‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 2 sur 30 · RS · texte numérisé non relu

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 5

jésuites s’embarquèrent pour la Nouvelle France.

Le P. Jean de Brébeuf était parmi eux (:).

Dès l’abord, il put constater que la jeune

mission était vraiment une terre à conquérir ; |

car, à peine arrivés à Québec (19 juin 1625),

les missionnaires s’en virent durement refuser |

l'accès. Sur le même vaisseau qu'eux, la haine, dont on les poursuivait en Europe, avait franchi l’océan et elle les attendait à leur débarquement dans le Nouveau-Monde. — Heureusement, les Récollets avaient un éta-

4 blissement non loin de la ville ; ils y accueil-

lirent leurs frères d'armes et ils partagèrent généreusement leur tente avec ceux qui venaient courageusement partager leurs héroiques combats,

Peu à peu, du reste, la haine s’émoussa, les préventions tombèrent, et un jour arriva où l’on finit par concéder un terrain aux jésuites, non loin du couvent où ils avaient reçu jusque-là l'hospitalité. — Ils en prirent posses-

‘1. l'avait pour compagnons le P. Ch. Lalemant, supérieur, ancien recteur du Collège de Clermont, à Paris, le P. Masse, ancien ministre au collège de la Flèche et trois frères coad juteurs.

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6 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

sion (23 sept. 1625), en y élevant une grande croix et, après s’y être rapidement installés, | ils se mirent en devoir d'entamer avec ardeur . l’œuvre à laquelle N. S$. les appelait.

Le P, de Brébeuf fut d’abord employé auprès des colons français. Bien qu’il eût réussi à souhait dans ce ministère, on ne tarda point cependant à le désigner pour la mission Huronne. Il devait y accompagner le P. de la Roche d’Aillon, avec lequel il remonta effectivement le fleuve pour se rendre à sa destination. Mais le meurtre du P. Vial,

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| | assassiné par les Hurons, après deux ans de so séjour chez eux, arrêta les voyageurs en

route et les força pour cette fois à rebrousser À

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La déception fut grande chez le P. de 4 trot | Brébeuf. Notre Seigneur lui réservait une #4 | UN6

| compensation. Rentré à Québec, le Serviteur | 14 | "€C | de Dieu reçut l’ordre de s’adjoindre à quel- | # ©S | | ques Algonquins et de les suivre en chasse, | @ | TP

| pendant tout l’hiver : excellente école que | * de

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 7

tumes de ces peuplades et pour s'approprier leur langue, mais rude et mortifiante école aussi ; car il ne s'agissait de rien moins que de vivre pendant six mois comme ces chas-

seurs sauvages et de supporter de concert avec

eux leurs fatigues et leurs incessantes privations. Heureusement la souffrance importe peu quand on souffre pour Dieu ! Le hardi missionnaire prit donc son bâton de voyage et partit, l’allégresse au cœur (20 oct. 1625).

Ce que fut sa vie dans la forêt, un autre missionnaire, le P. Le Jeune, l’a raconté d’une plume trop naïvement spirituelle pour

que nous ne lui empruntions pas simplement

son récit :

€ La cabane, écrit-il, se construit à chaque nouveau campement. Sa base est un grand trou creusé dans la neige, sur lequel on plante une charpente légère formée de perches

recouvertes d’écorces de bouleau cousues :

ensemble, De petites branches de sapin,

répandues sur le sol, servent de plancher et | de lit, Vous ne sauriez rester debout dans

cette maison, tant pour sa bassesse que pour

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| Ja fumée... il faut toujours être couché ou | assis sur la terre plate: c’est la posture ordinaire des sauvages.

€ Ce cachot.…. a quatre grandes incom- | modités : le froid, le chaud, la fumée et les 4 | chiens. — Pour le froid, vous avez la tête à | ! | la neige: il n’y a qu’une branche de pin.

| entre deux, bien souvent rien que votre bon-

net. Les vents ont la liberté d’entrer par | mille endroits. Quand il n’y aurait que la | fenêtre d’en haut qui sert de fenêtre ou de | | cheminée tout ensemble, le plus gros hiver | ! de France y pourrait passer tous les jours : sans empressement. La nuit, étant couché, je

contemplais par cette ouverture et les étoiles

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| et la lune, autant à découvert que si j'eusse #| « | été en pleine campagne. 1 blâr | «Or, cependant, le froid ne m’a pastant | WA] Serv | tourmenté que la chaleur du feu. Un petit | 4] mêt | lieu comme sont ces cabanes s'échaufte aisé- ! M | pou | ment par un bon feu qui me rôtissait parfois | M] ces | et me grillait de tous côtés, à raison que, la | #| sur | cabane étant trop étroite, je ne savais com- | Éta | ment me défendre de son ardeur. D’aller à | M) rôd

| droite ou à gauche, vous ne sauriez ; car les | ? | Sauväges qui sont vos voisins, occupent vos |

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 9

côtés. De reculer en arrière, vous rencontrez | cette .muraille de neige ou ces écorces qui | vous bornent. De s'étendre, la place est si | étroite que les jambes seraient à moitié dans le feu... Je dirai néanmoins que le froid et le chaud n'ont rien d’intolérable ; mais, | pour la fumée, je vous confesse que c’est un | martyre. Elle me faisait pleurer nécessairement, sans que j'’eusse ni douleur, ni tristesse | dans le cœur... Il fallait parfois mettre la | bouche contre terre pour pouvoir respirer... | 4! J'ai cru plusieurs fois, que j'allais être aveu- | 4 gle... Les yeux me cuisaient comme le feu.

étoiles | | ’eusse #, « Pour les chiens, je ne sais si je dois les “| blâmer, car ils m’ont rendu souvent de bons s tant L services : il est vrai qu’ils tiraient de moi la petit | M! même courtoisie qu'ils me prêétaient. Ne | e aisé- ! | pouvant subsister à l'air, hors de la cabane, | arfois | Ë | ces pauvres bêtes se venaient coucher, tantôt | ue, la | | | sur mes épaules et tantôt sur mes pieds... | com- | #| Étant affamés, ils ne faisaient qu’aller et venir, ller à | É | rôdant partout... Ils nous passaient, et sur la | ar les | | face, et sur le ventre, et si souvent et avec une |

at vos | 1 telle importunité, qu’étant las de crier et de |

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10 Le Père JEAN de BRÉBEUF,

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les chasser, je me couvrais quelquefois le visage, puis je leur donnais liberté de passer où ils voudraient... Pendant que nous mangions, ils portaient le nez dans nos écuelles plus tôt que nous n’y portions la main...

€ La nourriture devenait un autre genre de tourment. Quand la chasse était bonne, la pâture était abondante; mais le sauvage n'a pas la prévoyance du lendemain. Il

| mange gloutonnement et sans ménagement tant qu’il lui reste un morceau, comme s’il ne pouvait pas y avoir pour lui de mauvais

| jours !....…. Aussi, lorsque le temps ne permettait pas de sortir ou que la chasse ne fournis-

| sait aucune subsistance, tout le monde était | condamné à passer trois ou quatre jours de suite sans nourriture que des bourgeons d’arbres, quelques écorces tendres, quelques | morceaux de mousse, connus des voyageurs |

| . modernes sous le nom ironique de tripes de | Il roche, qu’on essayait de faire cuire, | | € C'est alors que, quand je pouvais avoir | une peau d’anguille pour une journée, je me |

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tenais pour avoir té débuté bien dé: et

bien soupé (:). »

Sept mois durant, telle fut la vie du P. de Brébeuf. Pour crucifiante qu’il faille bien la reconnaître, elle n’attiédit pas son zèle : elle le réchauffa et le rendit plus ardent. Quand le missionnaire revint à N.-D. des Anges, résidence de ses frères (27 mai 1646), il brûlait

| autant que jamais de partir pour le pays des

Hurons. -- Cette consolation ne devait plus lui être longtemps refusée : quelques mois après, lorsque, ses échanges terminés, la flottille huronne se remit en marche pour remonter le St-Laurent, dans un de ses canots légers elle ramenait avec elle l’apôtre de sa nation (?).

Le voyage fut pénible. Plus d’une fois, | pendant ce long trajet de huit cents kilomètres, la main du missionnaire se meurtrit

1. Relations des missions de la Nouvelle France, année 1642. — Cité par le R. P. Martin. Le P. Jean Brébeuf, sa vie, ses travaux, son martyre : nous emprun- | terons beaucoup à cette intéressante vie,

2. — Quand le P. de Brébeuf arriva au pays des Hu- 7 rons, il n'y trouva pas un seul chrétien. Lorsqu'il mourut, 3 on y en comptait 8000 environ.

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12 Le père JEAN de BRÉBEUF.

sur la pagaie : plus dut fois il dut sitiésitr 1 du sur ses épaules comme ses compagnons de 4 | route, les bagages et le canot lui-même :(Nous n'en pouvions plus, a-t-il écrit à ce propos ; de | mais Dieu nous faisait goûter les consolations du Paradis. » 1 APP Enfin on arriva. Le P. de Brébeuf se fixa M le S au village de St-Joseph, où s'arrêta également 4 le P. de Noüe, son compagnon, tandis que 4} dév le P. de la Roche d’Aillon s’établissait à Cara- - #} Sacr

goua. Mais ces deux religieux ne séjournèrent | mal pas longtemps chezles Hurons. Ils rentrèrent M St 5 quelques mois après à Québec, le premier M} taie

| | découragé par les difficultés de l’idiome, le 4 second rappelé par ses Supérieurs, et à partir 4 char

| de ce moment le P. de Brébeuf demeura seul, ‘#} mer | au milieu des sauvages, dans un isolement } Pèr | aussi douloureux que complet. b lice | D dur | | Mais Dieu lui restait. Il lui restait sur son 4} son | | pauvre crucifix de jésuite, pour lui apprendre 1 not! il silencieusement l'amour des souffrances. Illui Æ C | restait, aussi et surtout, dans la T.St° Eucharis. M} que | tie. Chaque matin, le Roi des rois descendait 4 À ] l | dans la pauvre hutte de son missionnaire. De M$ loin

| l'autel AHARAAÈlS à où se renouvelait le sacrifice 4 Mai

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du Cabas: il passait dire le cœur de Jeu et il le remplissait de flammes ardentes. Visite divine bien nécessaire pour réconforter le P. de Brébeuf et pour le prémunir contre le découragement, en présence dé la stérilité apparente de ses rudes travaux. Car, hélas! si le Serviteur de Dieu semait d’une main infatigable, il ne moissonnait rien. — En vain se | dévouait-il de toutes les façons; en vain con- | sacrait-il ses jours et ses nuits au soin des malades; en vain avait-il traduit le catéchisme si substantiel du P. Lédesma taient de pierre, ou, pour mieux dire, les cœurs se laissaient bien toucher par cette charité, mais les âmes demeuraient invincible- | À ment fermées à la vérité. A toûs les efforts du Père, les Hurons, enchaînés par une vie à licencieuse à leurs tristes erreurs, répondaient ! d’un mot, toujours le même : « Tes usages ne | | sant pas les nôtres, ton Dieu ne peut pas être | + notre Dieu. »

: C’est donc dans une désolante infécondité | 4 que s’écoulaient les jours du missionnaire — | 4 À peine parvenait-il à baptiser de loin en | 4 loin quelques enfants sur le point de mourir.

à Mais, dans ces anges qui s ‘envolaient radieux |

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 13

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vers ie Paradis, il devinait le peuple d'élus dont ils étaient les prémices et il demeurait inaccessible au découragement, quand un ordre inattendu vint le surprendre : il était rappelé à Québec. Qu'était-il donc arrivé? Et pourquoi délaissait-on ce champ au moment même cù le premier défrichement en était à peu près achevé?

En butte à la sourde malveillance de la Compagnie des marchands qui régnait en fait à la Nouvelle France, la Mission du Canada

était gravement compromise. Pour la sauver, 4 le P. Lalemant, Supérieur, avait inutilement |%8 envoyé le P. Noirot chercher des secours à | Æ

Paris. Il se disposait à passer dans le même but en Europe et, avant de partir, il avait voulu réunir tous les Pères à Québec, en pré-

| vision d’éventualités qui ne devaient que trop : se réaliser malheureusement. De là, l’ordre | envoyé au P. de Brébeuf.

Les adieux des Hurons au missionnaire #

furent touchants. Ces pauvres gens, si insou- + emp

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ciants jusqu'alors, semblèrent comprendre la

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Le Père JEAN de BRÉBEUF. 15

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fie! Si nous ne connaissons pas ton Dieu, ous le prendrons à témoin que ce n’est pas

otre faute, mais la tienne, puisque tu nous uittes sitôt ! »

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1 L'ordre de retour était trop formel pour Que le P. de Brébeuf se laissât arrêter par ces

jupplications. Il arriva à Québec, le 17 juillet

1628. Une nouvelle douleur l’y attendait. Après Avoir défié l'ennemi aussi longtemps qu’il avait Æu de la Route et des mèches, Champlain, Manquant à la fois de pain et de munitions, Avait dû rendre Québec aux Anglais (19 juillet 1 1629). Mais dans cette extrémité, il avait Æncore énergiquement dicté des conditions fu vainqueur. L'une d'elles stipulait le libre

® r. Nom du P. de Brébeuf chez les Hurons. Chaque 14 sissionnaire avait le sien de la même façon. — Ces sau- | ages appelaient aussi ( nion oncle, mon neveu } ceux Qu ils voulaient honorer : c'était sans doute une manière leur signifier qu'ils ne les considéraient plus comme S étrangers. Mais, souvent aussi, ces appellations venaient ironiques sur leurs lèvres, comme lorsqu'ils | employaient en s'adressant aux prisonniers de guerre ils trainaient à la mort.

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P. Jean de Brébeut. 2

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