‹ Trois apôtres de la Nouvelle FranceChapitre 16 sur 21 · I. Aujourd'hui Montréal · texte numérisé non relu

I. Aujourd'hui Montréal

provisoire qui fut conclu à Québec. C'est cet accord qu'il fallait faire ratifier par une assemblée plénière des villages et l'envoi d'un ambassadeur à cette assemblée s'imposait. Mission bien dangereuse à remplir auprès de ces sauvages aussi crédules qu'inconstants et dont le tomahawk capricieux était médiocrement, respectueux des immunités 'diplomatiques, si tant est qu'il les connût !

Pour assurer le succès d'une aussi délicate négociation, le gouverneur résolut de donner ses pleins pouvoirs au P. Jogues. La religion aussi bien que la France était intéressée à l'entreprise. Les Supérieurs ne pouvaient guère dès lors s'opposer au choix du gouverneur. Après avoir mûrement réfléchi, ils donnèrent leur consentement ; mais leur paternelle prudence se refusa à imposer ce voyage à Tapôtre: ils se contentèrent de le lui proposer.

Si bien domptée que soit la nature dans le cœur des Saints, elle n'y meurt jamais entièrement toutefois. Irrésistiblement gouvernée par une volonté que la grâce fortifie, elle garde en face du sacrifice ses répugnances et ses tressaillements. Le chrétien, qui ignore

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le mensonger orgueil du stoïcien, avoue ces faiblesses instinctives, il s'en humilie : puis, comme son Divin Maître à Gethsémani, il laisse jaillir de son âme, sous la pression de l'amour, un Fiat qui v^tw est que plus méritoire aux yeux de Dieu.

C'est ce qui arriva au P. Jogues, comme il le rapporte avec une simplicité touchante dans \ sa lettre d'acceptation (2 mai 1646),

« Croiriez-vous bien qu'à l'ouverture des lettres de Votre Révérence, mon cœur a été i comme saisi de crainte au commencement... ; La pauvre nature, qui s'est souvenue du passé, a tremblé. Mais Notre-Seigneur, par sa bonté, j y a mis et y mettra le calme encore davantage. ' Oui, mon Père, je veux tout ce que Notre- j Seigneur veut, au prix de mille vies. Oh ! que j'aurais de regret de manquer une si bonne ! occasion ! Pourrais-je souffrir la pensée qu'il I a tenu à moi que quelques âmes ne fussent sauvées ! J'espère que sa bonté qui ne m'a ' jamais abandonné dans les autres rencontres, m'assistera encore : Lui et moi nous sommes capables de passer sur le ventre de toutes les difficultés qui se pourraient opposer... »

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Quelques jours après, le i6 mai, Tapôtre partait en effet de Trois-Rivières, en compagnie d'un Français, Jean Bourdon, et de quelques naturels. Le voyage se fit péniblement à cause de la chaleur, mais sans encombre. Le 10 juin, l'assemblée générale des chefs se tint, au milieu d'un grand concours de peuple. Combien ne comptait-elle pas de bourreaux dans son sein ! Mais les bourreaux faisaient semblant de ne pas reconnaître leur ancienne victime. Quant à celle-ci, elle parla avec tant d'éloquence et elle appuya si bien ses discours des présents d'usage, colliers de porcelaine, haches, instruments divers, que la paix fut votée. Le P. Jogues en profita pour visiter et confesser plusieurs prisonniers chrétiens. Il baptisa aussi quelques enfants, prêts à partir pour le ciel, puis, sur l'invitation des anciens, il reprit la route de Québec, où il rentra heureusement le 3 juillet.

Le 27 septembre suivant, il repartait de cette ville, accompagné de Jean de La Lande et d'un Huron, pour aller hiverner chez les Iroquois.

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« Ils sont venus, écrivait-il à un Père de France, faire quelques présents à notre gouverneur pour retirer des prisonniers qu'il avait et traiter de paix avec lui, au nom de tout le pays. Elle a été conclue au grand contentement des Français. Elle durera ce qui plaira àNotre-Seigneur.

« On juge nécessaire ici pour Tentretenir et voir doucement ce que l'on peut faire pour l'instruction de ces peuples d'y envoyer quelque Père. J'ai sujet de croire que je serai envoyé, ayant quelque connaissance de la langue du pays. Vous voyez combien j'ai besoin d'un secours puissant de prière, étant au milieu de ces barbares. Il faudra demeurer parmi eux, sans avoir presque la liberté de prier, sans messe, sans sacrements. — Il faudra être responsable de tous les accidents entre les Iroquois et les Français, les Algonquins et les Hurons...

« Le cœur me dit que si j'ai le bien d'être employé dans cette mission, ibo et non redibo (') ; mais je serais heureux si Notre- Seigneur voulait achever le sacrifice là où il l'a commencé et que le peu de sang répandu

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