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Trois dialogues sur la loi ecclésiastique

— Oui, M. te Conseiller; la Classe a été assemblée hiél* pour des objets dont vous vous êtes occupés vous-méoie. Mais je ne m'attendais pas à faire route aujourd'hui avec vous; je ne croyais pas que la session du Grand-Conseil fut terminée.

— Il ne reste plus à traiter qucf des objets de moindre importance ; comme des affaires me rappellent chez moi, j'ai pris ce matin la diligence, et je suis charmé de m'y ren<^ contrer avec vous.

— Vous venez d'avoir, M. le C, une session bien longue et bien remplie.

— Oui, c'est la plus pénible de toutes celles auxquelles j'ai encore pris part, et je l'avouerai, M. le P., parmi les affaires que nous avons traitée, la vôtre n'a pas été la moins épineuse.

— La nôtre! M. le C, mais la çôtre aussi, je pense! car vous êtes membre de l'Eglise ; la Loi Ecclésiastique est donc aussi votre affaire ; l'organisation de l'Eglise intéresse non-seulement les pasteurs, mais l'EgUse eitfière.

— J'en conviens ; mais durant toute la [discussion de cette loi, j'avais le sentiment que je décidais là des questions qui m'étaient assez peu familières; les mots de dog-matiquep d'exégèse, et autres semblables sonnaient assez singulièrement à mes oreilles dans la salle du Grand-Conseil.

— Ce sentiment ne m'étonne pas, M. le G.; je crains en effet que le Grand-Conseil, en votant cette loi ecclésiastique ne se soit un peu égaré hors de son domaine naturel, et n'ait fait excursion sur un terrain étranger à ses attributions.

— Mais, M. le P. , vous ne pensez pourtant pas que nos vieux us et coutumes ecclésiastiques pussent subsister sous le nouvel ordre de choses ; il fallait une réorganisation de l'Eglise : qui pouvait la faire sinon le Grand-Conseil, auquel la nation a transmis sa souveraineté?

— Je vous accordetai que li^ Grand -Conseil exerce la souveraineté sur la nation. En résulte-t-il qu'il poisse et doive l'exercer sur l'Eglise?

— Qu'est-ce donc que l'Eglise, M. le P. , rinon la nation? Il n'y a plus de païens chez nous. Nous sommes tous chrétiens: par conséquent, le souverain de la nation est celui de l'Eglise.

— Il n'y a plus de païens cbez nous, cela est vrai, M. le C. f radis il y a des incrédules. Vous ne les exclurez pas de la nation: en ferez-vous des membres de l'Eglise?

— Ce ne sont là, M. le P., que de rares ^xc^tions.

— Je le désire, aussi n'^st^-ce pas là ma plu$ grave ob^ jection. Vous savez que la nation renfeirme deux grandes Eglises reconnues par l'Etat, l'Eglise protestante et. l'Eglise catholique, sans compter les petites .comtïmnautés dissidentes et les anabaptistes, ainsi que les juifs. Ce sont là autant de corps qui doivent avoir chacun leur propre tête : c'est ainsi que TËglise calboli^ue a pour dief son évéque, et que PEglise protestante a été administrée jusques ici par la Compagnie des paSl^urs. Substituer à ces télés parlioulières le Giand Conseil de la nation , c'est

absorbier oe$ corps dans la nation ot les ooafo&çlre tous m ua seul.

— A la vérilé, M. le P-, si le GrancJ-Conseil, composa en majorité de prot^es^nt3> voulait se faire le chef de l'Eglise catholique» il y aurait là quelque chose de révoltant. Mais il n'en est pas de même à l'égard de l'Eglise protestante; le nombre des catholiques est si faible dans le Grand- Conseil qu'à peine y compte-l-il.

-r- Eh ! fût-il plus faible encore qu^il ne l'est, quand il s'agit de principes-, jon ne doit pas compter par plus et moins. Bien sou vent, d'ailleurs les voix se pèsent plutôt qu'elles ne se jcomptent. Pensez*vous» par exemple, que celle du président du Conseil d'Etat, qui appartient à une autrç confession que lanoii'e» n'ait, pas dans les discussions du Grand-Conseil une influence plus grande q^ue la vôtre, M. le.C, sans vous faire tort? Remarquez enfin que la plus faible jociiporité peut souvent décider des plus graves questions en faisant l'appoint d'une majorité douteuse. Je ne puis qu'être peiné, quant à moi, en voyant que des catholiques ont discuté et voté sur la manière dont serait organisée désormais l'Eglise protestante du pays de ]\euqhàtel.

— Il y a, je l'avoue, de la vérité dans ce que vous dîtes, M. le P.; mais j'espèi^e qu'en général les membres catholiques du Grand-Conseil se seront abstenus de voter dans les. affaires qui nouS;, concernaient plus spécialement. Et d'ailleXirs, je puis bien vovis assurer que le résultat aurait toujours été le mén^; car la majorité dans la discussion de la loi eccl^iastique n'a presque jamais été douteuse.

— Tout cela pourrait être vrai, M. le C, que mon observation n'en resterait pas moins fondée avec toutes ses conséquences; .mais laissons ce point de côté. Supposons pour un moment que la nation ne formât tout entière qu'une seule Eglise; il n'en résulterait point, ce mesembje^ que le corps qui la représente comme nation la représenlât aussi comme Église. Dans le choix d'un député d'Eglise ,

OD regarde certainement à des qualités et à des capacités toute différentes que dans le choix d'un député poUtiqu«. Par exemple, M. le C, (vous ne vous offenserez pas de ma franchise), je crois que si dans notre localité on devait élire un député pour nous représenter comme paroisse dans un conseil d'Eglise, il ne serait point impossible que le choix tombât sur quelque autre que sur vous; et il pourrait en être de même de beaucoup d'autres membres da Grand^Conseil. Aussi dans l'une de vos délibérations ai-je entendu un député dire franchement : «jMM. , nous ne » sommes pas les députés des Eglises, et nous sortons^ à ce » qu'il me paraît, de notre mandat, en faisant une consti^ » tution ecclésiastique. »

— Je vous avoue, N. le P., qu'au moment où j'ai entendu cette observation, j'en ai été frappé; mais je n'y ai pas attaché toute l'importance que vous semblez y mettre.

— C'était cependant là un point décisif, M. le G. ; il suffisait que le Grand-Conseil le prit en sérieuse considération pour qu'il se déclarât à l'heure même incompétent relativement à la loi qui lui était proposée. * ,

— L'eut-il voulu, M. le P., il ne l'aurait pas pu: l'art, 6h de la Constitution lui impose le devoir de régler par une loi les rapports de l'Eglise et de l'Etat.

— » A la bonne heure; mais régler les rapports entre deux choses, ce n'est pas organiser l'une ou l'auU'e. Par exemple, le règlement des diligences fixe les rapports entre nos deux places dans cette voiture ; mais il n'impose ni à vous ni à moi une certaine manière de nous asseoir. Ou, pour me servir d'une autre comparaison , votre maison M. le G. , touche à la cure ; la loi règle certainement les rapports juridiques entre l'une et l'autre; mais elle vous laisse parfaitement libre de distribuer à votre guise l'intérieur de votre habitation. L'art. 6b de la Constitution, en donnant au Grand-Conseil le droit et le devoir de régler les rapports entre l'Etat et l'Eglise, ne lui donnait donc point celui de réglementer l'Eglise et de lui imposer le» formes de son administration interne.

—Mais dans ce cas, M. le P., en quoi devait donc consister la loi que le Grand-Conseil avait à faire sur les rapports de TËglise et de TEtat?

— Vous me faites-là , M. le C, une question qui est plutôt de votre ressort que du mien ; j'y répondrai selon mes faibles lumières. Il me parait que la loi que vous aviez à faire, aurait dû poser d'abord la suprématie et la sur^ veillance générale de l'Etat sur l'Eglise dans tout ce qui concerne l'ordre public, et qu'elle aurait dû ensuite statuer sur l'administration des biens d'Eglise en établissant par exemple une commission mixte, nommée en partie par l'Etat, en partie par l'Eglise. Peut-être la loi pouvait-elle aller jusqu'à appeler l'Eglise à se réorganiser elle-même, en nommant pour cela une constituante ecclésiastique qui aurait été formée en partie de pasteurs, en partie de laïques; pour mettre les droits de l'Etat en sûreté, les règlements de ce corps auraient été soumis à ta sanction du Conseil d'Etat pour tout ce qui aurait concerné celui-ci. Il appartenait également à la loi de déterminer les devoirs de l'Eglise quant à la surveillance de l'école, et enfin de décider comme vous l'avez fait (g 69), si les droits de citoyen seraient ou non attachés à la qualité de membre d'une Eglise quelconque. Voilà ce me semble, M. le C, le domaine dans lequel la loi devait se mouvoir ; voilà les questions renfermées dans ce mot : rapports de l'Eglise et de l'Etat. Aller plus loin, c'était outrepasser les termes de la Constitution.

— Mais il me semble pourtant que vous restreignez beaucoup les droits de l'Etat; l'art. 6k de la Constitution lui accorde la suprématie sur les cultes quant au temporel; expression qui comprend évidemment l'organisation des Eglises, et qui ne laisse en dehors du domaine de l'Etat que le spirituel.

— Et qu'entendez-vous par le spirituel, M. le C?

— La doctrine, je pense.

— Rien que la doctrine, M. le C. ? Mais que diriezvous de moi, si je prétendais à mon tour que le temporel, c'est la prébende, rien que la prébende^ selon l'expression usitée chez nous : mettre en possession du temporel.

Digiti

-— Je dirais, M« le P., que votre définition indique bien ce qu'il y a de plus saisissable et de plus palpable dans le temporel, mais qu'elle est loin d'embrasser tout ce qu^e»! renfermé dans ce mot.

— Et moi. M., le C, je vous dis exactement la même chose à l'égard de votre définition du spirituel. Le ^ûrituel dans sa plus haute expression est certainement la doctrine; mais dans une institution telle que l'Eglise chrétienne qui est tout entière esprit et vie, la doctrine se retrouve partout, même dans les formes ; l'âme pénètre le corps de part en part, et si d'un côté l'orgapisation de TËglise toucha par tops les points au temporel, de l'autre côté par tous les points aussi elle est en contact avec la doctrine. C'est peutêtre; ce que le Grand-Conseil n'a pas assez considéré en (Jisçulant la loi ecclésiastique; il a cru, j'en suis convaincu, ne point toucher au spirituel, et cependant il est entré pres^ que à chaque pas dans ce domaine réservé à l'Eglise par la Constitution elle-même.

— Vous m'élonnez, M. le P.; je vous assure que je ne me suis point douté de cela.

— C'est peut-être, M. le C. , pourquoi il aurait été bon de s'entendre là-dessus un peu plus au long avec la Compagnie des pasteurs , jusqu'ici gardienae du spirituel dans nos égUses. Vous avez jugé une loi sur la Banque cantonale digne d'une double délibération ; voqs avez nommé successivement deux commissions ; elles ont eu le lempsf de discuter toutes les questions, de s'eptourer de toutes les lumières. Et dans une affaire aussi grave qqe celle de l'organisation de l'Eglise, de cette banque à laquelle sont confiés, nos trésors éternels, vous A'avez pas cru poyvoir n^archer assez vite! Vous avez abrégé l'intervalle qui, d'après votre règlement, doit s'écouler entre la publication d'ua projet de loi et sa discussion; point de commis^on nommée; point d'experts entendus ; vous aviez exclu les ecclésiastiques du Grand-Conseil pour ne pas en faire des honmies politiques, et vous, hommes politiques, vous vous êtes jetés tête baissée dans la question ecclésiastique. Nulle possi-

bilité pour vaus d'entendre lé vœu des églises. A peine les pasteurs ont-iI$ eu le temps de se rassembler, et de vous adresser un court mémoire sur quelques-uns des points les plus essentiels de la loi. Et qu'est-ce qu'un écrit au milieu d'une discussion? Un écrit qui n'est pas soutenu par la parole n'est qu'une lettre morte. Aussi quel a été le sort de nos observations dans le Grand-Conseil !

— Mais» M. le P., si je suis bien informé» les délégués de la Compagnie avaient déjà conféré plusieurs fois avec le Conseil d'Etal.

— Il ne m'appartient pas de parler de ces conférences, auxquelles je n'ai pas assisté. D'après ce que je sais, tout s'y est passé avec les égards dûs au caractère sacré de nos délégués. Mais l'art, de la Constitution qui dit que les membres du clergé seront entendus, nous donnait droit à l'être, non du Conseil d'Etat seulement qui prépare la loi, mais du Grand-Conseil qui la fait.

'-^ Je ne nie pas, M. le P., que toute cette affaire n'ait été traitée avec une certaine précipitation. Le Conseil d'Etat doit avoir eu de bonnes raisons pour en agir de la sorte. Quant à moi, j'ai voté en conscience sur ce qu^on m'a présenté, et je n'ai pas cru devoir m'arréter à des points de forme.

— Bien souvent, M. leC, les points de forme emportent le fond ; et je crains que cela ne soit arrivé plus d'une fois dans l'affaire importante dont nous parlons. Je vous disais que le Grand-Conseil était entré sans s'en douter dans le domaine spirituel , et avait tranché des questions qui , d'après la Constitution elle-même , réassortissent uniquement à l'Eglise. En voici quelques exemples : le Grand Conseil a décidé non-seulement que l'administration de l'Eglise quant au spirituel serait confiée exclusivement à un synode, mais encore que ce synode serait élu et composé de telle et telle manière et non autrement. Or, déterminer ainsi sans le concours de l'Eglise et sans qu'elle puisse à l'avenir y rien changer , la composition du corps^ auquel le spirituel sera exclusivement confié, et la pro-

portion exacte de ses membres laïques et ecclésiastiques, n'est-ce pas disposer du spirituel? Imposer à quelqu'un la manière dont il doit gérer ses biens, c'est certainement s'immiscer dans leur administration. Autre exemple : la loi impose aux églises un certain mode pour l'élection des pasteurs et des anciens, et cette élection ne doit être valable que pour tant d'années; elle leur dit : «L'Eglise aurait beau voir à tout cela des inconvénients graves pour ses intérêts spirituels ; il faut qu'elle en passe par la ; la loi lèvent ainsi» . N'est-ce pas là une intervention qui peut influer au phis haut degré sur le spirituel? Encore un exemple : la loi donne au Gonseil-d'Etat le droit de présenter des ministres étrangers à la nomination des paroisses, sans qu'ils aient été soumis préalablement à aucun contrôle au pœnt de vue de la doctrine. Or, qu'est-ce qu'un docteur, sinon une doctrine vivante? En donnant au Conseil d'Etat l'autorisation d'introduire dans notre Eglise un seul docteur sans contrôle ecclésiastique , la loi ne s'ingère-t-elle pas ouvertement dans l'administration du spirituel proprement dit, de la doctrine? Je n'en finirais pas, M. le G., si je voulais vous indiquer tous les cas où croyant rester dans le parvis, vous avez porté vos pas dans le sanctuaire, et pénétré dans un domaine qui , selon la Constitution et selon la nature des choses, devait vous rester complètement étranger. Et il ne pouvait en arriver autrement du moment ou , renonçant à déterminer simplement les rapports entre l'Eglise et l'Etat, vous vous mettiez à organiser l'Eglise.

— Je suis prêt à convenir, M. le P., qu'à l'égard du spirituel nous n'avons pas usé peut-être de toute la circonspection nécessaire ; mais c'est un peu votre faute aussi ; pourquoi ne nous en avez-vous rien dit dans votre mémoire ? Il est du devoir d'une sentinelle vigilante d'avertir ceux qui, sans le savoir, dépassent la limite.

— Dans le mémoire que nous avons adressé au Conseil d'Etat en réponse au premier projet de loi qui nous a été présenté, nous avons commencé, M. le C. , par développer ce point ; plus tard, nous l'avons laissé tomber dans

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notre mémoire adressé du Grand-C!onseil. Peut-^tre avonsnous eu tori ; nous nous sommes ainsi attiré i^espece de reproche qui nous a été adressé par le député que j'ai déjà cité : « Nous ne sommes pas ici, a-t-il dit, comme députés des Eglises : cela seul pourrait déjà suffire pour me faire rejeter toute la loi. Mais, comme ce point n'a pas été relevé par MM. les Pasteurs , il ne m'appartient pas d'y insister? » — Pourquoi ne Tavons-nous pas relevé? — De guerre lasse peut-être ; peut-être aussi par prudence ; en jetant au milieu du Grand-Conseil cette question de compétence, nous aurions craint d'irriter, d'aigrir. Je ne dis pas que nous ayons eu raison de nous laisser arrêter par cette crainte ; car le droit qu'il s'agissait ici de réserver n'était pas seulement le nôtre, c'était celui de l'Eglise entière.

— Vous le voyez, M. le P. , la critique est aisée, et Tart est difficile. Vous venez de me développer comment la loi n'aurait pas dû être faite; mais vous ne m'avez point encore expliqué comment, à votre avis, elle aurait dû l'être.

— En France, M. le C, voici comment dans une position assez analogue la chose s'est passée. Dès longtemps l'Eglise réformée de France soupirait après sa réorganisation. La loi qui la régissait avait été faite par Napoléon, et le pied de fer de ce guerrier n'avait point ménagé les intérêts sacrés de l'Eglise. Immédiatement après la révolution de février, des pasteurs et des laïques réunis en grand nombre à Paris pour des objets relatifs à la religion, provoquèrent de la part de toutes les églises protestantes de France la nomination d'une assemblée qui donnerait à l'Eglise une constitution nouvelle. Cette assemblée ou ce synode général des églises réformées de France, composé à nombre égal d'ecclésiastiques et de laïques, a siégé pendant les mois de septembre et d'octobre derniers; elle a discuté longuement tous les points d'une nouvelle organisation, et, avant de se dissoudre elle l'a soumise à la sanction du gouvernement' de l'Etat. Pourquoi les choses n'auraient-elles pas pu se passer de même chez nous?

-^ Mais, M. le P. , c'éîait à vous à prendre l'initiative. Pourquoi la Compagnie» les paroisses , n'ont-elles pas agi comme en France? Personne assurément ne les en ent empêchées?

—«C'est là la question, M. leC. Représentez-vous qu'un beau jour la Compagnie des pasteurs eût provoqué, secrètoment ou publiquement, la réunion d'un certain nombre de délégués de toutes les paroisses du pays, et que pasteurs et troupeaux se fussent mis, comme en France, à travailler une loi ecclésiastique. Qu'aurait-on dit? Qu'aurait-on fait? Ne nous eût-on pas reproché de vouloir opposer gouvernement à gouvernement, de souffler le feu de la révolte? Ne nous eût-on pas dissous par la force, au nom de la tranquillité publique? Et n'aurions-nous pas ainsi hâté cette crise ecclésiastique que nous prévoyions depuis le •l^' mars^ mais dont nous devions laisser la responsabilité à ses auteurs et la solution à la Providence? Peut-être avons-nous poussé un peu loin la crainte de pareilles éventualités. Peut-être aussi n'avons-nous pas éf^ assez encouragés par les églises qui semblaient ne voir dans l'affaire ecclésiastique que notre affaire et non la leur. Quoi qu'il en soit, M. le conseiller, nous avons pensé qu'il serait plus facile à la Providence de tirer le bien du non^faire que du maUfaire^ et nous avons poussé la crainte du mal-faire jusqu'à en éviter même l'apparence, selon le précepte de TBcriture. Faire le devoir du moment présent tel que>Dieu nous le montrait au jour le jour, voilà quelle a été notre ligne de conduite dans ces temps difficiles. Et aujourd'hui encore je doute beaucoup qu'en en suivant nne autr^, la Compagnie des pasteurs eût mieux réussi qu'elle ne Ta fait.

— Je ne me permettrai pas non plus, M. le P. , de décider cette grave question. Mais avouez que, la Comp»gaie des pasteurs et les paroisses se taisant, si l'affaire eoclésiastique ne devait pas rester stationnaire , il ne restait aa Conseil d'Etat et au Grand Conseil qu'à la prendre en mains et à la vider.

— Je crois, M. le C, qu'il y avait une marche beaucoup plus conforme à la Constitution, à la nature des cho-

ses, et aux principes d'une vraie liberté : c'était qu'après avoir réglé, comme vous deviez le faire, les rapports de l'Etat avec toutes les églises du pays en général et avec l'Eglise protestante nationale en particulier, vous eussiez dit à cette dernière et à ses pasteurs : « Nommez-vous des » représentants ; constituez-vous comme il vous convien- » dra; seulement, quand vous aurez terminé votre travail, » soumetlez-le à la sanction du Gouvernement de l'Etat, qui » seul peut lui donner force de loi. » Ainsi, M. le C, chacun aurait eu son droit : l'Etat son plein droit de suprématie quant au temporel, et KEglise son plein droit de liberté quant au spirituel. L'on n'aurait pas vu notre Grand Conseil transformé pendant cinq jours en Constituante ecclésiastique et parfois en assemblée de théologiens , et cela après avoir expressément banni de son sein les ecclésiastiques et les théologiens: à-peu-près, M. le C*, comme si au moment dé faire le Code civil, vous commenciez par exclure du Grand Conseil tous les avocats! L'on n'aurait pas vu chez nous , pour la première fofs , l'Eglise privée dû droit dont jouit toute société» celui de se donner libreni( essence et à sa vie

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(Qv 3 deux interlocuteurs se

in.)

(Fin du 1er dialogue.)

DEUHÈHE DUL06UE.

QUE DIT LA LOIt

M. le Conseiller et M. Lonis^ secrétaire de commune.

Vous voilà de retour de Neuchâtel , M. le Conseiller. Vous pensez bien avec quel intérêt j'ai suivi les discussions du Grand-Conseil sur la loi ecclésiastique; mais le renducompte qu'en ont donné les journaux » a laissé en moi bien des obscurités et même des inquiétudes, et je prends la liberté de venir vous demander quelques éclaircissements.

— De tout mon cœur, M. le secrétaire. Nous avions là, je vous assure, une rude tâche; comme nous l'a dit M. le directeur des cultes, dans le rapport par lequel il a ouvert la discussion, il ne s'agissait de rien moins que d'abolir une corporation de pasteurs qui dure depuis trois siècles et qui jouit encore d'une immense influence; il s'agissait de mettre tout doucement à ces Messieurs le couteau sur la gorge, et, qui plus est, de les faire consentir eux-mêmes à l'opération ; car enfin s'ils eussent tous d'une voix répondu : Non, je ne sais pas trop comment nous nous serions tirés d'afl^aire. On ne parvient pas si facilement de tios jours à pourvoir à ÏO à ^S postes ecclésiastiques; ce qui se passe au canton de Vaud le montre bien. Cela exigeait donc à la fois beaucoup de fermeté et beaucoup d'adresse..., et nous avons réussi! Ce n'est pas le moindre

service que le Grand-Conseil ait rendu au pays; nous es* pà'ons qu'il nous en saura gré et qu'en parlicuHer il comprendra ce qu'il doit à M, le directeur des cultes.

-r- A certains égards, je suis trés-réjoui de ce que vous me dites I M. le C. ; je redoutais beaucoup que nous n'eussions un esclandre, comme dans le canton de Vaud; on sentait bien que la Classe ne pouvait plus continuera exis? ter telle qu'elle était, et pourtant personne n'aurait aimé à voir nos pasteurs se retirer en masse. Je n'aurais pas cru, je l'avoue, qu'on pût amener si facilement un corps qui pasr sait pour si entélé de ses privilèges à s'en désister et même à se laisser supprimer sans résistance !

-— Sans résistance! ce n'est pas tout«-à-fait le cas; ces Messieurs ont réclamé, nous avons discuté leurs observations; mais ils ont été éconduits à peu près sûr toijfô les points^

— C'est ce que j'ai cru voir, M. le C, et c'est ce dont je viens vous parler. Vous avez aboli la Classe et les-Consistoires, qui ont jusqu'ici gouverné notre Eglise; veiuiUez d'abord me donner une idée claire de la manière dont vous les avez remplacés.

— Nous avons commencé par rendre aux paroisses un droit qui leur appartenait jadis et qui avait passé /entre les mains de la Classe, on ne sait trop pourquoi, celui é^ nommer leurs pasteurs; nous leur avons encore dociné celui de nommer elles-mêmes Ieui*s anciens» selon la forme vraiment démocratique. Ces consistoires qui se recrutaient eux-mêmes, c'était de l'aristocratie toute pure. Pour mat* quer la différence nous avons aboli ce nom de consistoirf mal-sonnant à des oreilles libérales et nous l'avons rem? placé par celui de collège d'amim». JKous avcHss ensuite réparti toutes les paroisses en six districts correspondant aux districts politiques; à la tête de chaque district nous avons établi un Conseil ecdésiaslique , nommé colloque^ Ces colloques sont composés de tous les pasteurs du district et d'un nombi^ égal de membres non -ecclésiastiques ou laïques.

-— Qui nommera les membres laïques des colloques?

— Les paroisses ; celle qui a un pasteur nommera un laïque» celle qui en a deux nommera deux laïques et ainsi de suite. Du moins c'est ainsi que je comprends la loi.

— Cet arrangement me plait assez, M. le C. , ces colloques seront dans le district ce que le collège d'anciens est dans la paroisse ; mais au-dessus des colloques il y a une autorité pour l'Église entière?

— Certainement, M. le Secrétaire, c'est le synode; voilà le corps qui, à proprement parler, remplacera la Compagnie des pasteurs dans le gouvernement de l'Eglise de Neuchâtel ; il est composé de 52 membres , treize ecclésiastiques et dix-neuf laïques, tous nommés pour k ans.

— * Et comment seront élus les uns et les autres? M. le C. , ce point est grave ; car enfin le synode sera pour l'Eglise, à -peu -près ce que le Grand Conseil est pour le pays.

— Des 15 membres ecclésiastiques, douze seront élus par les colloques , deux par chacun ; le treizième sera nommé parle Conseil d'Etat. Des 19 laïques, dix-huit seront élus par les paroisses, trois par district; le dix-neuvième est à la nomination du Conseil d'Etat.

— Cette composition me parait équitable, M. le C. ; les ecclésiastiques ne forment pas sans doute la majorité ; mais ils auront pour eux l'influence de leurs lumières, et les membres laïques se laisseront volontiers diriger par MM. les pasteurs quand ceux-ci leur donneront de bonnes raisons. Il est juste aussi, à ce qu'il me parait, que le Conseil d'Etat soit représenté dans un corps qui a des attributions aussi importantes; seulement je n'imagine pas bien, M. le C. , qui seront ces députés laïques à la nomination des districts.

— Ce sera vous, M. le Secrétaire, ce sera moi, si on nous fait l'honneur de nous nommer. Pourquoi ne remplirions-nous pas un poste dans l'Eglise aussi bien que dans l'Etat, si la confiance de nos compatriotes nous y appelle?

— Mais, M. le C- , nous ne nous sommes jamais occupés de ces choses; tandis que MM. les pasteurs qui ont jus-

qu'ici gouverné l'Eglise sont préparés à cette tâche par de longues études. .

— Eh bien, nous nous en occuperons. Les affaires qu'aura à traiter le synode ne sont pas si difficiles qu'on ne puisse parvenir à s'y mettre.

— Auriez'-vous la bonté de m'expliquer exactement quelles seront les attributions du synode?

— Voici la loi, V. Louis, avec tous les amendements discutés dans le Grand Conseil ; elle dit d'abord que le synode a «l'administration de l'Eglise, quant au spirituel».

— Que signifie exactement cette expression de spirituel^

— On peut discuter sur ce mot comme cela m'est arrivé hier avec M. le pasteur; en gros le spirituel c'est la doc* trine, ce que l'on nous prêche tous les dimanches.

— Si donc je venais à être nommé membre du synode, M. le G. , je pourrais me trouver dans le cas, moi qui n'ai point éHidié et qui lis simplement la Bible avec ma éimille, de régler des points de doctrine et de décider si une chose doit ou non être préchée? N'est-ce pas plutôt là la tâche de MM. nos pasteurs qui connaissent à fond la Bible et qui ont reçu la charge d'enseigner l'Evangile? Si des décisions du synode peut dépendre en définitive le sort des âmes, je redouterais beaucoup d'en être membre.

— Si vous refusez, M. le Secret., il s'en trouvera assea d'autres qui accepteront.

— Savez- vous, M. le G. , que ce que vous me répondez là d'un ton plaisant, me fait trembler? Si tous les laïques consciencieux disaient comme moi et tous les hommes frivoles comme vous, qu'arriverait-^il , et dé qui le synode serait-il composé ? Ge qui pourrait plutôt me tranquilliser, c'est la pensée qu'avec un cœur pieux, un esprit droit et les directions de nos pasteurs, im laïque ne courra pas risque de trop s'égarer, même dans les affaires de doctrine. Veuillez continuer.

— « Le synode exerce une surveillance générale sur les intérêts de l'Eglise. »

— Geci m'embarrasserait moins; il s'agit de voir si tout dans rEgHsc maixhe avec ordre et selon les règles ; un

peu de bon sens et de bonne volonté suffisent pour cela. Ensuite ?

— « Le synode nomme les professeurs de théologie. »

— Pourriez-vous m'expliquer exactement, M. le G. » ce que les professeurs de théologie ont à enseigner è leurs «tudiants?

— On a parlé dans le Grand Conseil de deux dioses principales y M. le Secret. » la dogmatique et l* exégèse^ Je me suis informé de ce que signifient ces mots ; le premier désigne la science de la doctrine chrétienne* ie second celle de rinterprétation de l'Ancien et du Nouveau-Testament. Outre cela les professeurs de théologie doivent enseigner aux proposants l'histoire de TEglise et l'art de la prédica* tion.

-*^ Et ces professeurs^ c'est le synode qui doit les nommer? moi qui ne sais pas un mot de grec et d'hébreu, si j'étais membre du synode je devrais donner ma voix pour ia nomination d'un professeur de grec et d'hébreu?

*^ Il est clair, M. Louis, que ces nominations se feront sur le préavis des pasteurs^ membres du synode,

— Je ne vois pas dans ce cas ce que peut ajouter la voix des laïques qui n'y entendent rien; n'eût-il pas été plus simple de laisser aux pasteurs eux-mêmes la nomination de ceux qui doivent instruire Jes futurs pasteurs? Qui, mieux qu'eux, peut juger si un homme possède les qualités nécessaires pour celle tâche importante?

— r- Vous regrellez, je crois, M. le Secret., la Compagnie des pasteurs?

— Mais tout bien pesé , M. le G. , il me parait que les objets particuliers dont nous venons de parler , la déoisioa des points de doctrine, la direction des études en théologie, ne peuvent guère que perdre à sortir de leurs mains. Je n'ai jamais vu que les affaires gagnassent à passer des mains qui s'y entendent à celles qui ne s'y entendent pas* Mdis quelles sont les autres occupations du synode?

— <cll choisit parmi ses membres la commission d'exa- » men des lioenciés en théologie , celle de consécration et « tout autre commission qu'il juge nécessaire. ^

-^ Qai appeiesi-vous licencié, M. le G. ?

— Un licencié est tm homme qui après avoir termkié^ ses études dans une branche quelconque et £siit un examen satisfaisant^ reçoit la licentce, c'est4«dire, la liberté d'enseigner à son tour ce qu'il a appris* Vous pouvez eom-^ prendre parla ce qu'est un licencié en théologie. Pour con* férer ce titre , il faut une commission d'experts ; c'est an synode à la nommer parmi ses membres, ainsi que celle qui doit juger si un proposant est digne el capable de re** cevoir la consécration au saint ministère.

— Je ne voudrais pas être appelé à faire paihtie dé ces commissions, M. le G.; j'éprouverais même quelque inquiétude à les nommer, tant me paraissent graves, soit pour Tavenir de l'Eglise, soit pour celui des Jeunes étudiants, les questions qu'elles seront app^ées à décider.

«-^ Mais M. le directeur des cultes nous a assuré qa& ces commissions se prendraient toajoui*s parnû les ecd&siastiqnes du synode.

— ^Ët pourquoi ne Pa-t-on pas dit dans la loi?

—•Gela a bien été proposé tlans le Grand Gonseil; maisr on a craint de reconstituer ainsi sous main uns petii9 Classe.

<#^ Je commence à croire, M. le G. , que pour tous les objets de cette sorte, il eût beaucoup mieux valu conserver la grande ; c'était une commission tonte nommée , et assurément la meilleure pour apprécier la science des proposans et leur aptitude ao saint ministère. Le grand noiiibre des membres, bien loin d'y rien gâter, était une garantie ' de plus pour la bonté du résultat.

«^^Si vous continuez à critiquer ainsr^ M. le Seciiéti, nom n'en finirons pas dans l'examen de la loi. Le synoife rédige en outre les règlements sur tout ce qui a*rapport an culte, et juge les pasteurs en cas de délits ecelésiadtiqués.

— Qui dit culte, M. le G. , dit sans doute liturgie^ chant, discipline, excommunication? Dans le cAlte-est compris encore l'enseignement religieux de la jeunesse et les livres qui s'y rapportent, le catéchisme, par cxemf^?

Digiti

— Sans doule» M. le 8661*61.; il a même été çxpressémenC déclaré, par M. le directeur des cultes, à Tégard de plusieurs de ces dioses, de l'excommuoicâtion , par exemple, que tout cela rentrait dans les attributions du synode.

— Du synode, M. le G., qui se renouvelle tous les quatre aos, de sorte qu'à la rigueur tous les quatre ans le synode pourrait nous, changer liturgie, chants et caté* chismel E^ vérité je tremble toujours plus que vous n'ayez décidé là en quelques jours des choses que nous pourrions avoir à déplorer pendant bien des années.

— Mais, M. le S., tout marche, tout se perfectionne, et vous voudriez que la liturgie^ le catéchisme, le culte, restassent stationnaires ! M'est-il pas temps que dans ces choses aussi la suprême Im, la volonté du peuple, intervienne par le naoyen du synode? Et s'il plait au peuple de ' réformer tous les quatre ans sa liturgie et son catéchisme, en nommant un nouveau synode, qui peut l'en empêcher?

— De sorte, M. le C, que le changement que vous venez d'opérer dans l'organisation de l'Eglise, pourrait ne nous amener rien moins qu'un changement dans la doc-trine de l'Eglise! Vous dites : tout marche; prétendriezvous faire marcher aussi la Bible ! Vous dites : la volonté du peuple est la suprême loi ; mais la volonté immuable de Dieu> telle qu'elle est révélée dans sa Parole, voilà la loi de l'Eglise, la loi du Synode, et ce n'est qu'à la condition que l'on y reste fidèle, que je consentirai , quant à moi , à {nrier, à chanter, à faire instruire mes enfants d'après les prières et le catéchisme que le Synode nous rédigera. En itout cas ce qui m'effraie, c'est de penser qu'un corps diargé de fonctions comme celles-là, change si fréquemment et dépend d'une élecUon soumise à toutes les chances et à toutes les intrigues qui accompagnent souvent les votations populaires!

^— On a pris ses précautions^, M. Louis ; il y a des conditions requises pour être électeur; il faut avoir âO ans , n'être ni interdit ni frappé d'une sentence infamante, ni

imbécile; les étrangers enfin ne sont admis à voter qu'après vn an de séjour dans le pays.

— Je ne sais, M. le C, si les jeunes g^ds ne valent pas mieux en général immédiatement après leur première communion et avant l'âge de 30 ans que plus tard ; mais c'est la un point de peu d'importance en comparaison de celui qui concerne les étrangers. Quoi, un homme du dehors habite depuis un an dans tel ou tel endroit du pays, et depuis un mois peut-être dans notre paroisse, il affirme qu'il a 30 ans, qu'il est protestant, et. cela suffit pour quil puisse comme vous et moi contribuer à l'élection de notre pasteur, de nos anciens, des députés à nos Colloques et à notre Synode ! Et cela dans un pays qui compte un tiers d'babitans étrangers ! La Constitution ne leur donne les droits politiques qu'après deux ans de séjour, et pour les droits ecclésiastiques il suffit d'un an! Est-ce donc choseï moins sérieuse d'élire un pasteur qu'un juge de paix, un député au Synode qui règle la foi de l'Eglise , qu'un député au Crrand-Conseil qui ne s'occupe que d'intérêts temporels!

— Dans les grands centres, M. le Secr. , comme Neuchâtel, le Locle et la Chaux-de-Fonds, où les allemands forment une paroisse, ils ne pourront prendre part à l'élection des pasteurs.

— Mais peut-être à celle des membres des Colloques et du Synode, M. le G.? Et dans les localités moins consi^ dérables ne sont-ils pas proportionnellement presque aussi nombreux que dans ces trois centres !

«— - Sans doute; mais la majorité se composera pourtant toujours des électeurs neuchâtelois.

— Quelques voix, M. le C, décident souvent une élection. J'aurais, quant à moi^ désiré plus de garanties pour, les étrangers et j'en dis autant quant aux électeurs Neuchâtelois. La loi exclut, dites vous...?

-—1®. Les interdits; 2*^, ceux qui. sont sous le poidss d'une sentence infamante; 5^, les idiots.

— Et puis...?

-^ Que voulez- vous de plus?

3ft

-^ Ainsi doDOi qu'un Neaobàtetois croie ce qull vou*^ dra , qu'il vive comme il voudra , pourv» qu'il ait fait sa première commooion «t qu'il ait 20 aos , il est électeur ! Un incrédule nommera ceux qui doivent décider de la foi de TEglise; un impit cepx qui doivent rédiger la liturgie et le catéchisme» un excommunié ceux qui doivent nous présenter la coupe a ta sainte-Cène ! Ceux qui ne vont {^» à TËglise et qui sont» hélas, en majorité' dans bien des paroisses, jiomflfieront le pasteur pour ceux qui y vont ! AI« le G. cela n'est pas possible !

— « Gela est pourtant très-réel, M. leSecr«, lors même que cela parait un peu singulier. MM. les pasteurs avaient proposé quelques amendements à cet article de la loi sur les électeurs. A cette condition un peu vague, cetuc qui aceep^ (ent les formée de f Eglise protestante , ils voulaient substituer les suivantes : 1^, que les électeurs /ifsff^enl de ta ratification du vœu de leur baptême dans l'Eglise protestante; ce qui aurait rendu indispensable pour |es étrangers un certificat de première communion et pour les Neucbatelois une recherche dans les registres de la paroisse; 2^, qu'ils perséçèrent dans le voeu du baptême; ce qui aurait an être constaté sans dpule par un tribunal chargé de s'enquérir de la foi et de la vie de chacun de nous! Vous jugez bien que tout cela était impraticable. On n'a pas même pu en faire l'objet d'une discussion sérieuse.

— Mais, M. le G., ces propositions ne me paraissent ni absurdes, ni impraticables. Pour dresser la liste électorale politique dans les grands centres, on âst bien obligé de feuilleter quelques registres. Et pourquoi les étrangers qui veulent jouir d'un droit aussï important que celui d'être électeurs, ne se procureraient-ils pas un certificat de pre^ mière communion, comme ils sont obligés de le faire dans d'autres circonstances bien moins importantes pour l'Ë* glise? Autrement leur qualité d'étrangers ne constituent^ elle pas en leur faveur une sorte de privilège en les sous-» trayant même à ce contrôle naturel que nous subissons, nous autres Neuobàtelois , par la connaissance que nous

ava^ toas les uns des autres? Et qûaul à là p^sévëranoe dans lé voeu du baptême, pourquoi ne pas s'adresser tout simplement à la conscience de l'assemblée elle-même» et demander aux électeurs, avant l'élection, de déclarer devant Dieu, chacun pour son compte, et en se levant tous ensemble, qu'ils persistent dans la foi qu'ils ont professée et dans les engagements qu'ils ont pris en ratifiant le vœu de leur baptême? Je ne vois là ni tribunal, ni inquisition ; ce sev^it une préparation bien solennelle à Télectibn, et je ne doute pas que MM. nos pasteurs ne l'aient entendu dé la sorte.

"^ Je regrette, M. Louis, que vous ne soyez pas mem^ bre du Grand-Ckmseît; vous auriez parfaitement défendu la cause de nos pasteurs.

*-^ Leur cause« M. le G.? Oh non; mais là mienne, la vôtre. Leur amendement c'est la cause de l'Eglise entière.

— Eh bien, que direz-vous, M. le S., du dernier article de leur amendement par lequel ils déknandent que pour être électeur on accepte les formes de la présmte organisation? Ceci a évidemment trait aux dissidents qu'on voudrait ainsi exclure des élections. Quant à moi j'ai été indigné de cette marque d'intolérance de nos pasteurs, rt'est-ce pas, comme Ta dit M. le directeur des cultes, fermer aux dissidents le giron de TËgiite et commencet contr'enx la persécution?

*-^ Je vous avoue, M. le C. , que je ne vois là rîcn de semblable. Qu'un dissident rentre franchenïent dans notre Eglise, personne ne l'en empêchera, nos pasteurs moins que tout autre ; et à l'instant même le voilà électeur de l'aveu de tous. Mais que tout en persistant dans la dissidence et en repoussant notre loi ecclésiastique, il vienne uii beau jour voter sous l'empire de cette loi, c<mcourir à Vé^ leetion de notre pasteur dont it ne veut pas pour Son compte, nominer avec nous les membres id'un sjnode dont il rejette l'autorité pour lui-^même, et qu'après avoir ainsi paru dam notre temple et jeté son bulletin, il nous (ourtie te dos et s'en retourne à la dissidence : cela me

parait criant» M. le G.; je suis convaincu que les dissidents honnêtes seront les premiers à déclarer qu'ils rou» giraient d'user d'un semblable droit.

— Vous parlez» M. le Secret., comme si vous vous croyiez plus d'esprit qu'à tout le Grand-Gônseil réuni.

— Je vous prie de m'excuser si je dis les choses tout simplement comme je les sens. M. le G. ; mais je connais telle paroisse» où les électeurs qu'auraient exclus ces amendements, font bien prés de la majorité et il ne me parait pas juste que la vraie paroisse soit supplantée par celle qui ne l'est pas. Mais qui dressera, je vous prie, la liste électorale?

— La loi dit que ce sera l'autorité administrative; je suppose, sans m'étre informé plus exactement de la chose » qu'il s'agit ici du Gonseiller de préfecture dans chaque commune.

— Gela ne me plait guéres. Je n'aime pas, M. le G., à voir l'Eglise mêlée dans la politique; mais je n'aime pas non plus à voir la politique mêlée dans l'Eglise. Pourquoi ne pas confier la chose aux anciens qui sont les représentants naturels de l'Eglise?

— Mais les consistoires sont abolis par la présente loi. Le peuple les délestait, il ne voulait plus de ces mouchards i il fallait bien en finir avec eux. On nous a raconté dans le Grand -Gonseil qu'au Locle quelqu'un à qui l'on prope> sait d'être ancien, avait répondu qu'il était trop honnête homme pour cela.

— Ceux qui parlent ainsi des consistoires, M. le G , ne seraient-ils point ceux qui ont eu affaire avec eux ? Je suis quelquefois appelé à voyager pour mon commerce. Parmi les pays que j'ai parcourus, il n'y en a aucun où j'aie trouvé; ce me semble, autant de moralité que dans le nôtre; dans une ville le nombre des enfants illégitimes sur la somme totale des naissances était d'un tiers, dans une autre il s'élevait même, m'a-t-on dit, jusqu'aux deux tiers. En revenant au pays j'ai appris à mon grand étonnement que chez nous il était en général de deux pour cait, et

qu'encore» plus de la moitié devaienl être mis sur le compte de personnes étrangères à notre canton. Je me suis demandé quelle pouvait être la cause d'une telle différence, et après avoir bien cherché je n'ai trouvé qu'une réponse : nos consistoires» notre discipline. Si vous pouvez m'expliquer la chose d'une autre manière, M. le G, je ne demande pas mieux; car, je dois vous l'avouer, tout ne me plaisait pas dans nos consistoires.

— Je n'ai jamais réfléchi, M. Louis, à la question que vous me proposez et je ne sais pas trop comment je pourrais y répondre autrement que vous. Mais dites-moi, je vous prie, ce qui vous déplaisait dans nos consistoires.

— C'était cet air de tribunal, M. le C, ces peines civiles , ce renvoi au consistoire seigneurial , ces 3 jours et 3 nuits de prison. Il y avait dans ces formes juridiques quelque chose qui le plus souvent raidissait le coupable au lieu de l'amollir. Je n'aimais pas non plus le recrutement de ces corps par eux-mêmes ; une élection plus démocratique en eût fait plus réellement les représentants des paroisses ; enfin dans bien des cas je crains que leur composition ne fût pas à la hauteur de leur tâche.

— Vous voyez donc, M. le Secret., qu'il ne restait qu'à les supprimer.

— Pourquoi cela, M. le C? On eût pu se contenter de les modifier en les restreignant à une influence purement spirituelle. Mais malheureusement si j'ai bien compris dans la loi ce qui se rapporte aux collèges d'anciens, oh a fait tout le contraire. On a dépouillé ceux-ci non-seulement de la compétence pénale des consistoires , mais encore de toute influence religieuse et morale, et on les a réduits au rôle de corps purement administratifs. Me suis-je trompé, M. leC?

— Je ne puis nier, M. le S. , qu'il n'en soit ainsi. Mais que voulez-vous ? on nous l'a dit dans le Grand-Conseil ; le peuple exigeait, il fallait obéir.

— C'est-à-dire, M. le C. , que quand dans une famille les enfants interdiront à leurs parents de les réprimander ,

comme ils sont en majorité » il fendra que les parents se taisent. Je crois, quant à n»)i» que d'après la Parole de Dieu le soin du troupeau ne doit pas être confié à un .seul homme, mais à tout un collège de conducteurs spirituels, que c'est dans ce but que nos réformateurs ont adjoint aux Pasteurs des aides appelés anciens , et que c'est aussi à Té^ gard de ces anciens qu'il est dit aux troupeaux : ^-Obéissez à vos conducteurs spirituels et soyex-leur sowmisj car ils veil^ lent sur ços Ames comme deçant en rendre compte. » Hébreux, chap. XIII, 17.

<*^ Obéissance ! soumission ! que signifie tout cela , M. Louis ? L'Eglise n'est-elle pas désormais chez nous une république tout comme l'Etat?

— C'est dommage, M. le C, qu'il n'y ait pas moyen de retourner le passage que je viens de vous rappeler et de faire dire désormais à la Bible : a N'obéissez pas à vos con^^ ducteurs spirituels et ne leur soyez point soumis. » Quant à moi, voici ma pensée, je vous la dirai simplement et franchement : Que l'Etat soit une république, soit! L'Eglise est et restera toujours une monarchie. Son Roi est dans le ciel assis sur un trône inébranlable. Pour gouverner l'Eglise ce roi a établi des apôtres, ceux-ci des colléges de Pasteurs ou anciens ; et je m'en tiens là.

— Il va sans dire, M. le S., que nous n'avons pas eu l'intention de rien faire contre la Bible. Mais il était nécessaire, vous en convieqdreflt, de mettre nos institutions ecdésiastiques en accord avec notre nouvel ordre de choses.

-r^ Sauf et réservé, M. le C, ce qu'ordonne la Parole de Dieu. Car enfin la Bible est la charte de l'Eglise, comme la Constitution que vous avez votée est la eh^te de l'Etat. Mais M. le C, expliquez-moi, je vous prie, la position que la loi fait à nos Pasteurs ; j'ai cru remarquer que vous ne les rangiez pas parmi les autorités ecclésiastiques.

— ^Ros Pasteurs, M. le S», pourront continuer à nous prêcher du haut de la chaire tout ce qu'il leur plaira , pourvu que ce ne soit pas de la politique; mais gouverner l'Eglise, non; ils ne le pourront plus. Les autorités d^ias

TEglide sont désormais les paroisses» les colloques et le synode, comme le dit Tarticle S. Les Pasteurs sont simplement les fonctionnaires de TEglise ; c'est ce que dit nettement le titre III.

— Les paroisses sont donc des autorités ecclésiastiques, M. le G. , tandis que les pasteurs n'en sont pas? C'est singulier. Il ne faut donc plus faire apprendre à nos enfants cet le réponse du catéchisme: « Quels supérieurs arons-nous » dans l'Eglise?» «Nos supérieurs dans l'Eglise sont les » Pasteurs que Dieu a établis pour la gouverner. »

-^ Mais les Pasteurs, M. Louis, ont uiie place dans les colloques et dans le synode, vous devez le savoir; et quand cela ne serait pas, •••• je dois vous dire que votre manière de critiquer la loi ne me plait pas»^ Je ne snis pas en train de plaisanter.

— Ni moi non plus, M. le G,; car à vous dire vrai, lors même que le sourire est sur mes lèvres, mon cœur est navré. Je suis «épouvanté de tous les dangers que renferme la loi que vous voulez bien m'expliquer. J'éprouve, en la méditant, quelque chose de semblable à ce que j'éprouvais, étant enfant, quand je me représentais nos antipodes les pieds en haut et la tête en bas.

— Eh bien, il vous arrivera à l'égard de la loi, M. Louis, ce qui vous est arrivé a l'égard des antipodes § vous reconnaîtrez votre erreur dès que vous vous mettrez au seul point de vue rationnel, et que vous accepterez franchement le principe démocratique. Que direz-vous sans cela de cea autres dispositions de la loi dans lesquelles, pour la première fois au monde peut-être, le principe démocratique est poussé à ses dernières conséquences, la réélection sexannuelle et la confirmation de tous les Pasteurs dés le premier janvier prochain?

— Si je comprends bien ces articles de la loi , toutes les paroisses devraient d'ici à quelques semaines confirmer ou destituer elles-mêmes leurs Pasteurs et puis les réélire ensuite tous les six ans.

— Précisément, M. le S. , que dites-vous de cela?

— Je dis, M. le G., que si oh avait voulu confondre nog Pasteurs avec les employés tels que moi, secrétaire de commune, ou les huissiers des tribunaux, on n'aurait pas pu mieux faire. Que des fonctionnaires chargés d'affaires purement temporelles soient soumis à réélection, à des époques déterminées, cela se comprend sans peine; que nous soyons réélus ou que nous soyons remplacés, dés le lendemain les affaires reprendront leur cours comme auparavant. Mais je vous en conjure, M. le C. , est-ce là la relation d'un Pasteur avec son troupeau? Cette relation n'est-elle pas d'une nature toute morale et en quelque sorte paternelle? N'a-t-elle pas quelque chose de sacré, d'indissoluble même, pour autant que la Providence ne vient pas la rompre? La réélection périodique transportée du domaine politique dans le domaine ecclésiastique me parait, quant à moi , une monstruosité.

— Eh bien, M. le S., tranquillisez- vous; la loi a prévu votre objection ; la réélection sexannuelle n'est pas obligatoire; elle n'est que facultative. Pour qu'elle ait li#u, il faut une demande écrite, signée par le quart au moins des paroissiens.

— J'en suis fort aise, M. le C. , mais pour me tranquilliser èomplétement, oh non, cela ne le peut. Il suffira d'après cela que par sa franchise, par sa sévérité vraiment chrétienne, un Pastefur mécontente une partie de son troupeau, pour que celle-ci puisse se venger en lui imprimant la flétrissure d'une demande de réélection ; il suffira que les mécontents forment la moitié plus un de la paroisse, pour qu'ils puissent récompenser leur Pasteur de sa droiture en le mettant sur la rue.*..! J'ai un fils, M. le G. , et j'espérais le voir se vouer au saint ministère; mais maintenant je lui dirai: Fais-toi manœuvre plutôt que Pasteur; itu ne risqueras pas de te priver de pain, toi et ta famille, par ta fidélité à remplir tes devoirs.

—««Vous avez beau dire, M. Louis, il faut bien qu'une paroisse mécontente de son Pasteur ait le moyen de s'en débarrasser. Autrefois la Glasse nommait et la Glasse

jngeait; aujourd'hui ia paroisse nomme et la paroisse juge; n'est-ce pas conséquent ?

-— A la bonne heure, M. le C, si la paroisse n'était pas en pareil cas juge et partie. A mes yeux une telle paroisse ferait beaucoup mieux de s'en remetlre à la Providence qui saura bien amener le changement désirable* de la bonne manière et au bon moment. D'ailleurs ne m'ayez-vous pas dit que la loi donnait au synode le droit de suspendre et même de destituer les Pasteurs? Que la paroisse mécontente s'adresse donc au synode, et que celui-ci Juge!

— Il est possible qu'il eût mieux valu en effet se contenter du recours au synode. Le Grand Conseil a cru devoir donner cette satisfaction aux paroisses.

— Je doute, M. le C. , qu'elles lui en sachent beaucoup de gré; si elles partagent mon sentiment, elles effaceront de leur mémoire la réélection sexannuelle.

~ Vous n'en direz pas autant, j'espère, de la confirmation générale qui doit bientôt avoir lieu? On l'audit dans le Grand-Conseil ; la conduite des Pasteurs depuis iS ans a été tellement scandaleuse qu'un grand acte de justice est nécessaire et qu'une satisfaction éclatante est due au pays. Cette satisfaction c'est la confirmation.

— En fait de scandale, M. le C, je n'en vois pas de plus grand que celui d'une expression pareille prononcée dans une assemblée comme le Grand-Conseil, sur le compte d'hommes qui ne sont pas là pour se défendre ; a plus forte raison, quand ces hommes sont les membres d'un clergé tel que le nôtre. Je ne conçois pas qu'un murmure d'indignation n'ait pas couvert la voix de l'homme qui osait parler de la sorte.

— Mais c'était un Conseiller d'Etat.

— C'est encore pire. . . Et comment justifiait-il cette expression?

— En disant ce que nous savons tous, c'est que depuis 1851 nous n'avons eu que des pasteurs prussiens. Voilà pourquoi ils doivent tous subir la confirjmation. Il faut

qu'ils courbeat la tête soue le joug de eetle république qu'ils ont si longtemps repoussée.

. — - Je n'ai pas à me. prononcer sur cette accusation, M. le C; je vous rappellerai seulement que chaque dimanche ces pasteurs prussiens priaient pour la Confédération Suisse, et que depuis kO ans, au plus solennel de nos jours de fête» je les entends lire, d^ns une liturgie qu'ils ont faite euxmémesi ces mots : « Regarde en ta grâce les Eglises de la Suisse notre chère fxitrte. » Mais qu'importe tout cela? Il me suffit quant à moi de connaître le motif allégué pour justifier la confirmation» et de savoir que cette mesure est une vengeance, pour qu'elle me fasse horreur. You^ me connaissez, M. le G., la politique n'a jamais beaucoup été mon affaire. Mais fussé-je le plus ardent de nos républi* cains» et eossé-je pour pasteur le plus fougueux des royalistes, si j'avais cent voix à donner, je les donnerais les cen% pour le confirmer (et j'en ferais tout autant si c'était l'in* verse), afin de témoigner du sentiment que me fait éprouver une pareille mesure.

— Le sentiment que vous exprimez si énergtquement , M. le S., porte plutôt sur le motif que quelques-uns ont alloué, que sur la mesure en elle-même^ Qu'y a«(t*il au fond de mauvais dans celle-ci ? N'est-ce pas la manière la plus naturelle d'inaugurer le régime démocratiqiie dans lequel nous allons entrer?

— J'aurais dans tous les cas préféré, M. le C, qu'oB n'eut introduit le nouveau régime que peu à peu, au fur el à mesure, en pourvoyant d'après lea dispositions de la nouvelle loi aux posles devenus vacants. IMos pasteurs ont '' été élus, ils ont été acceptés par nous, sans condition de temps. La loi, en les soumettant aujourd'hui à de& condor ditions non prévues quand ils ont été installés dans les postes qifils occupent, prend à mes yeux un caractère rétroactif. Et puis, je crains beaucoup l'épouvantable perturbation <|ue peut amener dans l'i^lise celte suspension et cette réélection de tous les pasteurs à la fois.

— Si j'ai bien compris jM* le direclear des colles, la confirmation n'aura lieu que successivement; etle durei^ peut-être quelques mots; cela adoucira la secousse.

— Et qui déterminera Fordre dans lequel la chose aura liai?

-*- Le Conseil d'Etal, sans nul doute -^ Heureuses les paroisses qu'il ne placera pas fes de^ niéres stir sa liste t -— Et pourquoi donc?

— Piarce qu'elles devront choisir parmi lés pasteurs dont toutes les autres n'auront pas touIo.

-^ Vous plaisantez; on nous Ta dit» le nombre descu^ Tté qiii détiendront vacantes sera fort petiL Et d'ailleurs la loi a pourvu à rinconvénietit que vous venez de signaler. S'il devait arriver qu'une paroisse ne trouvât pas c^ quî lui convient parmi les mhiistres du pays» le Conseil d'Etat a le droit, par t'arlicle 20 de la Loi, de loi {Nrésenter des ministres étrangers.

— - Examinés par qui, M. le C?

— Par le Conseil d'Etat.

— Le Conseil d'Etat esiaminep si quelqu'un est digne et capable d^exercer chez nous le saint ministère \ Avoueai, M. le C. , que vous n'avez pas pensé à cette fonction/lli quand vous avez nommé, il y a quelques mois, le Conseil d'Etat.

— Mais enfin , examinés ou non examinés , ces minU«> très étrangers sont des hommes consacrée et c'est aux pa* rcrfsses à voir si elles en ^^ulent^

' — Quant à moi, M. le C. , je n'aimerais pas à avoir, peur instruire mes enfants dans la religion et pour me consoler au lit de mort» un étranger consacré je ne sais par qijA ni comment , destitué peut-être de ses fonctions dans sa patrie et présenté par un corps purement politique. Si ces étrangers avaient au moins été autorisés par la Classe ou par le Synode !

— Mais quand les confirmations auront lieu, M. Louis, la Classe ne sera plus et le Synode ne sera pas encore.

-^El l'Eglise, M. le G.» qui la gouvernera dans Tinlervalle?

— Je pense, M. le S», que le Conseil d'Etat et le directeur des cultes veilleront provisoirement à ses intérêts.

— M. le C, si je n'étais pas si peiné, je m'indignerais. Notre Eglise a-t^elle jamais été dans une semblable position ! Plus nous avançons dans cet entretien, plus elle me fait l'effet d'-un vaisseau qui, après avoir vogué longtemps dans des eaux tranquilles sous la conduite d'un pilote sur et vigilant, est tout à coup jeté en pleine mer par le souffle de la tempête, sans mâts, sans gouvernail, avec des voies d'eau de tous côtés ; et ce vaisseau porte nos trésors éternels et ceux.de nos enfants! M. le C, qu'avez-vous fait! Dieu garde nos pasteurs et nos églises ! Sans cet invisible pilote le naufrage me semble inévitable.

— Allons, M. Louis, pas de ces idées sombres! Ayez confiance au gouvernement; tout ira pour le mieux.

— Ma confiance pour l'Eglise est en Dieu, M. le G., nulle part ailleurs.

— Vous avez examiné la loi» M. Louis, avec un esprit prévenu et même parfois Un peu passionné. Je suis convaincu que quand vous l'étudierez de sang-froid , votre jugement changera du tout au tout.

— Avant de venir chez vous, M. le G., j'ai mûrement réfléchi à toutes ces questions. Une parole que j'ai lue ce jnatin dans mon culte de famille, s'est représentée à mon esprit : Soyez reçêtus de la cuirasse de la justice. Je me suis dit : mets de côté toute prévention; prends la chose pour ce qu'elle est en elle-même ; sois jupte çn tout et pour tous» J'ai cherché à l'être et je crois sentir que c'est contre cette cuirasse que sont venus se briser toutes vos raisons. Gela ne change rien au respect et à Taffection que j'ai pour vous . Adieu, M. le G. ; je vous souhaite une nuit plus tranquille que celle que je vais passer.

TROISIÊHB DIALOGUE.

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