‹ Trois apôtres de la Nouvelle France [microforme]Chapitre 3 sur 30 · REC · texte numérisé non relu

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16 Le Père JÉAN de BRÉBEUF.

retour des missionnaires en Europe, à bord de l’escadre conquérante. Le P. de Brébeuf fut contraint d’en profiter, comme ses con-

frères, et il lui fallut quitter tristement cette | terre où il avait espéré mourir. — L'heure des ténèbres étaitarrivée. En voyant l’héroïque

phalange se rembarquer pour l’Europe, les

anges tutélaires du Canada purent se voiler la face, car l’enfer triomphait. Allait-il prévaloir pour toujours ?

* * + Non. Dieu ne détournait pas en effet son

regard de cette terre où la Papauté devait |

| trouver un jour de si chevaleresques défen- , seurs. Il n’abandonnait pas ces âmes dans

| lesquelles le christianisme allait jeter de si Î

| profondes racines. Trois ans après, le traité de | Saint-Germain-en-Laye rendait le Canada à la | France, et le 5 juin 1633, une salve de coups de canon annonçait joyeusement à Québec l’arrivée d’une escadrille française. C'était Champlain qui, après Duplessis-Bochard, son

lieutenant, revenait prendre possession du À

Canada au nom du Roi, tandis que le P. de Brébeuf et le P. Masse, qui étaient à son bord,

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| Le Père JEAN de BRÉBEUF. 17

en revenaient prendre possession au nom de Dieu (°).

L’apôtre retournait au combat plein d’une résolution nouvelle, Durant ces trois ans, — | qu’il avait passés, partie au collège de Rouen, | partie au collège d'Eu, en qualité de procureur, — il s'était en effet lié à JÉSUS-CHRIST par de nouveaux serments : le 30 janvier 1630, | il avait prononcé à Rouen les vœux solennels :

| de coadjuteur spirituel. J'ai senti, notait-il

peu de jours auparavant, un vif désir de souf- | frir quelque chose pour JÉSUS-CHRIST... Je me suis offert, et j'ai dit : faites-moi, Seigneur, un homme selon votre cœur. Enseignez-moi ce que vous voulez que je fasse. Rien maintenant ne me séparera de votre amour, ni la nudité, ni le glaive, nila mort... »

Et l’année suivante, c’est de son sang qu’il écrivait et signait cette autre déclaration, où :

| sa soif de souff'ance s’affirmait davantage

encore et qui était comme les arrhes de son futur martyre : si

«Seigneur Jésus, mon Rédempteur! vous |

1. Le P. Le Jeune, nouveau supérieur de la mission, | les avait pourtant précédés à la Nouvelle France,

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18 Le Père JEAN de BRÉBEUF.

m'avez racheté par votre sang et votre mort très précieuse. C’est pourquoi je vous promets |

de vous servir toute ma vie dans la Compagnie

de Jésus et de ne jamais servir aucun autre que vous. Je signe cette promesse de mon | sang, disposé à vous le sacrifier tout entier À aussi volontiers que cette goutte.

( Jean de Brébeuf, S. J. »

Ce sang généreux, nulle part le vaillant |

missionnaire n'avait autant de chances de le M

verser que chez les sauvages. Il était donc bien naturel qu’à peine débarqué, ses regards et son cœur surtout se tournassent de ce côté. Il put croire un instant que Dieu lui-même

lui aplanissait le chemin du retour vers ces | forêts si chères. Au commencement du mois d'août 1633, quelques semaines seulement | après son arrivée à la Nouvelle France, il était en effet sur le point de partir pour le Lac] Huron, quand, à l’instigation d’un chef, docile k instrument de l'enfer, on refusa soudainement de le laisser monter dans les canots. Lu légère

| flottille s’ébranla et disparut bientôt à l’hori- | zon, laissant sur la rive l’apôtre qu’elle venait

de repousser, mais suivie malgré elle de ses

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bénédictions.

* X + Bénédictions et prières commencèrent à porter leurs fruits dès l’année suivante. — Entretemps le P. de Brébeuf avait par intérim gouverné la mission durant six mois, tout en

consacrant le meilleur de son zèle aux sauvages qu’il avait pu trouver à Québec. — A

À puissantes prières et de ses plus paternelles |

l’époque des échanges, il alla au devant des |

Hurons jusqu’à Trois-Rivières. La traite terminée, il espérait repartir avec eux. Bien que traversé encore par un premier refus, cet espoir ne fut pas pourtant déçu cette fois, et le P. de Bréheuf eut le bonheur, en effet, de se mettre en route, le 6 juillet 1634, accompagné du P. Daniel et d’un jeune Français.

Le voyage dura trente jours. Il fut tellement rude que le P, de Brébeuf écrivait à ses Supé-

| rieurs : € Je me suis trouvé quelquefois si bas

que le corps n’en pouvait plus. » Et cela se

| comprend, à lire ce qu’il rapporte ailleurs de | ces courses épuisantes. € .… En péril cinquante |

| fois le jour, de verser ou de briser sur les

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