‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 15 sur 30 · THE · texte numérisé non relu

THE

| 24 Le Père ISA AC JOGUES.

René Goupil en fut bientôt la preuve. — Un soir qu’il longeait, avec le missionnaire, . la lisière d’un bois, il fut abattu d’un coup de : hache par un sauvage qui ne lui pardonnait | pas d’avoir tracé le signe de la croix sur le . front d’un petit enfant.— Croyant sa dernière heure arrivée, le P. Jogues s’agenouilla pour recevoir le coup mortel. Mais on l’épargna cette fois encore et il redevint l’esclave de la | famille qu’il avait déjà servie.

Il y trouva une bienveillance relative, dans une extrême pauvreté. Une peau de c‘1f malpropre et nauséabonde, jetée dans un coin, lui tenait lieu de lit ; une poignée de maïs ou | de blé d’Inde était à peu près tout ce qu’on lui donnait pour réparer ses forces chaque jour. — Il est vrai que d'ordinaire le travail était peu accablant : pourvoir la cabane d’eau et de bois constituait souvent tout ce qu’on | exigeait de lui.— Maïs, en chasse ou en expédition, il en était tout autrement. Combien ne fallait-il point peiner alors ?

Le P. Jogues en fit l’expérience dès que l'hiver fut venu. — Pendant deux mois il

avait été en butte à mille dangers ; se trouvant

en sût lence la frat alors fois i qu'il arriva poitri son C

Le Père ISAAC JOGUES,. 25

en sûreté aussi longtemps qu’il demeurait dans l'enceinte du village, il ne l'était plus dès qu’il la franchissait chacun dessauvages recouvrant alors sur lui droit de vie et de mort. Maintes fois il fut sur le point d’être massacré, lorsqu’il était obligé d’en sortir ; mais il ne lui arriva jamais aucun mal. C’est que sur sa poitrine il portait le plus sûr des boucliers, son crucifix !

Muni de ce bouclier divin, le P. Jogues partit avec son maître, vers le mois de novembre, pour aller chasser le cerf. — C'était un voyage de cent vingt kilomètres à faire à travers la neige et sur des étangs glacés. — L’apôtre, à peine couvert de quelques haillons de toile, y souffrit cruellement.Ses plaies, qui avaient fini par se fermer à peu près, se rouvrirent sous l’action du froid intense de ces contrées... On le pouvait suivre à la trace du sang qu’il laissait sur la neige, quand il allait dans la forêt ramasser les branches mortes dont il devait fournir le campement. Mais son âme demeurait inébranlable :les chasseurs ayant l'habitude d'offrir le produit de leur

26 Le Père ISA AC JNGUES.

chasse au génie Aïreskoï, leur protecteur, le saint apôtre résolut de protester contre cette , coutume idolâirique ; il refusa de se nourrir de ce gibier. D’uñ coup de tomahawk,les sauvages pouvaient se venger d’un pareil refus ; mais cette craînte fut impuissante à faire fléchir le vaillant apôtre. Quoi qu’on fit, on ne put l’amener à se rendre et il persévéra dans son abstinence jusqu’au retour.

C'est dans la prière qu’il puisait cette indomptable énergie. Sous les branches d’un sapin il s'était fait une sorte d’oratoire dont une croix gravée au couteau sur le tronc de ! l'arbre constituait l’unique ornement. Agenouillé au milieu de la neige, sous une bise giaciale, il faisait sa méditation quotidienne devant elle et il y priait en outre de longues heures chaque jour. Sans prise sur son caractère d'acier, la captivité ne réussissait pas à lui faire oublier ses obligations de religieux : il gardait si strictement tout ce qu'il pouvait garder de ses règles que, l’époque ordinaire de sa retraite étant arrivée, il fit les saints exercices aussi ponctuellement dans cette forêt neigeuse qu'il les aurait faits dans un

LE

eur, le > cette )Ourrir es saurefus ; . faire on ne \ dans

te ins d’un dont nc de Agee bise ienne ngues aracs à lui x:il uvait naire aints cette is un

à 6 un re nee onde mat

Le Père ISAAC JOGUES. 27

collège de France ou dans la résidence de Québec. Il les prolongea même au delà du terme ordinaire et les continua pendant quarante jours.

En retour de tant de fidélité, il semble que la Providence eût ‘dû l’inonder de ses plus douces consolations.Mais les desseins de l'éternelle sagesse sont impénétrables, et rien n’en peut sonder la profondeur. Après avoir soutenu son serviteur pendant plusieurs mois, Dieu,qui sait ce que lesSaints peuvent souffrir, se prit à se cacher à son tour. Aux duretés des hommes la dureté du ciel vint s'ajouter.

Le P. Jogues se trouva en proie à d’inexprimables angoisses intérieures. La crainte broyait son âme : partout, il entrevoyait l’enter.— Son passé lui apparaissait surchargé de jautes de toutes sortes et tissé de continuelles infidélités et, quand il jetait les yeux sur l’avenir,il s’y voyait condamné à mourir parmi ies Iroquois, privé des sacrements de l’Église et par avance dévoué à l’implacable justice de Dieu. Tant le démon est habile à tromper les esprits les plus fermes et à troubler les cœurs les plus généreux ! ( Je serais mort si le ciel n’eût abrégé ces jours terribles }, a-t-il

Page 1