‹ Trois apôtres de la Nouvelle FranceChapitre 13 sur 21 · I. Lettre au R. P. Ch. Lalemant, 30 août · texte numérisé non relu

I. Lettre au R. P. Ch. Lalemant, 30 août

L'évasion avait réussi, et néanmoins le navire mit à la voile sans emmener l'évadé. Le P. Jogues était redescendu à terre pour calmer l'effroi de la colonie que les Iroquois, furieux de sa fuite, parlaient de saccager;il allait même se remettre volontairement entre leurs mains, quand la plupart d'entre eux se retirèrent, satisfaits des 300 francs de rançon qu'on leur avait donnés. La colonie ne courait plus dès lors aucun danger ; mais le fugitif n'en était pas pour cela en sûreté. « Si Notre-Seigneur ne me protège d'une façon quasi-miraculeuse, écrivait-il, les sauvages qui vont et viennent ici à tous moments me découvriront... Or, s'ils avaient une telle rage contre moi avant ma fuite, quel traitement me feront-ils, me voyant retombé en leur pouvoir ? Je ne mourrai point d'une mort commune... »

Pendant six semaines le P. Jogues vécut

dans ces perpétuelles alarmes, caché dans un

grenier où les sauvages venaient souvent. Une

cloison de planches mal jointes et quelques

futailles vides derrière lesquelles il se blottis-

38 Le Père ISAAC JOGUES.

sait le protégeaient seules : elles suffirent à Dieu pour le sauver.

Le 5 janvier 1644, de bon matin, un passant s'arrêtait à la porte du collège de Rennes et demandait à parler au P. Recteur. En voyant sa figure hâve et décharnée, ses grossiers vêtements en lambeaux, le F. portier le prit d'abord pour un mendiant. C'était le Père Jogues, l'évadé de Renselaerswich.

Parti de cette ville vers le milieu d'octobre et de New-Amsterdam(') le 5 novembre, il avait fait la traversée sur le tillac d'un lougre de cinquante tonneaux qui avait failli naufrager deux ou trois fois. Après avoir touché à Falmouth, il avait été déposé, le jour de Noël, par un bateau charbonnier sur la côte de Saint-Pol de Léon, et il en arrivait à pied. On juge de la vénération avec laquelle ses frères en religion le reçurent ! Le saint confesseur de la foi souffrait beaucoup de ces témoignages de respect ; c'est à grand' peine qu'on obtenait qu'il parlât de sa captivité, et les supérieurs

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