I. Mémoire sur la mission huronne
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rai du Serviteur de Dieu. Sous bien des rapports, les Hurons étaient véritablement de grands enfants : on les traita comme tels. Le moulin portatif des missionnaires, leur horloge, tout était pour ces natures incultes matière à profonde admiration. On s'en servit d'abord pour les attirer : quand ils étaient réunis, le P. de Brébeuf leur expliquait quelqu'une des vérités chrétiennes : il allait aussi les voir dans leurs cabanes, surtout lorsqu'ils étaient malades. Mais l'enfer faisait bonne garde : il défendait avec acharnement ces âmes qu'on voulait lui arracher et l'œuvre de la conversion n'avançait guère.
Cependant le crédit du P. de Brébeut augmentait chaque jour. Une épidémie, qui lui donna l'occasion de se prodiguer auprès de tous ; le titre de capitaine ou de chef qu'il reçut de la reconnaissance des Hurons ; la qualité de délégué dont l'investit Champlain; une sécheresse que ses prières firent cesser ; et surtout le tranquille courage qu'il déploya, à la veille d'une invasion iroquoise, pour rassurer son peuple et mettre les villages en état de défense, grandirent" encore son autorité. Mais si cette autorité amenait les sauvages à
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admettre le P. de Brébeuf jusque dans leurs conseils,elle n'allait pas encore jusqu'à rendre leurs cœurs dociles à ses enseignements. Grâce à l'inconstance proverbiale de ces peuplades, elle était même impuissante à garantir complètement les jours des missionnaires. « Notre vie ne tient qu'à un fil, déclarait le P. de Brébeuf, et si, en quelque lieu du monde que nous soyons, nous devons attendre la mort à toute heure, et avoir toujours « notre âme entre nos mains », c'est particulièrement en ce pays ; car, outre que notre cabane n'est que comme de paille et que le feu y peut prendre à tout instant, nonobstant le soin que vous pouvez avoir pour détourner ces accidents ; la malice des sauvages vous donne sujet de ce côté-là d'être dans des craintes perpétuelles. Un mécontent peut vous brûler ou fendre la tête à l'écart. Et puis, vous êtes responsable de la fécondité ou stérilité de la terre, sous peine de vie : vous êtes la cause des sécheresses ; si vous ne faites pas pleuvoir, on ne peut pas moins que de se défaire de vous (') »