‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 14 sur 30 · Cor., XII · texte numérisé non relu

Cor., XII

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Le Père ISAAC JOGUES. 21 |

C’est à un sauvage étranger, témoin accidentel du supplice que le P. Jogues dut ce soulagement. Cet homme s’approcha et, sans une parole, trancha d’un coup de couteau les cordes qui tenaient le missionnaire suspendu. Un an après, à trois cents kilomètres de Tionnontonguen,dans une bourgade étrangère où le P. Jogues avait par hasard accompagné ses maîtres, il entre dans une cabane et se trouve en face d'un moribond. « Ne me reconnais-tu pas, Ondesonk (') ? » lui demande péniblement celui-ci. Et, avant que son visiteur ait répondu : { Ne te souviens-tu pas

de celui qui l’an passé, a coupé tes liens ?

C'est moi. »

A ces mots, le Père se jette au cou de son sauveur. Il le console, cherche à le soulager ; mais il n’y a plus rien à faire: la mort est à la porte de la cabane. Alors, d’une voix douce, le prêtre parle au mourant de l’autre vie, de Dieu, de son beau ciel... La grâce s'ouvre une voie dans cette âme, elle illumine cette pauvre intelligence ; le sauvage baptisé peut rendre en paix son dernier soupir : celui qui ne laisse pas un verre d’eau sans salaire

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va l’accueillir en Père et le récompenser en Dieu.

“+ . Au moment même où il passait par les | tortures que nous venons de rapporter brièvement, le confesseur de la foi avait eu une consolation bien douce à son cœur.Sur l’échafaud de Tionnontonguen,il avait trouvé quatre

Hurons, nouvellement enlevés et destinés au | feu. Sa bonté, oublieuse de ses propres souffrances, les avait promptement gagnés. — A l’aide de gouttelettes d’eau, miséricordieusement laissées par la Providence sur quelques feuilles de blé d’Inde, il les avait baptisés sur le seuil de l'éternité et leur avait ainsi assuré, au soir de leur vie mortelle, un bonheur qui ne devait plus finir.

Ce bonheur, le P. Jogues put croire qu'il allait bientôt en jouir, lui aussi. Lorsqu’après avoir été, sept jours durant, traîné de village en village et d’échafaud en échaf:.ud, il fut ramené à Andagaron, on lui annonça en effet qu’il allait être, le jour même, brûlé avec ses compagnons. — Dieu, qui le destinait, au prix

de nouvelles douleurs, à régénérer bien des

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âmes parmi ces tribus barbares, le sauva. Les anciens du pays se ravisèrent ; ils rapportèrent leur première sentence,et trois captifs Hurons seulement furent conduits au bûcher.

De prisonnier de la ration, le P. Jogues devint alors l’esclave d’un particulier. Selon la coutume iroquoise, il fut attribué à une famille d’'Andagaron dont un membre avait été tué pendant l’expédition. René Goupil était son compagnon. Exténués, couverts de plaies qui, faute de pansements, s'étaient dangereusement envenimées, les deux esclaves ressemblaient plutôt à des cadavres à moitié putréfiés qu’à des êtres vivants. Aussi songea-t-on un instant à les remettre contre rançon aux Hollandais de Renselaerswich (Albany), qui offraient de les racheter. Une défaite essuyée sur le Saint Laurent où les Iroquois avaient téméra'rement attaqué les Français, fit échouer ce projet.— Non seulement les deux esclaves ne furent pas mis en liberté, mais ils redevinrent pour un temps les prisonniers de la nation. C'était une condition éminemment critique dans laquelle, ne tenant plus qu’à un fil, leur vie était à la merci de tous,

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