la France Jean de

1. Brébeuf. La noble famille, au foyer seigneurial de laquelle ce petit enfant naissait, avait sa résidence à Condé-sur-Vire, en Normandie ('). Il est à croire que les premières et les plus fraîches années de Jean s'écoulèrent dans cette ville au milieu des siens. Mais on ignore le lieu de ses études, et l'on ne sait pas davantage le genre d'occupations auxquelles il se livra jusqu'à vingt-quatre ans. Alors seulement nous retrouvons ses traces, au moment même où, conduit par son ange, il frappe à la porte du noviciat de Rouen et demande à être reçu dans la Compagnie de Jésus (8 novembre 161 7).

Son humilité s'y fût contentée du dernier rang : une place parmi les frères coadjuteurs,

I. Le P. de Brébeuf eut pour petit-neveu Guillaume de Brébeuf, l'auteur de la Pàarsa/e.

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c'est tout ce que Jean sollicitait. — On crut avec raison que D'eu attendait autre chose de lui : il se soumit au jugement de ses supé- ' rieurs, et, son noviciat terminé, il passa au collège de Rouen pour y faire une classe de grammaire à quelques pauvres écoliers. ,

Mais dans ces enfants, le futur apôtre voyait déjà des âmes : aussi se dévoua-t-il à | elles sans réserve ; il s'y dévoua même tellement que son dévouement l'emporta vite sur ' ses forces. Deux ans après son entrée au collège, son épuisement était si grand qu'on dut le décharger de toute occupation. Jean de Brébeuf avait alors vingt-huit ans.

Cette inaction forcée, avec ses inséparables tristesses à un pareil âge surtout, c'était la croix ! Empreinte austère dont le Divin Rédempteur marquait les débuts de cette vie religieuse, en attendant qu'il en marquât le terme d'un sceau plus auguste, le témoignage du rang !

Cependant le zèle ardent du jeune jésuite ne pouvait s'accommoder d'une vie entière-

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ment inactive. Saintement avide des grandeurs du sacerdoce, Jean consacra donc le reste de ses forces à recueillir, dans une étude solitaire et pénible, les connaissances i théologiques les plus indispensables au prêtre ! de Jésus-Christ. Dieu bénit ce courageux ! travail et, deux ans après, le 25 mars 1623, à Rouen même, le P. de Brébeuf avait le bonheur de monter pour la première fois au saint autel !

I Le soldat du Christ était prêt désormais. I Uappel ne se fit pas entendre immédiatement toutefois. Le P, de Brébeuf, dont la forte santé ! avait enfin repris sa vigueur première, remplit pendant trois années encore la charge de Procureur au collège de Rouen. — Mais au commencement de 1625, ses vœux furent comblés et ses Supérieurs le désignèrent pour la mission du Canada qu'ils s'apprêtaient à fonder.

A cette époque, le Canada était définitive- \ ment devenu français. Cartier Tavait donné à la mère-patrie, comme un joyau de prix et, =

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grâce à Champlain, depuis une vingtaine d'années déjà, les flots majestueux du St-Laurent reflétaient les royales couleurs de France. Mais ces couleurs ne flottaient que le long du grand fleuve et n'y abritaient guère que des établissements naissants. — Québec se réduisait à quelques cabanes défendues par un retranchement palissade. — Avec un sens politique à la profondeur duquel le protestantisme lui-même a rendu hommage, Champlain comprit que le catholicisme serait le rempart le plus ferme de cette colonie au berceau. Il appela donc, en 1615, les Récollets au Canada.

Ces dignes religieux se mirent aussitôt à Toeuvre : mais, au bout de quelques années d'un labeur incessant, ils virent bien qu'ils ne pourraient suffire au travail et ensemencer le vaste champ qui s'étendait devant eux ; à leur tour, ils réclamèrent des aides. Toujours prompte à donner le meilleur de son sang aux missions les plus déshéritées, la Compagnie de JÉSUS, à laquelle ils s'étaient adressés, répondit généreusement à leur appel. Le 27 avril 1625, sous la conduite d'un récollet de haute naissance, le P. Joseph de la Roche d'Aillon, six

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jésuites s'embarquèrent pour la Nouvelle France.

Le P. Jean de Brébeuf était parmi eux ('). Dès l'abord, il put constater que la jeune mission était vraiment une terre à conquérir; car, à peine arrivés à Québec (19 juin 1625), les missionnaires s'en virent durement refuser l'accès. Sur le même vaisseau qu'eux, la haine, dont on les poursuivait en Europe, avait franchi l'océan et elle les attendait à leur débarquement dans le Nouveau-Monde. — Heureusement, les Récollets avaient un établissement non loin de la ville ; ils y accueillirent leurs frères d'armes, et ils partagèrent généreusement leur tente avec ceux qui venaient courageusement partager leurs héroïques combats.

Peu à peu, du reste, la haine s'émoussa, les préventions tombèrent, et un jour arriva où l'on finit par concéder un terrain aux jésuites, non loin du couvent où ils avaient reçu jusque-là l'hospitalité. — Ils en prirent posses-

I. Il avait pour compagnons le P. Ch. Lalemant, supérieur, ancien recteur du Collège de Clermont, à Paris, le P. Masse, ancien ministre au collège de la Flèche et trois frères coadjuteurs.

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