JUPITER SUR LE MONT IDA
( CHANT XIV.) Av faîte de l’Ida, Junon vient de paraître :
Dans son cœur aussitôt Jupiter sent renaître Ce trouble précurseur des plaisirs amoureux, Ces feux dont il brûla le jour, le jour heureux Où, loin de leurs parens, un précoce hyménée Sous les yeux de l’amour unit leur destinée.
« O Junon ! a-t-il dit, pourquoi du haut des cieux , « Sans char et sans coursiers descendre dans ces lieux « Parle : où diriges-tu ta démarche empressée ? » La déesse , avec art déguisant sa pensée :
« Je cours chercher, dit-elle, au bout de l’univers, « Et l’auguste Thétis et le vieux roi des mers ; « Tous deux ont dans leur cour élevé mon enfance , « Et tous deux ont des droits à ma reconnaissance. « Hélas ! ils ne sont plus ces momens fortunés « Où je voyais leurs cœurs l’un à l’autre enchaînés. « Ils s’adoraient !.... Je vais réveiller dans leur âme « Cette brûlante ardeur d’une première flamme. « Prêt à fendre les flots , prêt à voler dans l’air, « Mon chai’ impatient, émule de l’éclair, « M’attend aux pieds du mont : c’est à toi de prescrire « Si je verrai Thétis dans son humide empire; « Ordonne, j’obéis; j’aurais trop de regrets « Si j’allumais ta haine en bravant tes décrets. »
« Chère et belle Junon ! dit le roi des nuages , « Choisis un autre temps pour ces lointains voyages. « Viens aux bras d’un époux : que ton cœur , en ce jour, « Confiant, s’abandonne aux charmes de l’amour. « Non, jamais dans mon sein, ou mortelle ou déesse,
N’alluma plus d’ardeur, n’excita plus d’ivresse. IL'épouse d’Ixion , qui jadis à mes vœux « Donna Pirithous , mortel égal aux Dieux, « Danac , dont le fils devint l’orgueil du monde , « La fille d’Agénor, qui, doublement féconde, « Mit au jour Rhadamante et l’illustre Minos , « Alcmène et Sémélé , mères de deux héros , « Et la blonde Cérès et l’altière Latone , « Ne m’ont pas inspiré ce trouble qui m’étonne; « Je n’ai jamais enfin senti pour tes attraits « D’un amour aussi vif les invincibles traits. »
« Quel vœu , fils de Saturne, échappe à ton délire? « Puis-je donc t’accorder ce que ton cœur désire? « Aux sommets de l’Ida veux-tu que, sans pudeur , « Éclate à tous les yeux notre imprudente ardeur? « Veux-tu qu’un immortel, témoin de nos tendresses, « A la céleste cour révèle nos faiblesses? « Qui! moi, trahir ma gloire!... Ah! dis-moide quel front « Je reverrais les cieux après un tel affront. « Mais , si ton cœur l’exige, un réduit solitaire, « Ouvrage de Vulcain , asile du mystère, « Peut seul aux yeux de tous dérober notre amour ; « Viens, le bonheur t’appelle au fond de ce séjour. »
« Des mortels et des dieux ne crains pas l'œil sévère. Répond le souverain que l’Olympe révère ; « Un voile nous cachant aux regards indiscrets, « Va nous envelopper de ses replis secrets , « Et le soleil, dont l’œil embrasse au loin le monde, « N’en saura pénétrer l’obscurité profonde. »
Il dit et sur son cœur Junon a palpité :
Un jeune et doux gazon , trône de volupté, Les soulève, et déjà la terre a fait éclore Le lotos embelli des larmes de l’aurore, Et la molle hyacinthe et le safran doré.
Du voile protecteur l’heureux couple entouré S’endort, et la rosée, en perles cristallines , Tombe légèrement sur leurs têtes divines.
Ainsi le roi des cieux se livre tour à tour Aux douceurs de Morphée , aux douceurs de l’amour.
Cependant le Sommeil, messager d’allégresse, S'éloigne , vole, arrive aux vaisseaux de la Grèce. « O Neptune, a-t-il dit, les momens nous sont chers. « Des fils de Danaüs tu connais les revers , « Venge-les : que ton bras s’arme enfin pour leur cause. « Vaincu par mon pouvoir , leur ennemi repose, 4 Et de l’amour en lui rallumant le désir , « Junon le tient captif dans les bras du plaisir. » Il dit et court porter ses pavots sur la terre. Le dieu, brûlant déjà d’une noble colère, S’élance aux premiers rangs; plus furieux encor , il s’écrie : « O guerriers ! laisserons-nous Hector «Envahir notre flotte , usurper notre gloire? « Dans son avide orgueil enchaînant la victoire , « S’il triomphe déjà, c’est que d’Achille oisif « Languit sur ses vaisseaux le courage captif. « Achille est irrité : qu'importe sa colère?
« Qu’en vous seuls désormais votre courage espère ; « Osez croire au succès : en volant aux combats , « Du vaste bouclier, amis ! chargez vos bras; « Que les cimiers épais , que les lances brillantes « Ombragent votre tête , arment vos mains vai liantes. « Moi-même au champ de mort je guiderai vos coups , « Et cet Hector si fier va trembler devant nous. « Marchons ! que le plus faible , à mes désirs docile, « Cède aux mains du plus fort une armure inutile. >»
Il ordonne , et soudain voit ses ordres remplis. Malgré les coups nombreux dont ils sont affaiblis. Ulysse, Diomède et le puissant Atride Ont rassemblé bientôt une élite intrépide :
ils parcourent les rangs : les dociles guerriers Echangent à l’envi leurs traits , leurs boucliers. Déjà brille le fer et le glaive étincelle :
Neptune , le premier , à son courroux fidèle , Vole et balance au loin un javelot d’airain : L’éclair est dans ses yeux, la foudre est dans sa main Il paraît , tout frémit, et l’aspect de sa lance Des guerriers les plus fiers enchaîne la vaillance.
Mais le fils de Priam , armé pour les combats , Du feu de son courage enflamme ses soldats.
Neptune , appui des Grecs , Hector, appui de Troie, A la même fureur tous les deux sont en proie ; Jusqu’au camp inondé vient se briser la mer, On combat ; mille cris retentissent dans l’air. Non , les flots mutinés, qu’en sa grondante rage Borée avec fracas pousse vers le rivage, L’incendie, étendant au milieu des forêts De son vol enflammé les rapides progrès , Les autans furieux qui d’un antique chêne Courbent les longs rameaux et la tête hautaine. Rien n’égale les cris que les enfans de Mars , Ou vainqueurs ou vaincus , poussent de toutes parts. se «VUUUUUUUUM UUUVUUUUUUULLVUUVWVVIVUUUUUUUVIOI/ wUUeOUUeoe LUI