ACTE I, SCÈNE V
SCÈC^E V Les mêmes, JEANNE, LE MARQUIS.
JEANNE, accourant.
Le marquis!
Cest monsieur le marquis!
Le marquis est sur le seuil. Dans la poche de sa blouse de voyage, on l'oit le petit bouquet de bruyères et de genêts.
LA CHANOINESSE
Dieu! mon neveu!
Se jetant dans ses bras en pleurant.
Louis !
Ils se tiennent embrasses.
LE CURÉ
Dieu soit béni ! Nos fleurs avaient gardé leurs charmes.
LE MARQUIS
Tous leurs charmes, mon pauvre abbé!
A la clxinoinesse.
Séchez vos larmes, Ma tante... Bonjour, Jeanne... Et Jacques... Tous ici!
Mon Dieu ! comme il est pâle !
24 KERUZEL
LE MARQUIS, domiaiit le bouquet à Jeanne,
A toi, Jeanne !
JEANNE
Oh! merci!
LE MARQUIS, h prenant à part.
Il arrivait à point, le bouquet du bonhomme!
Car aussi vrai, vois-tu, Jeanne, que je me nomme
Keruzel, j'en avais assez depuis longtemps
De voir tout reverdir bêtement au printemps
Et refleurir partout cette nature aride,
Lorsque dans mon cœur sec et dans mon cerveau vide.
Et dans ce corps malade où tout se détraquait.
Rien ne refleurirait jamais plus... Son bouquet!
Le cher bouquet de fleurs du pays... Pauvre prêtre!
Qui sait? Huit jours avant, j'en aurais ri, peut-être!
Et voilà que soudain dans ses acres parfums
Montait la vision des souvenirs défunts.
Des êtres oubliés, des choses délaissées;
Et les purs sentiments et les chastes pensées,
Comme un vol d'oiseaux blancs, passèrent devant moi.
Ce fut un douloureux et ravissant émoi :
« Keruzel, loin de ces lâches et de ces traîtres.
Je veux aller à toi, terre de mes ancêtres!
Je me croyais très vieux, très mort. En me levant,
Je sens que je suis jeune encore et bien vivant! »
En achcx'ant ces mots, qu'il a dits avec une exaltation croissante, le marquis porte vivement la main à son cœur.
Oh î qu'ai-;e là ?
JEANNE
Monsieur le marquis!...