II. — Etude comparative proprement dite
Les observations que nous rapportons se distinguent des formes habituelles par plusieurs points
1° Mode début tout à fait anormal : douleurs, boiterie, limitation des mouvements, attirent l'attention sur une hanche.
Il est difficile de ranger ces cas dans les formes douloureuses névritiques. Les douleurs éprouvées, en effet, par les petits malades ont cessé très rapidement sans thérapeutique aucune et ne se sont accompagnées d'aucun autre signe nerveux.
20 Apparition insidieuse de la paralysie alors que dans les formes habituelles la paralysie frappe brutalement.
3° Evolution de la paralysie : dans les trois cas que nous rapportons les troubles paralytiques légers au début, sont allés s’accentuant progressivement. Dans la forme ordinaire, la paralysie qui occupe d'emblée un territoire plus ou moins important, régresse partiellement sinon complètement.
Nous trouvons un exemple de cette aggravation progressive dans une autre observation du service de Chirurgie Infantile et Orthopédie que nous résumons ici succinctement.
Observation IV
Ch... Noël, âgé de 4 ans, entre le 10 novembre 1936, dans le service de Chirurgie Infantile et Orthopédie, pour boiterie du membre inférieur gauche.
Le début apparent se serait fait en août, sans prodrome aucun ; la mère, un matin, constate au réveil, que le membre inférieur gauche fléchit à la marche.
Il n’y a eu ni épisode infectieux, ni poussée fébrile, ni malaise général, ni paralysie nette. L'enfant a toujours marché et la famille rapporte les troubles présentés par cet enfant à un bain froid pris trois jours auparavant.
Depuis août 1936, les troubles sont -allés en s’accentuant, l’'atrophie musculaire du mollet gauche a progressé rapidement.
Examen enfant debout : le pied gauche est en varus équin, il existe une atrophie importante des masses musculaires du membre inférieur gauche en entier, sans aucun raccourcissement.
À la marche, très léger fléchissement du membre inférieur gauche. j
Réflexes normaux des deux côtés. Force segmentaire diminuée au membre inférieur gauche ; les articulations de la
hanche, du cou-de-pied, du genou ont conservé leurs mou-
vements normaux. Rachis souple sans déformation.
L'examen radiographique des hanches montre une atrophie
discrète de l'extrémité Supérieure du fémur gauche particu-
lièrement apparente au niveau du bourgeon épiphysaire.
À signaler que l'examen des différents appareils permet de noter du côté de l'appareil digestif, une diminution de l’ appétit ; du côté de l'appareil urinaire, de l’incontinence nocturne d’urine : et qu'au point de vue nerveux, l'enfant présente fréquemment de l'agitation nocturne avec cris.
Cet enfant appartient à des parents en apparence en bonne santé. La mère nous déclare que la grossesse et l'accouchement ont été normaux ; qu'elle a perdu un garçon mort à 18 mois de broncho-pneumonie et qu’elle a une fille plus jeune que le
petit malade ; cette fille serait de santé assez fragile.
Le traitement classique est institué : six séances de radiothérapie sur le rachis, vingt séances d’électrothérapie sur les muscles et nerfs du membre inférieur. L'enfant sort le 8 décembre 1036, nettement amélioré.
Il revient le 23 mars 1937, souffrant de la hanche gauche et présentant une limitation très nette de tous les mouvements avec douleur à la pression de la tête fémorale.
La radiographie montre des lésions d’ostéochondrite.
Le traitement institué consiste en extension et abductions, opothérapie totale et frictions mercurielles.
Le 5 avril 1937, l'enfant sort, il continuera chez lui le même traitement.
Depuis, aucune nouvelle du petit malade.
Autres discordances.
Aux différences basées sur
19 La présence d’une phase clinique d’allure articulaire.
20 L'apparition insidieuse de la paralysie.
30 Son aggravation progressive.
Ajoutons celles qui concernent les réflexes et les résultats des réactions électriques.
Réflexes. — Dans la forme classique les réflexes sont le plus souvent diminués ou abolis.
Dans les cas que nous rapportons, ils persistent pendant un temps assez long et ne sont que très tardivement atténués ou abolis.
Réactions électriques. — Dans les formes classiques de paralysie spinale infantile on note une réaction de dégénérescence précoce qui peut disparaître, au moins partiellement, au fur et à mesure que la régénération se fait.
Dans nos trois observations, malgré une aggravation de la paralysie et une atrophie musculaire indiscutable, l'examen électrique fait par le Professeur LAMAROUE et ses collaborateurs, a montré que bien souvent les signes de dégénérescence étaient nuls ou à peine ébauchés.
C'est ainsi que dans l’Observation I, alors que les phénomènes paralytiques et la déviation du pied ont mis dans l'obligation de pratiquer une arthrorise, l'examen électrique donne les résultats suivants : « pas « de mofidication importante de l’excitabilité galva- « nique ou faradique au niveau des membres inférieurs : « toutefois, à gauche, il convient de signaler une légère « excitabilité galvanique dans le domaine poplité ex- « terne ; pas de modification de la formule. »
Dans l’Observation II, l'examen électrique des muscles et nerfs des membres inférieurs montre des réactions normales au courant galvanique et faradique.
Dans l’Observation III, c’est seulement le 8 juillet, alors que la lésion a débuté le 20 mai, que l’on note une hypo-excitabilité marquée des muscles et nerfs du membre inférieur droit.
Cette discordance entre l'examen clinique et l'examen électrique est bien faite pour retenir l'attention. Il est permis de se demander si ce moyen d'exploration, si utile à certains égards, n’est pas dans certains cas, d’une sensibilité insuffisante et si la chronaxie ne
permettrait pas de préciser plus exactement la valeur des muscles et nerfs.
Concordance.
Nous enregistrons par contre la concordance des résultats thérapeutiques obtenus par la radiothérapie et l’électrothérapie.
En effet, dans les Observations II et III, la mise en œuvre de ces deux moyens de traitement a permis d'obtenir une régression quasi-totale des phénomènes paralytiques.
Nous rappelons, que si dans l'Observation I on n'a utilisé ni radiothérapie rachidienne, ni électrothérapie des membres inférieurs, c’est qu'il était trop tard pour espérer que ces moyens de traitement donneraient un résultat quelconque.
D) S'agit-il d'une forme particulière
de paralysie spinale infantile ?
I1 serait bien audacieux de vouloir, uniquement avec ces trois observations, décrire une forme particulière de paralysie spinale infantile, qui se rapprocherait par bien des points des formes douloureuses classiques
décrites. Il faudrait pour édifier un chapitre nouveau
des documents autrement nombreux et longuement étudiés.
Ces réserves faites, nous ne pouvons pas ne pas être frappé par le début apparent d'une paralysie spinale infantile qui prend le masque d’une lésion articulaire coxo-fémorale d’allure infectieuse, et qui rappelle par ses signes, la coxalgie au début.
Ce sont là, considérations dignes d'être retenues, car persister dans l'erreur de diagnostic et méconnaître la paralysie spinale infantile c'est laisser passer l'heure favorable (voir Observation I) du traitement classique (radiothérapie, électrothérapie) qui, dans ies Observations II et III a permis d'obtenir pratiquement, une régression complète des lésions.
Cette forme serait caractérisée en outre par le début insidieux et l’extension progressive de la paralysie.
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